Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Robert, Célestin, Tiradon naît le 27 juillet 1908 à Pierrefitte-sur-Seine [1] (Seine / Seine-Saint-Denis – 93), fils de Gustave Tiradon et de Célestine Duprille [?]. Il a – au moins – un frère, Marcel, né le 3 juin 1906 à Sarcelles [93].

Le 26 juin 1930 à Sarcelles, Robert Tiradon se marie avec Germaine Brunet. Ils auront deux enfants (dans une lettre ultérieure, ils sont désignés au nombre de quatre).

Au moment de l’arrestation du chef de famille, celle-ci est domiciliée au 7, sentiers des Rosaires à Pierrefitte-sur-Seine.

Robert Tiradon est manœuvre maçon.

Trois ans avant son arrestation, son épouse est contrainte de rester alitée.

Sous l’occupation, la police française le considère comme un « militant communiste particulièrement actif ».

Le 6 décembre 1940, Robert Tiradon est appréhendé par des agents du commissariat de Saint-Denis lors d’une vague d’arrestations visant 69 hommes dans le département de la Seine. D’abord rassemblés à la caserne des Tourelles, boulevard Mortier à Paris 20e, ceux-ci sont – le jour même – internés administrativement au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise – 95), créé deux mois plus tôt dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt afin d’y enfermer des hommes connus de la police pour avoir été militants communistes avant-guerre. Pendant un temps, Marcel Tiradon est assigné à la chambre n° 32.

Centre de séjour surveillé d’Aincourt. Plan de l’enceinte
montrant les points d’impact après le bombardement
par un avion anglais dans la nuit du 8 au 9 décembre 1940.
Arch. dép. des Yvelines, (1W71).

Le 10 octobre précédent, son frère Marcel, 34 ans, domicilié à la même adresse, a déjà été arrêté pour être conduit à Aincourt. Germaine, l’épouse de celui-ci, décède au début de l’hiver 1940. Une demande d’autorisation de se rendre à ses obsèques, transmise par le commandant du camp d’Aincourt, est refusée par le préfet de police de Paris. Mais le 11 février 1941, Marcel Tiradon se voit accorder une permission de sortie, escorté d’un gardien de la Paix, afin de rendre visite à ses quatre enfants orphelins à l’hôpital des enfants assistés, au 14, rue Denfert-Rochereau. Avant de rentrer au camp, il passe à son domicile puis au cimetière où repose sa femme. Il est finalement libéré le 26 février, sans doute afin de pouvoir prendre en charge ses enfants. L’arrêté de libération est mal rédigé : les prénoms des deux frères ont été intervertis. Mais l’administration corrige rapidement son erreur.

Le 17 janvier, Robert Tiradon écrit au préfet de la Seine (voulait-il s’adresser au préfet de police ?) pour récuser toute appartenance passée au Parti communiste ou à aucun autre, préconisant qu’une enquête soit menée à ce sujet. Il ajoute qu’il a subi récemment une grave opération nécessitant « un régime un peu sévère » inaccessible dans un centre de séjour surveillé.

Le 22 janvier, il sollicite une allocation de secours pour son épouse et leurs enfants, ou – à défaut – l’enquête qui amènera sa propre libération : « Vous ne voudriez pas, Monsieur le Préfet, avoir le remord de les laisser mourir tous les cinq de froid et de faim ? ».

Le 29 janvier, il réécrit sa lettre du 17 : celle-ci n’était-elle qu’un brouillon ?

Le 13 mars, Germaine Tiradon écrit au préfet de Seine-et-Oise afin de lui présenter une requête concernant son mari dont le contenu reste à préciser. Le 18 avril, la préfecture départementale renvoie cette demande au préfet de police de Paris – direction des Renseignements généraux – qui a ordonné l’internement du détenu (la suite donnée est inconnue…).

Le 9 mai 1942, Robert Tiradon est parmi les quinze internés d’Aincourt remis aux “autorités d’occupation” à la demande de celles-ci et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise ), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

transportaquarelle

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Robert Tiradon est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46149 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Robert Tiradon.

Il meurt à Auschwitz le 6 décembre 1942, d’après les registres du camp.

Son nom est inscrit sur le Monument aux morts de Pierrefitte-sur-Seine, situé dans le cimetière communal.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 2-01-2001).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 386 et 421.
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1w74, 1w76, 1w80, 1w156 (dossier individuel) ; recherches parallèles de Claude Delesque.
- Site Mémorial GenWeb, 93-Pierrefitte-sur-Seine, relevé d’Alain Claudeville (10-2002).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 23-02-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Pierrefitte-sur-Seine : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).