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René, François, Pignet naît le 18 mai 1922 à Carvin (Pas-de-Calais), fils unique d’Ernest et Flora Pignet, qui ont perdu une fille en bas âge.

Au moment de son arrestation, René est domicilié chez ses parents au 1, rue Lamarck à Albert (Somme).

Célibataire, il est coiffeur dans le salon que tient son père.

Le 20 mai 1942 – deux jours après ses vingt ans -, il est arrêté par des Feldgendarmes d’Albert, avec son père, dans le salon de coiffure, à la suite d’une dénonciation ; leur maison est perquisitionnée. Après la guerre, trois motifs différents – mais non contradictoires – ont été avancés pour expliquer cette arrestation.

Le premier serait une expression trop publique de leurs sentiments anti-allemand. En 1943, le maire d’Albert déclare : « très bavard ; la population n’a pas été très surprise de son arrestation ». Cet argument est repris par le préfet de la Somme en juillet 1952.

D’après la mémoire familiale, la dénonciation pourrait résulter d’un conflit sur un “coup de pêche” après qu’ils aient jeté une grenade dans un étang. Ils seraient alors arrêtés par l’armée d’occupation parce que suspectés de détention d’armes. Cette deuxième explication est partiellement reprise par le préfet en 1952 : « Monsieur René Pignet aurait détenu chez lui des grenades » et s’en serait débarrassé avant la perquisition du 20 mai 1942.

Enfin, après-guerre (1949-1950), quatre témoignages au moins indiquent qu’ils auraient aidé des prisonniers de guerre à s’évader, notamment du camp d’Amiens (Frontstalag 204), en les hébergeant, puis en les adressant à une cousine habitant Moulins, sur la ligne de démarcation, dans la perspective de leur passage en zone libre (l’année 1941 est citée). Selon Marcel Tomeno, Jean Fletcher était impliqué dans la même affaire.

Les trois hommes restent enfermés à la prison de l’Hôtel de Ville d’Albert jusqu’au 22 mai à 9 heures, date à laquelle ils sont conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Ils sont dans la même chambrée, avec également Georges Hanse, de Beauvais (45653 – rescapé). Ernest Pignet est enregistré sous le matricule n° 5819 et René sous le n° 5820.

Entre fin avril et fin juin 1942, René Pignet est sélectionné avec son père parmi plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Depuis le train, René Pignet jette un message transmis à sa mère. Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, René Pignet est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45989 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied à Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Portail du secteur B-Ib du sous-camp de Birkenau par lequel sont passés tous les “45000”. © Mémoire Vive.

Portail du secteur B-Ib du sous-camp de Birkenau par lequel sont passés tous les “45000”. © Mémoire Vive.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – René Pignet est, avec son père, dans la moitié du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » (contexte plus meurtrier).

Selon Marius Sanzi (rescapé), René Pignet « travaille longtemps de son métier » (coiffeur) puis est atteint du typhus.

Le 17 novembre 1942, dans la chambrée (Stube) n° 5 du “Revier” de Birkenau (Block n° 8 – en brique – du secteur BIb) – où se trouvent également Henri Peiffer et  Alexandre Varoteau -, il reçoit quarante gouttes de valériane (antispasmodique et calmant) et un comprimé de Pyramidon (antinévralgique et antifébrile). Le 24 novembre, il reçoit 6 comprimés de charbon (Kohle) et 15 grains de « Bol blanc » (Bolus alba, du kaolin) pouvant soulager de la dysenterie. Dans ce dispensaire, le SS-Rottenführer Franz Schulz exécute certains détenus avec une injection mortelle dans le cœur…

René Pignet meurt à Birkenau à une date inconnue. L’acte de décès établi pour l’état-civil indique le 15 décembre 1942 [1]. Toutefois, celle-ci n’est confirmée par aucun survivant (André Faudry, Henri Peiffer,Georges Hanse, Marius Zanzi). Leurs témoignages – non convergents – situent sa mort entre la fin octobre 1942 et le début de l’année 1943.

Selon André Faudry, malade du typhus, il est enfermé au Block 7, une prétendue infirmerie où personne n’est soigné et où sont rassemblés ceux qui seront gazés.

Ce qui est certain, c’est que sa mort survient avant la mi-mars 1943, puisqu’il ne fait pas partie des dix-sept survivants de Birkenau qui réintègrent le camp principal à cette date.

Déclaré “Mort pour la France” (10-6-1946), René Pignet est homologué comme “Déporté politique”. La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (14-12-1997).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 127 et 128, 379 et 417.
- Cl. Cardon-Hamet, notice biographique envoyée à Françoise Tomeno (30-01-2006), citant : M. Aubert, adjoint au Maire Délégué, mairie d’Albert (80) – Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier national). – Acte de décès. M. Lallou, ADIRP d’Amiens (lettre du 26 mars 1991).
- Courriels de Françoise Tomeno, sa petite-nièce (01-2006, 05-2008), documents numérisés, notes au Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Caen.
- André Faudry, lettre du 12 juin 1945.
- Henri Peiffer, lettre du 3 juillet 1945.
- Georges Hanse, lettre du 4 mars 1946.
- Marius Zanzi, lettre du 12 mars 1946.
- Registre de délivrance de médicaments de l’infirmerie de Birkenau, Archives du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau (Archiwum Państwowego Muzeum Auschwitz-Birkenau – APMAB), Oświęcim, Pologne ; Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; page complémentaire transmise par André Nouvian.
- Irena Strzelecka, Les hôpitaux dans le camp de concentration d’Auschwitz, in Auschwitz 1940-1945, tome 2, Les détenus – La vie et le travail, chap. 9, p. 364-365, éditions du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, 2011.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 16-10-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil en France : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ. Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.