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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oswiecim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Roger, Louis, Houdard (parfois orthographié Houdart) naît le 7 ou le 17 janvier 1911 à Versailles (Yvelines – 78), fils de Georges Houdard et d’Hélène  Villars.

À une date restant à préciser, il se marie avec Lucienne Gangnery. Ils ont un enfant.

Au moment de son arrestation, Roger Houdard est domicilié au 148, rue d’Avron à Paris 20e (75), vers la Porte de Montreuil.

Il travaille comme manœuvre spécialisé ou journalier (à Auschwitz, il se déclarera comme agriculteur ou jardinier « Lanwirt »…).

Il est membre du Parti communiste de 1936 à l’interdiction de celui-ci, militant dans la cellule « Hachette » (l’éditeur ?). Son engagement politique l’isole de ses parents.

Avant-guerre, il milite avec Raymond Luauté [1]. Par lui, il entre en contact avec Albert Bertolino – qui habite à deux pas de chez lui – et Robert Vonet (évadé de Rouillé, repris en juillet 1943 et fusillé le 26 janvier 1944).

Vers la fin de septembre 1940, sous l’occupation, Roger Houdard rencontre un ancien camarade de travail prénommé Gaston qui le sollicite en vue de participer à la propagande clandestine. Par la suite, lors de rendez-vous parfois fixés à la station Porte de Montreuil, il reçoit successivement de celui-ci une douzaine de paquets d’environ cent tracts, parmi lesquels il y a parfois des papillons gommés, qu’il est chargé de remettre à un nommé René lors de rendez-vous dont l’heure et le lieu varient.

Roger Houdard participe également à des réunions au sein d’un groupe du Parti communiste clandestin du 20e arrondissement. Lesquelles se tiennent généralement le dimanche matin chez Gabriel Buyse, 109 rue des Grands-Champs (vers la rue du Volga), en présence de Pierre Bertolino, Paul Clément et René Faure. À l’issue de ces rencontres, Gabriel Buyse remet à chacun une dizaine de tracts à diffuser dans leur voisinage et quelques “papillons” à coller à la vue des passants.

Début 1941, Roger Houdard distribue des tracts sur un marché de Montreuil-sous-Bois [2] (Seine-Saint-Denis) – commune située de l’autre côté des “Fortifs” – avec Pierre Bertolino, Paul Clément et René Faure, de Paris 20e.

Le 17 janvier 1941, vers 13 heures, une perquisition de la brigade spéciale anticommuniste (BS1) des Renseignements généraux chez Raymond Luauté, ancien secrétaire de la section d’arrondissement, amène la découverte de documents relatifs à l’organisation du Parti dans le 20e, malgré une tentative de l’épouse de celui-ci pour les détruire ; plusieurs militants sont ensuite appréhendés.

Le lendemain matin, 18 janvier, vers 6 h 30, Roger Houdard est arrêté à son domicile par les mêmes inspecteurs de la BS 1. La perquisition alors opérée amène la découverte de deux carnets de notes et d’un nombre important d’imprimés clandestins : dix-huit exemplaires du tract « Lettre à un camarade emprisonné », trente-huit exemplaires imprimés de L’Humanité numéro spécial de décembre 1940, sept exemplaires ronéotypés de La Vie Ouvrière de fin décembre, onze exemplaires imprimés de La Tribune des Cheminots de décembre, dix exemplaires ronéotypés de L’Éveil du 20e, n° 9 du 27 décembre 1940, et trente-huit affichettes illustrées intitulées « À bas le gouvernement des ploutocrates Pétain-Laval ».

Conduit dans les locaux des Renseignements généraux à la préfecture de police pour y être interrogé, Roger Houdard n’admet d’abord que son rôle d’agent de liaison. À nouveau « interpellé » sur les réunions de cellule clandestines, déjà connues des RG, il finit par reconnaître sa participation.

Le jour même, 18 janvier, au vu du rapport des inspecteurs et après les interrogatoires de Raymond Luauté, de René Faure, de Roger Houdard et de René Gaymard (voir Paul Clément), considérant que leur activité « avait pour but la diffusion des mots d’ordre de la IIIe Internationale communiste ou d’organismes s’y rattachant, par la distribution et la détention en vue de [leur] distribution de papillons, tracts et brochures d’inspiration communiste », André Cougoule, commissaire des renseignements généraux, officier de police judiciaire, les inculpe conjointement d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 et les fait conduire au Dépôt (la Conciergerie, sous le Palais de Justice, dans l’île de la Cité) à disposition du procureur de la République.

Le lendemain (?), Roger Houdard est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (à Paris 14).

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Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er. 
Tribunal correctionnel, un des porches du rez-de-chaussée. 
(montage photographique)

Le 31 mars 1941, la 12e Chambre du Tribunal correctionnel de la Seine juge Raymond Luauté et les neufs personnes interpellées à la suite. Roger Houdard est condamné à un an de prison.

Le 18 avril, il est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne – 94) ; correction 7241. Le 3 juin, la Cour d’appel de Paris (devant laquelle Roger Houdard est défendu par Maître Vianney) confirme le premier jugement. Pierre Bertolino et Roger Houdard ne sollicitent pas la cassation, d’ailleurs, les pourvois déposés par leurs co-accusés sont rejetés en octobre.

À l’expiration de sa peine, le 19 octobre, Roger Houdard n’est pas libéré : le préfet de police de Paris signe un arrêté ordonnant son internement administratif.

Le 10 novembre, il fait partie des 58 militants communistes transférés (du dépôt ?) au « centre de séjour surveillé » (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne – 86). Selon Roger Pélissou, Roger Houdard distrait ses compagnons « sous le déguisement de Méphisto » (dans le cadre d’un spectacle, probablement).

Le 22 mai 1942, Roger Houdard fait partie d’un groupe de 156 internés – dont 125 seront déportés avec lui – remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

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La caserne de Royallieu après-guerre. Les huit premiers 
bâtiments alignés à gauche sont ceux du quartier “A”, 
désigné pendant un temps comme le “camp des communistes”. 
À l’arrière plan, sur l’autre rive de l’Oise, 
l’usine qui fut la cible de plusieurs bombardements 
avec “dégâts collatéraux” sur le camp. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Roger Houdard est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45668 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée [3]).

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Roger Houdard meurt à Auschwitz le 21 août 1942, d’après les registres du camp.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 374 et 408. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Paris (2002), citant : Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense (acte de décès pour l’état civil d’Auschwitz et Fichier national des déplacés de la Seconde guerre mondiale). 
- Archives Nationales, cote BB18 7055, poursuites pour activités et propagande communiste conduites par le Parquet de la Seine, correspondance du 1er bureau de la Direction des Affaires criminelles et des grâces du ministère de la Justice, dossier 182-40-254R ; cote 31 w 19. 
- Archives Départementales du Val-de-Marne, maison d’arrêt de Fresnes, répertoire de registres d’écrou, cote 2Y5 43 (hommes de 1940 à 1941). 
- Lettre de Roger Pélissou à la veuve de Pierre Bertolino (22-03-1964). 
- Archives de la préfecture de police (Paris), site du Pré-Saint-Gervais ; cartons “Occupation allemande”, camps d’internement… (BA 2374) ; dossiers de la BS1 (GB 53), n° 101, « affaire Luauté – Faure – Houdard – Gaymard », 18–01-1941. 
- Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Livre-Mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression…, 1940-1945, éditions Tirésias, Paris 2004, t. 2, p. 895, I.100 (Raymond Luauté, né le 13-02-1905 à Paris, matr. 66590 au KL Sachsenhausen). 
- Mémorial de la Shoah, Paris, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), Paris ; liste XLI-42, n° 100. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 464 (23363/1942), orthographié « Hondard ».

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 31-12-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Raymond Luauté est déporté le 8 mai 1943 vers le KL Sachsenhausen où il meurt le 15 février 1945).

[2] [[Fresnes et Montreuil-sous-Bois : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, ces communes font partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne” (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[3] Sa photographie d’immatriculation à Auschwitz a été reconnue par des rescapés lors de la séance d’identification organisée à l’Amicale d’Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin Après Auschwitz, n°21 de mai-juin 1948). Authentification confirmée par la description qu’a faite de lui Roger Pélissou qui l’a connu au camp de Rouillé : « un garçon assez grand, pas gros, brun avec les tempes assez dégarnies, nez courbé ».