Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

René, Henri, Petitjean naît le 1er septembre 1900 à Vincelles (Yonne), fils d’Athanase Petitjean, 38 ans, chef cantonnier après avoir été vigneron à Venoy, et de Marie Jouard, 41 ans, domicilié route nationale ouest, côté droit. René a un frère de 15 ans plus âgé, Honoré. Charles Jouard, le père de Marie, âgé de 69 ans habite alors avec eux. Athanase et Marie Petitjean deviendront peut-être commerçants.

Le 3 juin 1922 à Vincelles, René Petitjean se marie avec Lucie Hubert.

Le 30 septembre 1926 à Paris 13e, il épouse en secondes noces Marthe Rochette.Ils auront deux enfants : Danielle, née vers 1931, et Didier, né vers 1932. Pendant un temps, ils habitent au 12, rue Lahire, dans le 13e arrondissement, où Marthe exploite un commerce de mode.

À partir du début octobre 1930, le couple est domicilié au 11 rue Abel-Lovelaque (Paris 13e).

René Petitjean est alors tourneur sur métaux dans une usine de l’arrondissement.

À partir de 1931, il est adhérent de l’Union syndicale des travailleurs de la Métallurgie, voiture, aviation, maréchalerie et parties similaires (CGTU) et militant du Parti communiste, membre du 4e rayon de la région parisienne. Il est également adhérent à la 13e section de la Fédération des locataires. Il est déjà connu des Renseignements généraux de la préfecture de police.

En mai 1932, René Petitjean se présente aux élections législatives dans la 1re circonscription du 13e arrondissement au titre du « Commerce et de l’Artisanat ». Selon les Renseignements généraux, sa candidature de dernière heure n’a d’autre but que de favoriser celle de Pierre Sémard, qui se présente au nom du Parti communiste, au détriment de Louis Gélis, conseiller municipal communiste du quartier de la Maison Blanche, exclu en 1929 et membre fondateur du Parti ouvrier-paysan (POP), lequel sera élu.

Au cours de l’année 1934, René Petitjean est inscrit sur les listes électorales de Clichy-la-Garenne [1] (Seine / Hauts-de-Seine).

En 1936 et jusqu’au moment de son arrestation, il est domicilié au 63, rue de Neuilly à Clichy, adresse où il tient une petite épicerie avec son épouse. Lui-même se déclare comme commerçant.

Sous l’occupation, la police française (Renseignements généraux) le considère comme un « propagandiste révolutionnaire ».

Le soir du 14 octobre 1940, René Petitjean est arrêté à son domicile par les services du commissariat de police de Clichy qui procèdent à des perquisitions chez divers habitants « à la suite de renseignements recueillis relatifs aux affichages de papillons et distributions de tracts subversifs dans [la] circonscription ». Cinq autres militants sont pris dans la même affaire , dont Eugène Guillaume, Henri Mathiaud et son frère Raymond. Le rapport adressé par le commissaire au directeur de la police judiciaire dès le lendemain indique qu’aucun paquet de tracts n’a été trouvé chez Petitjean « qui ne paraît pas être un distributeur, mais qui n’en est pas moins très actif ». Tous sont inculpés pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (« reconstitution de ligue dissoute » et interdiction de la propagande communiste) et conduits au Dépôt, à disposition du procureur de la République.

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Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er.
Tribunal correctionnel, un des porches du rez-de-chaussée.
(montage photographique)

Le 17 octobre 1940, les six inculpés comparaissent devant la 12e chambre du tribunal correctionnel de la Seine. René Petitjean est condamné à quatre mois d’emprisonnement (plusieurs documents de police ultérieurs mentionnent de manière erronée le 16 janvier 1941 comme date de cette condamnation). Tous les militants se pourvoient en appel auprès du Procureur de la République. René Petitjean est ensuite écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e).

À l’expiration de sa peine, René Petitjean n’est pas libéré : le 16 janvier, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif en application du décret du 18 novembre 1939. Le lendemain, René Petitjean fait partie des 24 militants communistes conduits au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Seine-et-Oise / Val-d’Oise), créé en octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt.

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Centre de séjour surveillé d’Aincourt. Plan de l’enceinte
montrant les points d’impact après le bombardement
par un avion anglais dans la nuit du 8 au 9 décembre 1940.
Arch. dép. des Yvelines, cote 1W71.

Le 7 avril, René Patijean est extrait du camp pour comparaître au Palais de Justice de Paris devant la 10e chambre des appels de police correctionnelle, qui confirme sa peine dès le lendemain, 8 avril. À l’issue de l’audience, il est reconduit au Dépôt.

Le 18 avril 1941, Marthe Petitjean écrit au préfet de la Seine pour solliciter la mise en liberté de son mari : « … je tiens seule une petite boutique d’épicerie aux revenus modestes et […] seule il m’est impossible d’assurer et la vente et le ravitaillement en denrées soit aux Halles soit auprès des divers fournisseurs. J’ai en outre deux enfants âgés de 10 et 9 ans dont je dois m’occuper et […] je vais me trouver dans la pénible obligation de fermer ma boutique qui constitue ma seule source de revenus […]. »

Le même jour, René Petijean écrit au préfet de police pour solliciter sa libération. « Au cours d’une perquisition à mon domicile, j’ai été trouvé détenteur de 4 imprimés divers et opuscules. Or ces objets avaient été introduits dans ma boutique (ancienne boucherie chevaline) par une grille extérieure faisant office de fermeture par laquelle les facteurs me font parvenir mon courrier. Je me réservais de prendre connaissance de ce courrier et je n’aurais pas manqué de détruire ces imprimés […] seul le manque de temps m’[en] a empêché… ».

Le 21 avril, René Petijean est ramené à Aincourt.

Le 4 mai, les RG rédigent un « blanc » selon lequel « la libération de Petitjean ne saurait être envisagée actuellement ».

L’administration du camp d’Aincourt lit systématiquement la correspondance des détenus et y relève toutes les informations concernant leur état d’esprit à titre individuel ou collectif. Le 12 juillet 1941, après l’invasion de l’URSS par le Reich, le directeur du CSS d’Aincourt adresse un rapport au préfet de Seine-et-Oise avec plusieurs extraits des lettres interceptées en lui faisant « connaître que, depuis la guerre germano-soviétique, [il] communique tous les matins, à Laurent Darnar, la presse parisienne. Ce dernier fait un extrait succinct et objectif des informations que[le directeur fait] afficher ensuite à l’intérieur du Centre. Ce procédé représente l’avantage de [lui] éviter toute critique personnelle dans la rédaction de ce communiqué et a fini de discréditer complètement l’interné Laurent Darnar aux yeux de ses anciens camarades… ». Le 26 juillet, le préfet de Seine-et-Oise écrit à Joseph Darnand, ministre secrétaire d’État à l’Intérieur, pour lui transmettre « les réactions suscitées par ce communiqué ». René Petitjean, de Clichy, a écrit : « …Les évènements vont vite : seront-nous libérés par des étrangers, puisque les Français, eux, ne veulent pas nous libérer ? »

Le 6 septembre 1941, René Petitjean est parmi les 150 détenus d’Aincourt (dont 106 de la Seine) transférés au camp français (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne), pour l’ouverture de celui-ci ; « dans des baraquements en bois, où les Allemands viennent prendre des otages », écrit-il.

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Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”,
vu du haut d’un mirador. Date inconnue.
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village.
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne),
Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 22 mai 1942, il fait partie d’un groupe de 156 internés – dont 125 seront déportés avec lui – remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). René Petitjean fait partie de ceux qui sont « parqués » la veille de ce départ après « visite médicale et sélection ».

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30. Les Clichois sont dans le même wagon – où ont dû monter 45 hommes -, autour d’Alexandre Antonini, conseiller municipal dont l’influence est grande et qui réussit à calmer les plus impressionnables.

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Les deux wagons à bestiaux
du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Tous jettent une lettre sur la voie ferrée et, selon René Petitjean, deux d’entre elles seulement ne parviendront pas à leurs destinataires. Tergnier, Laon, Reims… Châlons-sur-Marne : le train se dirige vers l’Allemagne. Ayant passé la nouvelle frontière, il s’arrête à Metz vers 17 heures, y stationne plusieurs heures, puis repart à la nuit tombée. Francfort-sur-le-Main (Frankfurt am Main), Iéna, Halle, Leipzig, Dresde, Gorlitz, Breslau… puis la Pologne occupée. Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif

Le 8 juillet 1942, René Petitjean est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45976 (ce matricule sera tatoué sur son bras gauche quelques mois plus tard).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, au cours duquel ils déclarent leur profession, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos. Pendant un temps, René Petitjean est affecté au très meurtrier Kommando du Kanal.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – René Petitjean est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Il estime qu’il quitte l’enfer pour le purgatoire.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ».
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Affecté au Block 28, René Petitjean travaille dans plusieurs Kommandos et notamment à la serrurerie (Schlosserei), avec Raymond Montégut et Auguste Monjauvis.

Après l’hécatombe, René Petitjean fait partie du petit groupe de rescapés “45000” se retrouvent régulièrement, parmi lesquels Georges Brumm, Fernand Devaux, André Faudry, Mickey Guilbert, Robert Lambotte, Guy Lecrux, Roger Pélissou, Robert Rossé.

En juillet 1943, comme les autres détenus “politiques” français d’Auschwitz (essentiellement des “45000”), il reçoit l’autorisation d’écrire (en allemand et sous la censure) à sa famille et d’annoncer qu’il peut recevoir des colis.

À la mi-août 1943, René Petitjean est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) au premier étage du Block 11, la prison du camp, pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11.

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Auschwitz-I. La cour séparant le Block 10 – où se pratiquaient
les expérimentations “médicales” sur les femmes détenues –
et le Block 11, à droite, la prison du camp, avec le 1er étage
de la “quarantaine”. Au fond, le mur des fusillés.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp, le SS-Obersturmbannführer Arthur Liebehenschel, – qui découvre leur présence – et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine.

Le 3 août 1944, René Petitjean est parmi les trois-quarts des “45000” présents à Auschwitz qui sont de nouveau placés en “quarantaine”, au Block 10, en préalable à un transfert.

Le 29 août 1944, il est parmi les trente “45000” transférés [2] dans un convoi disciplinaire de 807 détenus (incluant de nombreux “Prominenten” polonais). Les partants sont témoins de l’arrivée d’un convoi du génocide. « …Nous embarquons à Birkenau. Le long d’un quai stationne un convoi de femmes et d’enfants parqués dans des wagons à claire-voie, à deux étages, wagons conçus et destinés à des transports de porcs et de moutons. Les occupants sont allégés dans l’impossibilité de s’assoir, en plein soleil avec une soif terrible. On voit des morts et des agonisants… »

À leur arrivée au KL Sachsenhausen, dans la ville d’Oranienbourg, au Nord-Ouest de Berlin, et jusqu’au 25 septembre, les trente sont assignés au Block 66. Avec René Maquenhen et Auguste Monjauvis, René Petitjean est affecté au Kommando Siemens Stadt, à 12 kilomètres de Berlin, petit camp de quatre Blocksdont les 700 à 800 détenus – sous-alimentés – fabriquent des téléphones dans une usine moderne que l’aviation alliée bombarde trois fois par jour. Les trois camarades s’efforcent de réduire leur propre rendement.

En avril 1945, lorsque les camps sont évacués, commence une “Marche de la Mort” : 240 km vers le Nord-Ouest, jusqu’au château de Traumark, où René Petitjean vit – avec Roger Maquenhen et Henri Mathiaud, de Clichy – ce qu’il décrit comme « des moments rocambolesques » [3]. Les SS ayant fuit, ils sont libérés le 2 mai 1945 par les troupes soviétiques, qui les remettent aux Américains : hébergés dans la caserne Adolf Hitler de Schwerin, ils sont « traités comme des prisonniers ».

Le 24 mai, ils rentrent en France en passant par la Belgique, « en wagons à bestiaux, comme au départ ».

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La gare de l’Est à Paris, point d’arrivée de nombreux rapatriés
d’Allemagne, dont des déportés rescapés.
Des familles y ont guetté en vain le retour de leur proche.
Carte postale d’après guerre. Collection Mémoire Vive.

Le 12 juin, depuis Vincelles où il est probablement en convalescence dans sa famille, René Petitjean écrit à un camarade de Clichy déporté qu’il a appris la création d’un comité d’Auschwitz dont il ignore l’adresse mais qu’il juge nécessaire pour informer les familles, lui-même étant très sollicité pour ce faire (on lui doit de connaître le sort d’un certain nombre de Clichois). Il précise qu’il a écrit à Madame Antonini et s’inquiète pour Henri Mathiaud : « Est-ce que ça va mieux chez lui ? ».

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Le 8 octobre (1945), René Petitjean écrit à l’épouse de GeorgesVarenne pour confirmer la disparition de celui-ci à Birkenau, en
même temps que celle de Norbert Debries, de Vincelles (Yonne).
Musée de la Résistance Nationale (Champigny-sur-Marne – 94).
Fonds Georges Varenne. Droits réservés.

René Petitjean devient secrétaire ou vice-président de la section locale de Clichy de la FNDIRP.

Décrit comme « un homme de caractère, très courageux », il tient à témoigner et le fait à plusieurs reprises : en 1946, pour le livre édité par l’Amicale d’Auschwitz, Témoignages sur Auschwitz, dans Le Patriote résistant (journal de la FNDIRP) en janvier 1965.

Le 28 novembre 1953 à Ézanville (Seine-et-Oise / Val-d’Oise), René Petitjean se marie une deuxième fois avec Lucie Hubert, sa première épouse.

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René Petitjean au Havre en 1960,
lors d’une réunion de “45000”
et de “31000”. Droits réservés.

Il est le premier à répondre à l’appel lancé par Roger Arnould pour reconstituer l’histoire de son convoi.

René Petitjean décède le 31 décembre 1976 à Ézanville, peu après leur rencontre.

Sources :
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 16, 359, 381 et 416.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” des Hauts-de-Seine nord (2005), citant : Témoignages de René Maquenhen, Pierre Monjault – Correspondance avec Roger Arnould, déporté à Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP – Sachso, ouvrage de l’Amicale des anciens déportés de Sachsenhausen, p. 252, 254, 502 – Archives municipales de Clichy – État civil de la mairie de Vincelles.
- René Petijean, in Témoignages sur Auschwitz, ouvrage collectif, Édition de l’Amicale des déportés d’Auschwitz, FNDIRP, Paris 16e, 4e trim. 1946, pages 31 à 46.
- Roger Arnould, Les témoins de la nuit, volume de la tétralogie L’enfer nazi publiée par la FNDIRP, 2e édition avril 1979, pages 51, 55 et 161.
- Archives départementales de l’Yonne, archives en ligne ; registre d’état civil de Vincelles NMD 1900-1904 (5 Mi 1356/ 2), année 1900, acte n°5 (vue 4/131).
- Archives communales de Clichy : listes électorales, archives de la section locale de la FNDIRP, matrices de taxe professionnelle.
- Archives de Paris ; archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du greffe du 15 novembre 1940 au 20 janvier 1941, cote D1u6-5851.
- Archives départementales des Yvelines et de l’ancien département de Seine-et-Oise (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1W71, 1W76 : (pas de dossier individuel ?).
- Archives de la préfecture de police de Paris (Seine / Paris), site du Pré-Saint-Gervais ; cartons “occupation allemande”, camps d’internement…  (BA 2374) ; liste des internés communistes, 1939-1941 (BA 2397) ; archives des renseignements généraux (77W1544), dossier de Petitjean René (42160).
- Mémorial de la Shoah, Paris, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; liste XLI-42, n° 147.
- Archives départementales de la Vienne ; camp de Rouillé (109W75).
- Louis Eudier (45523), “Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945”, au Havre, page 47, cite un témoignage de René Petitjean dans Le Patriote Résistant.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 12-09-2016)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Clichy-la-Garenne : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Les trente d’Auschwitz vers Sachso : (ordre des matricules, noms de G à P) Georges Gourdon(45622), Henri Hannhart (45652), Germain Houard (45667), Louis Jouvin (45697), Jacques Jung(45699), Ben-Ali Lahousine (45715), Marceau Lannoy (45727), Louis Lecoq (45753), Guy Lecrux(45756), Maurice Le Gal (45767), Gabriel Lejard (45772), Charles Lelandais (45774), Pierre Lelogeais(45775), Charles Limousin (45796), Victor Louarn (45805), René Maquenhen (45826), Georges Marin(45834), Jean Henri Marti (45842), Maurice Martin (45845), Henri Mathiaud (45860), Lucien Matté(45863), Emmanuel Michel (45878), Auguste Monjauvis (45887), Louis Mougeot (45907), Daniel Nagliouk (45918), Émile Obel (45933), Maurice Ostorero (45941), Giobbe Pasini (45949), René Petijean (45976) et Germain Pierron (45985).

[3] L’évacuation, racontée par René Petitjean : « C’est l’évacuation ! Des groupes de cinq cents à huit cents sont formés sur la grand-place, et notre groupe part sur les grandes routes d’Allemagne, à pied, avec une couverture. Nous marchons, les premiers jours, allégrement. Nous couchons dans les taillis, les bois, les fossés par tous les temps. Les nuits sont froides et détrempent nos couvertures ; nos couches par temps de pluie sont intenables. Lorsqu’on peut avoir des branchages et des feuilles, c’est mieux qu’à même le sol. Nous repartons souvent sans manger. Nous mangeons quelques feuilles d’arbres, tendres et vertes, mais les étapes sont longues, nous sommes harassés de fatigue. La faim oblige à chaparder des pommes de terre ou rutabagas lorsqu’on passe près de silos sur le bord de la route, des épis de blé ou de seigle dont nous extrairons les grains que nous ferons cuire à la halte prochaine. Mais, attention, les S.S. sont sans pitié, ils tirent sur les Häftlingen que nous sommes [Haeftling ou Häftling : détenu et, par extension, déporté dans le vocabulaire concentrationnaire].

Nous touchons cinq pommes de terre ce jour pour calmer notre faim. On parle beaucoup de colis de la Croix-Rouge qui est dans les parages et nous sommes harassés par la marche, mais il faut quand même aller. Les S.S., derrière notre colonne, nous poussent.

Les Russes sont derrière. Ils avancent vite, avec leurs motorisés. Beaucoup de camarades, à bout, abandonnent, se laissent glisser à terre, sur le bas côté de la route ; sans pitié, c’est le coup fatal

Fusillé à la mitraillette. Le revolver de l’officier claque derrière la nuque. Toutes les colonnes voient ce sort réservé aux faibles, aux malades, aux blessés. Des centaines, des milliers de corps jalonnent les routes, visages tuméfiés, contractés, dont le sang coule de la petite plaie. Les étapes successives de jour et même de nuit maintenant nous affaiblissent. Nous portons les malades, les blessés aux pieds ; nous nous secourons dans la limite de nos forces, malgré tout, des camarades français abandonnent cette marche forcée, désespérée, sachant comme elle se termine.

Nous traversons Newripen, Wittstock, et les Russes nous poursuivent. Les S.S. nous brutalisent à coups de crosse, à coups de poing. Il faut avancer vite ; nous venons de couvrir 45 kilomètres, et pas un arrêt. Les cadavres s’échelonnent, tout homme qui s’arrête, qui ne peut marcher, est un homme mort. Les silos de pommes de terre ont aussi leurs morts, ceux qui ne voulaient pas mourir de faim.
 Enfin, un arrêt qui nous comble de joie ! Nous cantonnons dans une ferme. Nous allons pouvoir nous reposer sur un bon lit de paille, que je m’apprêtais à faire pour moi et mes amis, mais je suis arrêté par un
 S.S. qui me met un coup de poing en plein visage. Mon nez saigne et j’ai un œil au beurre noir ; ça ne fait rien.

Le commandant fait dire par le Dolmetscher (traducteur) : «  Vous n’avez pas eu à manger hier, ce soir vous aurez un kilo de pommes de terre chacun »  !

Un gîte et à manger ! C’est vraiment trop nous combler, nous autres bagnards. Chacun se pourlèche en préparant sa couche moelleuse et captivante. Que d’invectives pour faire reculer le voisin qui empiète le terrain. Il y a si peu de place pour tous. Hélas ! que d’efforts superflus ! Un agent de liaison arrive en moto, tout poussiéreux et en sueur. Il est 9 heures du soir. Un commandement rauque s’élève : «  Antreten  » (rassemblement) ! Il faut partir, et vite… Les «  Rouskis  » sont là, tout près, à vingt kilomètres.

Adieu, lit et pommes de terre ! Et nous voilà de nouveau, cette fois, non plus sur la route, mais à travers chemins de terre, à travers champs, prés, bois, taillis, poussés, battus, mais avec cet ultime espoir qui nous réchauffe le cour. «  Ils  » sont là, derrière, «  Ils  » viennent, qu’ Ils » viennent vite avant que d’autres ne tombent !

Nous allons plus lentement, simulons des efforts. On s’engueule entre nous :
– Tu vas trop vite, hé, ballot !
– Ta gueule, toi, j’marche moins vite que toi !

Eux, ces messieurs les «  Schleus  », sont agités, nerveux, mauvais. Les voitures à bras que nous traînons ne vont pas assez vite à leur gré. Le commandant nous fait arrêter pour que chaque S.S. reprenne son sac sur le dos. Les voitures n’avancent pas plus vite. Doucement, les «  potes » sont derrière et il est minuit. C’est le 1er mai. On avance difficilement dans les trous et les bosses des champs par cette nuit noire, sans lune. On ne voit pas à 4 mètres devant soi. On marche par petits groupes de cinquante à quatre-vingts. Défense de parler.

Les jantes crissent dans les ornières. Les bras sont tendus, mais les forces « contraires ». Les voitures s’embourbent, nous n’avançons plus qu’à peine et un sourire inonde de joie notre visage ; mais un coup de crosse dans le visage nous rappelle à l’ordre, dent cassée, et ce maudit nez qui saigne encore. C’est une vache ! Mais « Ils » viennent, « Ils  » sont derrière, pas très loin, et les tirs s’opèrent devant nous, sur la gauche. On nous fait stopper. On revient sur nos pas. Les S.S. ne savent plus quoi faire, car des lueurs de flammes jaillissent des lance-flammes, sans doute encore loin. Les S.S. parlent entre eux. Nous essayons vainement de surprendre leurs dialogues. Nous voyons que toutes les colonnes s’arrêtent derrière nous. Les avions survolent au petit jour. Nous attendons dans un bois, près d’un pont de pierre du chemin de fer.

Après trois heures de repos, nous repartons. Le commandant de notre groupe ne sait plus quoi faire. Nous marchons toujours vers le nord. »