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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Robert Levillon naît le 10 mai 1906 à Paris (son nom a aussi été orthographié Levilion).

Né d’un père juif et d’une mère chrétienne, il est élevé dans la religion catholique qu’il pratique régulièrement.

Agrégé de philosophie, il débute comme professeur à Poitiers le 1er octobre 1937. Il enseigne dans une classe de Terminale littéraire (“Philosophie”) et dans une classe de Terminale scientifique (“Mathématiques élémentaires”).

Même s’il n’a pas été arrêté à Poitiers (Vienne – 86), il a laissé dans cette ville des anciens élèves qui se souviennent de lui.

Sous l’occupation, Robert Levillon tient des propos hostiles aux théories nazies pendant ses cours.

En octobre 1941, il est nommé professeur au lycée Montaigne de Bordeaux (Gironde – 33), où il retrouve le même service d’enseignement.

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Bordeaux. Le lycée Montaigne. 
Carte postale oblitérée en 1949. Collection Mémoire Vive.

Le 16 décembre 1941, il est arrêté à son domicile pour « attitude anti-allemande et propagande gaulliste » et interné au camp de Mérignac (33), puis au fort de Hâ, à Bordeaux.

Dans la nuit du 26 au 27 mai 1942, il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Enregistré sous le matricule 5968. Il est affecté au camp C – le camp des otages juifs – bâtiment 2, chambre 6.

Dans son carnet de notes quotidien sur le camp, François Montel mentionne à la date du 1er juin : « Lévillion giflé par Gueule d’Ange [un gardien allemand] devient maboul. Il a dû arracher de l’herbe en compagnie du CCM. “Comment pourrais-je continuer à mépriser les ouvriers !” clame-t-il ». François Montel considère ce propos comme « faribole » et ajoute avec condescendance à propos de Lévillion : « La Société française lui paraît procéder de deux ou trois douairières de Poitiers, véritables comtesses d’Escarbagnas (ceux qui sont partisans de modifications de l’ordre social sont mal élevés ou mal habitués – et il a une cravate impossible – c’est un infirme). » La référence à Poitiers amène à considérer qu’il peut s’agir de Robert Levillon.

Entre fin avril et fin juin 1942, celui-ci est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Robert Levillon est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 456294 (aucune photo de détenu de ce convoi n’a été retrouvée après le matricule 46172).

Il meurt à Auschwitz le 18 juillet 1942, d’après les registres du camp ; dix jours après l’arrivée de son convoi, parmi les premiers “45000”.

Il semble que le récit d’un rescapé du convoi, David Badache, se rapporte aux circonstances de sa mort : « Le 9 juillet 1942 – le lendemain de notre arrivée – nous sommes transférés du camp principal à Birkenau. Pendant le trajet, les SS séparent les déportés de notre convoi qui parlent allemand, environ 200, et les interrogent sur leurs professions dont ils se moquent. Un professeur crie “Vive de Gaulle”. Il est aussitôt abattu d’un coup de pistolet par un SS ». Il est possible qu’il ait été emmené par la suite auRevier (l’infirmerie), où il serait mort des suites de sa blessure.

Un décret du 29 novembre 1946 attribue à Robert Levillon la Médaille de la Résistance, à titre posthume.

Son nom figure sur les plaques commémoratives du personnel du lycée Montaigne de Bordeaux, “Mort pour la France”.

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Le Mémorial de la Shoah, au 17 rue Geoffroy-l’Asnier à Paris 4e. 
À gauche, panneau du Mur des noms pour les déportés 
de l’année 1942 avec les « noms modifiés et identifiés 
depuis l’achèvement du mur
 » (janvier 2005). 
De nombreux otages juifs du convoi du 6 juillet 1942 
y ont été ajoutés ensuite… Photo Mémoire Vive.
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Inscrit sur le Mur des noms…

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 364 et 411. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour une exposition sur les “45000” et “31000” de Poitou-Charente (2001), citant : Geoffroy de Clecq, ancien élève de Robert Lévillon, résistant, déporté à Wansleben – David Badache, entretien. 
- François Montel, Journal de Compiègne, 29 avril 1942 – 23 juin 1942, présenté et annoté par Serge Klarsfeld, édition FFDJF (Fils et filles des déportés juifs de France), 1999, page 56. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 716 (15586/1942), orthographié « Levilion ».

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 24-03-2009)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.