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IDENTIFICATION INCERTAINE…
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

René, César, Jacky naît le 13 novembre 1894 au Havre (Seine-Maritime [1] – 76), chez ses parents, Georges Jacky, 30 ans, employé de chemin de fer lui-même natif du Havre, et Marie Ozenne, 30 ans, domiciliés au 90, rue Demidoff.

Pendant un temps, il travaille comme voilier (métier consistant à tailler ou coudre ensemble les laizes des voiles, d’y fixer leurs renforts, ralingues ou garnitures, et à raccommoder ces voiles ; éventuellement dans l’atelier de voilerie d’un arsenal).

Le 18 décembre 1914, René Jacky est incorporé au 46e régiment d’infanterie. Le 24 mai 1915, il passe au 282e R.I. Le 25 septembre, il est cité à l’ordre de la brigade : « Employé comme agent de liaison auprès du commandant de compagnie, a toujours fait preuve, d’entrain, de bravoure dans l’accomplissement des missions qui lui ont été confiées dans des circonstances très difficiles ». Il reçoit la Croix de guerre avec étoile de bronze.

La Croix de guerre 1914-1918 avec étoile de bronze. © MV

La Croix de guerre 1914-1918
avec étoile de bronze.
© MV

Le 1er octobre 1915, René Jacky est nommé caporal. Le 1er juin 1916, il passe au 204e R.I. Le 23 mars 1918, il est fait prisonnier à Chauny (Aisne). Il est interné à Giessen, dans le centre du land de Hesse. Le 21 décembre 1918, il est rapatrié en France. Le 25 janvier 1919, il passe au 129e R.I.  Le 1er mai, il est nommé sergent.

Le 23 août 1919 à Paris 11e, alors qu’il est encore sous les drapeaux, René Jacky se marie avec Renée Marcq, née le 18 janvier 1900 à Paris 12e, employée de commerce.

Le 9 septembre suivant, il est démobilisé.

Le 2 octobre 1919, René Jacky est embauché par la Compagnie des Chemins de fer de l’État, qui fusionnera avec d’autres au sein de la SNCF début 1938 [2]. En août 1927, l’armée le classe affecté spécial comme facteur du matériel à la Garenne-Bezon.

René et Renée ont deux enfants : André, né le 17 juin 1923, et Monique, née le 10 juillet 1940.

Au moment de l’arrestation du chef de famille, celle-ci est domicilié au 21, avenue Henri-Martin à Nanterre [3] (Hauts-de-Seine – 92).

René Jacky est alors ouvrier au dépôt SNCF de La Folie à Nanterre ou commis de 1ère classe à la gare Saint-Lazare (à vérifier…), syndiqué CGT.

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Carte syndicale CGT, Fédération des chemins de fer. 
Collection Mémoire Vive.

Sympathisant communiste, il est élu conseiller municipal de Nanterre le 12 mai 1935, sur la liste dirigée par les communistes Pierre Brandy et Raymond Barbet.

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Nanterre. La mairie et son parc dans les années 1920. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

L’assemblée municipale désigne René Jacky comme délégué sénatorial en 1935 et 1938.

C’est sans doute par erreur que son nom est omis dans la liste des conseillers déchus par le Conseil de préfecture le 29 février 1940, car il n’est pas cité non plus parmi ceux qui se désolidarisèrent du Parti communiste.

Après l’interdiction du Parti communiste, il est considéré par les Renseignements Généraux comme un « meneur particulièrement actif ».

Le 26 juin 1941, René Jacky est appréhendé à son domicile par des policiers du commissariat de Puteaux, dans le cadre d’une vague d’arrestations ciblées visant 92 militants ouvriers du département de la Seine, dont François Delcroix, de Nanterre. Le préfet de police de Paris a signé les arrêtés ordonnant leur internement administratif, mais ces opérations sont menées en concertation avec l’occupant : le jour même, René Jacky est conduit à l’Hôtel Matignon pour être livré aux autorités d’occupation. Quelques jours plus tard, il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, René Jacky est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, René Jacky est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45680, selon les listes reconstituées (la photo d’immatriculation correspondant à ce matricule a été retrouvée, mais n’a pu être identifiée à ce jour).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté René Jacky.

Il meurt à Auschwitz le 23 août 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp [4] ; la cause mensongère qui y est inscrite est une « affection de la valvule cardiaque » (Herzklappenfehler).

Déclaré “Mort pour la France”, il est homologué comme “Déporté politique”. Son nom est inscrit (sans prénom) parmi les déportés sur le Monument aux morts de Nanterre, parc des Anciennes Mairies. La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 16-07-1994).

Sources : 
- Claude Pennetier, notice dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, dirigé par Jean Maitron, tome 31, page 95. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 127 et 128, 383 et 408. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” des Hauts-de-Seine nord (2005), citant : Mairie de Nanterre, le registre d’état civil porte la mention “Mort au camp de Compiègne, le 6 juillet 1942” avec la mention marginale “décédé en août 1942 à Auschwitz” ; liste de déportés politiques. 
- Archives départementales de la Seine-Maritime (AD 76), site internet du conseil général, archives en ligne, registre des naissances du Havre, année 1894 (cote 4E 12496), acte n° 3423 (vue 386/587) ; registre matricule du recrutement militaire, bureau du Havre, classe 1914 (cote 1 R 3361), matricule 2167.
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA 2397 (liste des internés communistes) ; cartons “activité communiste sous l’occupation ”, carton V, chemise Liste des conseillers municipaux communistes de banlieue déchus. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 491. 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Service d’information sur les anciens détenus (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; acte de décès du camp (24321/1942). 
- Base de données des archives historiques SNCF ; service central du personnel, agents déportés déclarés décédés en Allemagne (en 1947), de A à Q (cote 0110LM0108). 
- Site Mémorial GenWeb, 92-Nanterre, relevé de Gilles Gauthier (12-2005).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 18-09-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[2] La SNCF : Société nationale des chemins de fer français. À sa création, suite à une convention validée par le décret-loi du 31 août 1937, c’est une société anonyme d’économie mixte, créée pour une durée de 45 ans, dont l’État possède 51 % du capital.

[3] Nanterre : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[4] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil en France : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

Concernant René Jacky, c’est « le 11 juillet 1942 à Auschwitz (Pologne) et non le 6 juillet 1942 à Compiègne (Oise) » qui a été retenu pour certifier son décès.

Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.