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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Roger Ménielle naît le 12 juin 1921 à Paris 12e (75), fils de Maurice Ménielle, 28 ans, et de Lucienne Préau, son épouse, « ouvriers très pauvres ».

Au moment de son arrestation, Roger Ménielle est domicilié au 81, Grande Rue à Créteil [1] (Val-de-Marne – 94). Il est célibataire (il a 19 ans).

Roger Ménielle est marinier.

Il pratique la boxe en compétition jusqu’au niveau régional, utilisant l’argent des prix obtenus pour aider sa famille.

Le 10 octobre 1940, il est arrêté par les gendarmes de Créteil avec Georges Mapataud et Albert Duclos « pour apposition de tracts communistes ».

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Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er. 
Tribunal correctionnel, un des porches du rez-de-chaussée. 
(montage photographique)

Le 14 octobre, la 12e chambre du tribunal correctionnel de la Seine condamne chacun des trois garçons à six mois de prison pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939. À l’expiration de sa peine, le 4 avril 1941, Roger Ménielle est probablement libéré, comme Georges Mapataud.

Roger Ménielle est peut-être arrêté le 28 avril 1942 à son domicile en tant qu’otage (comme Georges Mapataud), lors d’une grande vague d’arrestations (397 personnes) organisée par « les autorités d’occupation » (« la Gestapo ») dans le département de la Seine, visant majoritairement des militants du Parti communiste clandestin. Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager).

(en tout cas, Roger Ménielle ne passe pas par Aincourt ni par Rouillé)

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Roger Méniel est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45868, selon les listes reconstituées (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied à Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

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Portail du sous-camp de Birkenau, secteur B-Ia, semblable 
à celui du secteur B-Ib par lequel sont passés tous les “45000”.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Roger Méniel est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier).

Selon René Besse, de Créteil, il accepte de participer à des combats de boxe contre des Kapos ou des chefs de Block pour obtenir des suppléments de pain qu’il redistribue en grande partie.

On ignore la date exacte de sa mort à Birkenau ; probablement avant la mi-mars 1943. Pierre Monjault, de Maisons-Alfort, le voit une dernière fois, avec d’autres “45000”, dans un camion découvert qui transporte les “inaptes au travail” vers la chambre à gaz [2]. Il a 21 ans.

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Chargement des morts et mourants pour les Krematoriums 
de Birkenau. Dessin de François Reisz, extrait deTémoignages 
sur Auschwitz
 édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz 
au 4e trimestre 1946.

Le 24 janvier 1943, son père, Maurice Ménielle, né le 14 novembre 1892 à Paris, est déporté vers le KL [3] Sachsenhausen. Selon la mention apposée sur son acte de naissance, il meurt au KL Buchenwal le 16 mars 1945.

Le nom de Roger Ménielle est inscrit avec celui de son père parmi les déportés sur le Monument aux morts de Créteil, avenue du maréchal de Lattre-de-Tassigny.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 150 et 153, 387 et 413. 
- Lucie Kerjolon, transcription du témoignage de Pierre Montjault, Quatre années de souffrance pour rester français (validée le 23-07-1984), page 28. 
- René Besse : entretien filmé par Gilbert Lazaroo (13-06-1998). 
- Laurent Lavefve, Mille et neuf jours, René Besse, la force d’un résistant déporté, Les Ardents Éditeurs, Limoges avril 2009 (ISBN : 978-2-917032-13-8), page 177. 
- Archives départementales de Paris, site internet, archives en ligne, registre des naissances du 7e arrondissement, année 1982, cote V4E 5997, acte 1515. 
- Archives départementales de Paris ; rôle correctionnel, cote D1u6 5850 ; jugements du tribunal correctionnel de la Seine, cote D1u6 3660. 
- Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Livre-Mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression…, 1940-1945, éditions Tirésias, Paris 2004, I.74, page 632. 
- Site Mémorial GenWeb, 94-Créteil, relevé de Dominique Robichon (2000-2002).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 25-01-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de laFédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes ( FNDIRP ) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Créteil : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne” (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail” (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code 14 f 13). Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.

[3] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”.