Roger Kinsbourg naît le 22 août 1890 à Remiremont (Vosges – 88), d’Anatole Kinsbourg, 32 ans, docteur en médecine (dont le père est également médecin), et de Aline Weil, 24 ans, domiciliés au 24, place de l’Église.

Mobilisé pendant la guerre de 1914-1918, il est blessé à Verdun.

Le 24 juin 1920, il se marie une première fois à Strasbourg (Bas-Rhin – 67). Le 8 février 1933, à Spada (Meuse – 55), il épouse Alice Weiss en secondes noces.

Il est « directeur particulier d’assurances ».

À des dates restant à préciser, il est élu maire-adjoint de Metz (Moselle – 57) et désigné vice-président du Souvenir Français de la Moselle.

En 1938, il se réfugie à Chenove, au Sud de Dijon (Côte-d’Or – 21), ayant domicile au 7, rue Charles Poisot (les Allemands écrivent « Karl-Ponsot »).

Le 2 juillet 1941, il est arrêté à son domicile par la gestapo suite à une dénonciation d’origine indéterminée le qualifiant de communiste et d’israélite ; deux tracts communistes ainsi qu’un sabre sont trouvés au cours de la perquisition. Il est incarcéré le 2 juillet, en même temps que Paul Charton (45357). Le 3 juillet, son nom et son adresse figurent sur une liste de « militants communistes arrêtés, jusqu’à ce jour, par les autorités allemandes » établie par la 11e brigade régionale de Police judiciaire à destination du préfet.

Roger Kinsbourg est finalement interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Le 20 août, Mme Kinsbourg, sa mère, ne sachant ce qu’il est devenu, écrit au Maréchal Pétain.

Le 25 août , le directeur de cabinet du Maréchal Pétain adresse un courrier au préfet de Côte-d’Or pours’enquérir du sort de Roger Kinsbourg, sa famille étant sans nouvelles. En marge de ce courrier, le préfet annote en rouge qu’une enquête est prescrite et que l’intéressé est israélite.

Le 1er septembre, dans son rapport au commissaire principal de la 11e brigade régionale de la policejudiciaire de Côte-d’Or, le commissaire de police rend compte que « Mr le Feldkommandant ayant été informé de ce que R. Kinsbourg se livrait à une activité communiste assez intense, fit effectuer une perquisition au cours de laquelle il fut découvert plusieurs tracts communistes qui motivèrent son arrestation immédiate et son internement à Compiègne. »

Le 3 septembre, le préfet communique ces renseignements au directeur de cabinet du maréchal Pétain et précise également qu’ayant eu des nouvelles de Roger Kinsbourg interné à Compiègne, celui-ci a un moral très bas. Le même jour, il s’adresse au Feldkommandant de Dijon, expliquant que Monsieur Kinsbourg, propriétaire à Chenove, n’a jamais eu d’activité communiste, qu’il aurait même combattu les partis politiques se réclamant des Internationales, qu’il remettait à la police française les tracts communistes qu’il recevait et qu’ « aucun fait précis et grave » n’a pu lui être imputé.

Le 15 septembre, le préfet régional reçoit de la part de l’Ambassadeur de France, Délégué Général dugouvernement Français dans les territoires occupés (de Brinon [1]), la copie d’une lettre de Madame Kinsbourg au Chef de l’État français pour solliciter la libération de son fils. Le 18 septembre, le préfet informe l’Ambassadeur des démarches déjà effectuées.

Le 26 janvier 1942, le préfet écrit à nouveau au Feldkommandant pour connaître la suite réservée à sa lettre du 3 septembre 1941.

Le 21 avril, de Brinon s’adresse à nouveau au Préfet pour demander des nouvelles, lequel répond une semaine plus tard qu’il ne lui a pas été possible d’obtenir une réponse des autorités allemandes.

Le 16 mai, le maire de Chenove sollicite auprès du préfet régional une intervention en vue de la libération de Roger Kinsbourg, affirmant que ce dernier « n’est pas communiste », qu’il « jouit de l’estime générale de la population de Chenove pour laquelle il a rendu de grands services dans la période difficile d’après juin 1940 » et que « son absence se fait sentir pour la bonne marche d’une exploitation de culture maraîchère d’un hectare environ ».

Le 26 mai, le préfet lui répond que toutes ses interventions sont restées vaines et qu’il ne renouvellera pas les démarches.

Entre fin avril et fin juin 1942, Roger Kinsbourg est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler). D’après les listes reconstituées, il est considéré comme otage juif.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Les 14 déportés de Côte d’Or se regroupent dans le même wagon. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Roger Kinsbourg est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46287 (aucune photo de détenu de ce convoi n’a été retrouvée après le matricule 46172).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit. Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos. Roger Kinsbourg est affecté un moment à la sablière, aux côtés de Gabriel Lejard. Il dit à celui-ci : « Gaby, je suis perdu. Si tu rentres, indique bien à ma famille comment je suis mort. »

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Roger Kinsbourg est probablement dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier).

Il meurt le 19 (ou le 27) juillet 1942, d’après les registres du camp.

Le 22 octobre 1942, dans un courrier à caractère urgent adressé au maire de Chenove, le préfet délégué de la Côte-d’Or demande de lui faire connaître si l’intéressé a été libéré et, dans la négative, de lui préciser quelles sont les personnes à charge, leur situation matérielle et son avis sur l’opportunité de leur attribuer une aide financière. Le maire répond que l’intéressé est toujours arrêté, mais que sa situation financière permet à sa famille de vivre honorablement pendant son absence.

Le nom de Roger Kinsbourg est inscrit sur le monument aux morts de Chenove.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 11-01-1995).

Son nom est inscrit sur le Mur des Noms du Mémorial de la Shoah.

Sources :

- Son nom (orthographié « KINSPOURG ») et son matricule figurent sur la Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne, éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 65, 119 et 120, 356, 363 et 409. 
- État civil de la mairie de Remiremont. 
- Archives départementales de Côte-d’Or, cote 1630 W, articles 252 et 259, et cotes 6J61 à 62 : fiches individuelles des déportés de Côte-d’Or, don de Pierre Gounand, historien 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 567 (16807/1942). 
- Dominique Simonnet, site internet Mémorial GenWeb, 2007. 
- Mémorial de la Shoah, Paris, site internet.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 03-05-2010)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] De Brinon : ancien journaliste et “ultra” de la collaboration, Fernand de Brinon était Délégué général du gouvernement de Vichy auprès des autorités militaires allemandes d’occupation. Quand des requêtes étaient formulées par les familles des détenus auprès de l’administration française, la Délégation générale les transmettait à la Commission d’armistice (bipartite), après enquête de la police ou de la gendarmerie pour s’assurer des conditions d’arrestation et de l’honorabilité du détenu. Une lettre était ensuite adressée aux familles sous couvert de l’organisme qui en avait fait la demande : elle leur annonçait que l’intervention avait eu lieu et leur faisait part de la réponse fournie par les autorités allemandes.

Ainsi, un très grand nombre de fiches de la Délégation générale portent le nom de “45000” ; surtout après le départ du convoi, le 6 juillet 1942, et l’absence de nouvelles résultant de leur statut “NN”.

La plupart de ces fiches se trouvent dans les dossiers d’état civil des déportés conservés au BAVCC (anciennement archives du secrétariat d’État aux Anciens Combattants).