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Robert, Charles, Lefranc naît le 27 juin 1898 à Rouen (Seine-Maritime [1] – 76), au domicile de ses parents, Vincent Lefranc, 29 ans, employé aux tramways, et Clémence Cavoret, son épouse, 25 ans, employée (receveuse) aux Postes et Télégraphes, demeurant au 104, rue Lafayette. Le couple aura huit enfants.

Le 20 septembre 1920 à Saint-Nicolas-d’Arliermont, près de Dieppe (76), Robert Lefranc se marie avec Denise Decaux. Ils auront un fils, Gabriel, né peu après (âgé de 20 ans en 1942).

De mai 1935 à mai 1940, Robert Lefranc est conseiller municipal communiste de Saint-Nicolas-d’Aliermont, où il est secrétaire de la cellule locale du PCF. En 1937, il est candidat battu aux élections cantonales sur le canton d’Envermeu.

Il vient alors travailler aux chantiers Corue, à Dieppe, où il est considéré comme meneur, organisant des grèves. La police française le désigne comme ouvrier d’usine. Son acte de décès indique comme profession “horloger”.

Robert Lefranc est secrétaire du Syndicat des Métaux de Dieppe.

À une date restant à préciser, il emménage avec sa famille au 84, rue d’Écosse, à Dieppe.

Pendant un dizaine de mois avant la guerre, il travaille aux Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime, chantier naval installé au Trait. Il loge alors à Duclair, peut-être chez sa mère, alors veuve, domiciliée Route de Rouen, et rentre chaque fin de semaine à son domicile de Dieppe. La police de Duclair ne constate aucune activité politique de sa part.

Sous l’occupation, Robert Lefranc trouve un emploi à Palluel (76), « pour le compte des autorités d’occupation », selon la police.

Le 17 juillet 1941, il est arrêté à Duclair par un Feldgendarmerie accompagné d’un agent de la sureté, se faisant « encore remarquer » [sic], et d’abord conduit à son domicile de Dieppe.

Il est finalement interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne [2] (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Affecté au bâtiment 8, chambre 10, il fait équipe avec René Maquenhen, Doury, de Petit-Quevilly, et Gillot, de basse Charente, pour le partage de la nourriture et des colis.

Entre fin avril et fin juin 1942, Robert Lefranc est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande, en application d’un ordre de Hitler.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Sa mère recevra la carte formulaire envoyée à la mi-juillet par l’administration militaire allemande duFrontstalag 122 pour prévenir certaines familles de la déportation de leur parent.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Robert Lefranc est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45765, selon les listes reconstituées. La photo du détenu portant ce matricule n’a pas été retrouvée.

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Robert Lefranc meurt à Auschwitz le 9 octobre 1942, d’après les registres du camp.

Déclaré “Mort pour la France”, son nom figure sur le Monument aux Morts de Dieppe. La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 17-05-1994).

À une date restant à préciser, le Conseil municipal de Saint-Nicolas-d’Aliermont donne son nom à la rue principale de l’agglomération.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 375 et 410. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Basse-Normandie (2000), citant : liste établie par la CGT, p.6 – Charles Pieters, adjoint au maire de Dieppe (FNDIRP), 10/8/1979 – Henri Ayache, maire de Saint-Nicolas, lettre du 17/6/1992 – Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (acte de naissance, acte de décès transcrit en 1947). 
- Louis Eudier (45523), Notre combat de classe et de patriotes (1939-1945), imprimerie Duboc, Le Havre, sans date (2-1973 ?), page 125 et listes à la fin du livre. 
- Archives départementales de la Seine-Maritime (AD 76), site internet, archives en ligne, registre des naissances de Rouen, année 1898, cote 4E 13855, vue 151/197, acte n° 1136. 
- Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen, site de l’Hôtel du Département, cabinet du préfet 1940-1946, individus arrêtés par les autorités de Vichy ou par les autorités d’occupation, dossiers individuels Le (cote 51 W 418), recherches conduites avec Catherine Voranger, petite-fille de Louis jouvin (“45697”). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 302 (33476/1942), « Franc Le ».

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 20-05-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[2] Sous contrôle militaire allemand, le camp de Royallieu a d’abord été un camp de prisonniers de guerre (Frontstalag 122), puis, après l’invasion de l’URSS, un « camp de concentration permanent pour éléments ennemis actifs ». À partir de septembre 1941, on y prélève – comme dans les autres camps et prisons de zone occupée – des otages à fusiller. À partir du 12 décembre 1941, un secteur du sous-camp C est réservé aux Juifs destinés à être déportés à titre de représailles. Le camp des Juifs est supprimé le 6 juillet 1942, après le départ de la plupart de ses internés dans le convoi transportant les otages communistes vers Auschwitz. Les derniers détenus juifs sont transféré au camp de Drancy (Seine-Saint-Denis – 93).