JPEG - 4.8 ko
Roger CHOPIN © Droits Réservés.

Roger, Eugène, Désiré, Chopin naît le 15 août 1923 à Plailly (Oise), fils de Marcel Henri Chopin, 23 ans, artisan cordonnier, et de Jeanne Mesnil, son épouse, 21 ans, domiciliés rue François Goyer à Plailly. Son père décède prématurément le 6 février 1931. Au recensement de cette année, Jeanne Chopin vit seule avec ses deux fils, Roger, 7 ans, et Pierre, 3 ans.

Les garçons grandissent dans une famille recomposée : le 7 mai 1932, à Vitry-sur-Seine (Seine / Val-de-Marne – 94) [1], leur mère se remarie avec Lucien Maxime Lasne, 32 ans, employé communal (enquêteur) à la ville. Jeanne Lasne fait des ménages. Roger Chopin et Pierre ont un demi-frère : Jacques, né en 1933. En mai de cette année-là, la famille est domiciliée au 6, chemin du Perreux. En avril 1935, elle demeure au 5, voie des Blanches.

À partir de 1936, la famille est domiciliée au 15, voie Monsigny, toujours à Vitry-sur-Seine.

Roger Chopin est célibataire (il a 18 ans au moment de sa deuxième arrestation !).

Il est apprenti mouleur à la Fonderie Technique de Vitry, voie Ampère, où travaille également Daniel Germa.

JPEG - 21.4 ko
Roger Chopin à Versailles © Droits Réservés.

Sportif, il est membre licencié de l’Union Vélocipédique de France.

JPEG - 23.9 ko
Licence sportive de Roger Chopin © Droits Réservés.

Il est militant aux Jeunesses communistes.

Du 24 septembre au 6 octobre 1938, lors de la crise des Sudètes avec le IIIe Reich, son beau-père, Lucien Lasne, est rappelé à l’activité militaire au sein du 2e régiment du Génie.

Le 2 septembre 1939, répondant à l’ordre de mobilisation générale suivant la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne, Lucien Lasne est rappelé à l’activité militaire et affecté au 231 E.M. Le 21 juin 1940, à Ancemont, Meuse, ou à Houdelmont, Meurthe-et-Moselle (?), il est fait prisonnier de guerre. Il est ensuite interné au Stalag III-b (ou VI-b). Peut-être sera-t-il libéré le 15 juin 1943.

Roger Chopin participe à l’activité communiste clandestine.

Le 1er mars 1941, un gendarme de la brigade de Vitry qui mène une enquête sur un vol apprend « par une personne désirant garder l’anonymat » que Roger Chopin « se livrerait à la distribution des tracts communistes ». Le soir même, à 18h30, interrogé à la brigade où il a été convoqué, celui-ci reconnait « avoir distribué des tracts du parti communiste, à plusieurs reprises dans le courant de l’hiver sans pouvoir préciser les dates. » « J’en ai distribué dans la rue du Lion d’Or à Villejuif, dans les nuits du 20 au 21 et du 21 au 22 février. J’ai toujours mis les tracts dans les boîtes aux lettres. Je n’en ai jamais collé sur les poteaux ou sur les murs. J’ai toujours distribués ces tracts entre 21 et 22 heures. En général, il s’agissait de L’Humanité réduite et ronéotypée. Je distribue les tracts seul. Je ne puis vous dire d’où viennent ces tracts : ils sont mis dans ma boîte aux lettres la nuit. En 1938, je faisais partie des Jeunesses communistes de Vitry-sur-Seine. Ce groupement a été dissous au début des hostilités. Je présume que c’est un ancien membre de ce groupement qui met les tracts dans ma boîte aux lettres. Il n’y a que huit jours que j’ai dit à ma mère que je distribuais des tracts le soir. Depuis cette date, elle ne me laisse plus sortir. Je n’ai aucun tract chez moi actuellement. » Une heure plus tard, un apprenti ajusteur de 16 ans est interrogé comme témoin : « Il y a environ deux mois que j’avais entendu dire que Chopin distribuait des tracts. Je ne l’ai jamais vu et je ne puis vous fournir aucun renseignement à ce sujet. » Interrogée le lendemain matin, la mère de Roger Chopin dit complètement ignorer l’activité de son fils. La perquisition du domicile familial n’amène la découverte d’aucun élément suspect. Les gendarmes conduisent Roger Chopin au Dépôt de la préfecture de police à disposition du procureur de la République.

Inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939, le jeune homme est écroué au quartier des mineurs de l’établissement pénitentiaire de Fresnes [1] (94) en attendant son jugement.

L’établissement pénitentiaire de Fresnes après guerre. Carte postale. Collection Mémoire Vive.

L’établissement pénitentiaire de Fresnes après guerre.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 20 mai, Roger Chopin comparaît seul devant la chambre des mineurs (15e) du tribunal correctionnel de la Seine (notée « TE ») ; sa mère – déclarée « veuve Chopin » – a été convoquée à l’audience comme civilement responsable. Il est condamné à six mois d’emprisonnement. Cependant, amené à la préfecture de police le lendemain, le jeune homme est libéré après avoir dû signer « l’engagement d’usage » recopié de sa main :  « Je soussigné Chopin Roger, né le 15 août 1923, demeurant Vitry-sur-Seine 15 voie Monsigny, déclare désapprouver formellement l’action communiste clandestine sous toutes ses formes. Je m’engage sur l’honneur à ne me livrer dans l’avenir, directement ou par personne interposée, à aucune activité communiste. Le 21 mai 1941 ».

Il reprend néanmoins contact avec le Front national [2].

Le 28 avril 1942, Roger Chopin est arrêté à son domicile par des policiers français et des Feldgendarmes, comme otage, lors d’une grande vague d’arrestations (397 personnes) organisée dans le département de la Seine par les « autorités d’occupation », avec le concours de la police française et visant majoritairement des militants du Parti communiste clandestin ayant précédemment fait l’objet d’une poursuite judiciaire puis été libérés, soit après avoir bénéficié d’un non-lieu, d’un acquittement ou d’un sursis, soit après avoir fini de purger une courte peine, parmi lesquels beaucoup de jeunes gens. Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

La caserne de Royallieu en 1957 ; au deuxième plan, les six grands bâtiments alignés du quartier C, qui semblent avoir souvent servi au regroupement des internés sélectionnés pour la prochaine déportation. L’enceinte et les miradors du camp ont disparu (les deux hangars en bas à gauche n’existaient pas).

La caserne de Royallieu en 1957 ; au deuxième plan, les six grands bâtiments alignés du quartier C,
qui semblent avoir souvent servi au regroupement des internés sélectionnés pour la prochaine déportation.
L’enceinte et les miradors du camp ont disparu (les deux hangars en bas à gauche n’existaient pas).

Entre fin avril et fin juin, Roger Chopin est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne, installés sur une voie de la gare de marchandises d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandises
d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Roger Chopin est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45370 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

JPEG - 76.7 ko
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oswiecim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Après les premières procédures (tonte, désinfection, attribution d’un uniforme rayé et photographie anthropométrique), les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

© Mémoire Vive 2017.

© Mémoire Vive 2017.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau ; alors choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » – le génocide des Juifs européens -, ce site en construction présente un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires. À leur arrivée, les “45000” sont répartis dans les Blocks 19 et 20 du secteur B-Ib, le premier créé.

Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp). Puis ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos. L’ensemble des “45000” passent ainsi cinq jours à Birkenau.

Le 13 juillet, après l’appel du soir, une moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I). Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a alors été affecté Roger Chopin.

On ignore la date exacte de sa mort à Auschwitz ; avant la mi-mars 1943 (il a 19 ans).

(aucun des treize “45000” de Vitry n’est revenu).

Son nom est inscrit sur le monument « À la mémoire de Vitriotes et des Vitriots exterminés dans lescamps nazis » situé place des Martyrs de la Déportation à Vitry.

JPEG - 229.2 ko
Une plaque dédiée aux “45000” vitriots a été apposée
au dos du monument. Elle est parfois masquée par la végétation.
JPEG - 239.6 ko
La plaque apposée pour le 50e anniversaire de la libération
des camps (avril 1995).

Notes :

[1] Vitry-sur-Seine et Fresnes : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, ces communes font partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France  : mouvement de Résistance constitué en mai 1941 à l’initiative du PCF clandestin (sans aucun lien avec l’organisation politique créée en 1972, dite “FN” et toujours existante).

Sources :

- Informations collectées par José Martin (frère d’Angel Martin) pour Roger Arnould (FNDIRP), 1973.
- 1939-1945, La Résistance à Vitry, Ville de Vitry-sur-Seine, 1992, page 19.
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 389 et 399.
- Archives communales de Vitry-sur-Seine : listes de recensement 1936.
- Archives de Paris : archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du greffe du 28 mars au 5 juin 1941 (D1u6-5855).
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris), Service de la mémoire et des affaires culturelles, Le Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis) : cartons “occupation allemande” (BA ?) ; dossier individuel des Renseignements généraux (77 W 1612-64490).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 24-11-2019)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.