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IDENTIFICATION INCERTAINE…
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Roger, Gustave, Guy naît le 23 août 1909 à Paris 6e arrondissement, fils de Gustave Guy et d’Élise Gaillot.

Il poursuit des études jusqu’au brevet élémentaire.

Roger Guy est employé de commerce ; en dernier lieu, sans doute, chez Haymann (?), au 2, rue d’Uzès àParis.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 55, avenue des familles à Joinville-le-Pont [1] (Seine / Val-de-Marne – 94). Célibataire, il vit alors avec sa mère, alors veuve et infirme.

Pendant un temps, il est secrétaire des Jeunesses communistes (de Joinville-le-Pont ?).

Au cours de la guerre 1939-1940, il est mobilisé pendant un an.

Sous l’occupation, il reste actif au sein du Parti communiste clandestin. Selon la police, il « s’emploie à la reconstitution des anciennes cellules de Joinville et participe à la propagande clandestine. »

Le 5 octobre 1940, Roger Guy est arrêté à son domicile lors de la grande vague d’arrestations ciblées organisée dans les départements de la Seine et de la Seine-et-Oise par les préfets du gouvernement de Pétain à l’encontre des responsables communistes de la région parisienne avant guerre (élus, cadres du PC et de la CGT) ; action menée avec l’accord de l’occupant.

Après avoir été regroupés en différents lieux, 182 militants de la Seine sont conduits le jour-même en internement administratif au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Seine-et-Oise / Val-d’Oise), créé à cette occasion dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt.

Le sanatorium de la Bucaille à Aincourt dans les années 1930. Le centre de séjour surveillé a été installé dans la longue bâtisse située au premier plan à gauche. Afin de pouvoir y entasser les détenus, il a fallu y transporter le mobilier des autres bâtiments. Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le sanatorium de la Bucaille à Aincourt dans les années 1930.
Le centre de séjour surveillé a été installé dans la longue bâtisse située au premier plan à gauche. Afin de pouvoir y entasser les détenus, il a fallu y transporter le mobilier des autres bâtiments.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 11 janvier 1941, Roger Guy écrit au préfet de la Seine pour protester contre le sort fait à sa propre mère. Non seulement l’allocation de secours qui lui est versée est insuffisante pour vivre, mais l’administration l’astreint à « des prestations en nature, c’est-à-dire qu’on la convoque à sept heures du matin à un restaurant situé à plus d’un kilomètre de son domicile pour l’épluchage de légumes destinés à la soupe populaire de Joinville. Ma mère ne refuse pas d’effectuer un travail en rapport avec ses capacités physiques (elle est couturière), mais elle est presque impotente, ayant une jambe paralysée. En outre, son âge (60 ans), la température ainsi que la neige et le verglas ne lui permettent pas d’effectuer des trajets supplémentaires. Déjà, ceux imposés par le pointage lui demandent un effort considérable ». Roger Guy demande que lui soit accordée une allocation semblable à celle qu’elle touchait lorsque lui-même était mobilisé et de l’autoriser à effectuer les (prestations ?) obligatoires à son domicile.

Le 25 février, sur le formulaire de « Révision trimestrielle du dossier » de Roger Guy, à la rubrique « Avis sur l’éventualité d’une mesure de libération », le commissaire spécial, directeur du camp, préconise « en raison de son attitude au Centre, serait à libérer », ajoutant à sa décharge : « attitude correcte » et rapportant son intervention lors du bombardement (paragraphe ci-dessous).

Le 15 mars 1942, le directeur du camp transmet au préfet de Seine-et-Oise 37 notices sur des détenus devant être exclus des listes d’otages. Roger Guy est du nombre au motif qu’il « s’est porté rapidement au secours d’un gendarme blessé le soir du bombardement du centre le 9 décembre 1940 et, de sa propre initiative, a rapidement éteint les feux imprudemment allumés. »

Centre de séjour surveillé d’Aincourt. Plan de l’enceinte montrant les points d’impact après le bombardement par un avion anglais dans la nuit du 8 au 9 décembre 1940. Arch. dép. des Yvelines, (1W71).

Centre de séjour surveillé d’Aincourt. Plan de l’enceinte montrant les points d’impact après le bombardement
par un avion anglais dans la nuit du 8 au 9 décembre 1940. Arch. dép. des Yvelines, (1W71).

Le directeur du camp poursuit : « Lui ayant confié la direction des jeunes âgés de moins de 25 ans (50 internés), s’est toujours acquitté avec conscience de sa tâche et m’a beaucoup aidé dans l’application du règlement du camp ». Selon le témoignage de Fernand Devaux – un de ces jeunes -, Roger Guy, assigné à leur “dortoir”, n’a fait aucun excès de zèle en terme de discipline, restant un camarade très estimé. Dans un autre courrier, le directeur ajoute : « [Roger Guy] a, d’autre part, sa mère âgée de 60 ans à sa charge. »

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Sanatorium de la Bucaille à Aincourt.
Une salle de réfectoire. Peut-être celle du bâtiment
où se trouvent les communistes internés et qui
– vidé de ses tables – deviendra le dortoir des jeunes.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 5 mai 1942 – après vingt mois d’internement à Aincourt -, Roger Guy fait partie d’un groupe de détenus transférés au “centre de séjour surveillé” de Voves (Eure-et-Loir – 28). Enregistré sous le matricule n° 401, il n’y reste que cinq jours.

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Musée de la Résistance Nationale, Champigny.
Fonds de l’Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant.
Droits réservés.

Le 10 mai, Roger Guy est parmi les 81 internés remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin, Roger Guy est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux
du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Roger Guy est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45648, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule a été retrouvée, mais n’a pu être identifiée à ce jour).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied à Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, tous sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Roger Guy.

Il meurt à Auschwitz le 30 septembre 1942, selon l’acte de décès établi par l’administration SS du camp.

Son nom est inscrit sur le Monument aux morts de Joinville-le-Pont, situé dans le cimetière communal.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 388 et 407.
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris) ; cartons “Occupation allemande”.
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1w73, 1w74 (révision trimestrielle), 1w76, 1w121 (dossier individuel).
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des registres du camp conservés aux Archives départementales d’Eure-et-Loir.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 415 (33801/1942).
- Site Mémorial GenWeb, 94-Joinville-le-Pont, relevé de Bernard Laudet (2000-2002).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 22-02-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Joinville-le-Pont : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).