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Collection Roger Hommet. Droits réservés.

René Hommet naît le 25 janvier 1914 à Paris (14e), parce que ses parents – Charles Hommet, 24 ans, né à Grandcamp–Maisy (Calvados – 14), alors conscrit, et Aline Cauchard, 21 ans, née à Port-en-Bessin (14) – ne sont pas encore mariés. Ce sera chose faite le 16 juin 1915.

René est l’aîné d’une famille de sept enfants, les six autres étant nés à Port-en-Bessin : Clotilde, née le 12 avril 1920, Gilberte, le 19 janvier 1923, André, né le 16 mai 1925, Marcel, le 15 janvier 1930, Roger, le 17 mai 1932, Charles, le 14 avril 1938.

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La famille Hommet, probablement fin des années 1930. 
De gauche à droite : René (le poing levé), Gilberte, Clotilde et une cousine ; devant : André, roger et Marcel. 
Collection Roger Hommet. Droits réservés.

Au moment de son arrestation, célibataire, René Hommet est domicilié chez ses parents, à l’angle de la rue Traversière et de la rue Michel-Lefournier à Port-en-Bessin (Calvados – 14).

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Port-en-Bessin dans l’immédiat après-guerre. 
Carte postale oblitérée en août 1949. Coll. Mémoire Vive.
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René Hommet à Bayeux (Calvados), devant 
la fontaine de la place Saint-Patrice. 
Collection Roger Hommet. Droits réservés.

Il est peintre en bâtiment dans l’entreprise artisanale de son père, Charles Hommet.

Militant communiste, René Hommet participe – entre autres – à l’aide aux enfants espagnols réfugiés dans le Calvados après la défaite de la République espagnole.

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La famille fin 1939 ou début 1940. De gauche à droite, derrière : Clotilde, René, Charles (leur frère), 
leur mère Aline, et Gilberte ; devant : Roger et Marcel. 
Collection Roger Hommet. Droits réservés.

Pendant, la “drôle de guerre”, René ne semble pas avoir été mobilisé ; peut-être pour problème de santé.

Le dimanche 2 juin 1940, à la suite de plusieurs perquisitions domiciliaires, et bien avant l’arrivée de l’occupant, son père, Charles Hommet, est arrêté comme « propagandiste communiste » par deuxgendarmes français sur décision du préfet du Calvados.

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Charles Hommet. 
Coll. René Hommet.

Interné administratif au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn – 81), il refuse de signer un acte de « fidélité à Pétain ».

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Sans commentaire ! 
Collection Roger Hommet. Droits réservé.

Charles Hommet est finalement déporté en Algérie par l’administration de Vichy, détenu à la redoute de Bossuet, près d’Oran.

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La redoute de Bossuet sous la neige dans les années 1900. 
Carte Postale. Collection Mémoire Vive.

Devenu chef de famille, René Hommet poursuit son engagement dans la Résistance.

Dans la nuit du 1er au 2 mai 1942, il est arrêté au domicile familial par les mêmes gendarmes qui avaient déjà pris son père. Il figure comme communiste sur une liste d’arrestations exigées par laFeldkommandantur 723 de Caen à la suite du déraillement de Moult-Argences (Airan) [1]. Roger Hommet, son frère alors âgé de dix ans raconte : « Avec un autre frère, après les coups dans la porte, nous étions terrés, paralysés. Nous avons entendu l’arrestation à l’étage supérieur et surtout le “Non !” retentissant de notre mère. Les deux gendarmes étaient épaulés par les soldats allemands, restés dans la rue. » « Nous allons lui apprendre à faire dérailler les trains » disent les gendarmes français, selon sa sœur Gilberte.

Quatre heures après son arrestation, des policiers allemands viennent chercher René Hommet à la gendarmerie de Port-en-Bessin. Le 3 mai, il est emmené au “petit lycée” de Caen où sont rassemblés les otages du Calvados.

Le 4 mai au soir, René Hommet fait partie du groupe de détenus conduits à la gare de marchandise de Caen pour être transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Ils y arrivent le lendemain, 5 mai.

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La caserne de Royallieu après-guerre. Les huit premiers 
bâtiments alignés à gauche sont ceux du quartier “A”, 
désigné pendant un temps comme le “camp des communistes”. 
À l’arrière plan, sur l’autre rive de l’Oise, 
l’usine qui fut la cible de plusieurs bombardements 
avec “dégâts collatéraux” sur le camp. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Entre fin avril et fin juin 1942, René Hommet est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30. « Sur un pauvre morceau de papier », René Hommet parvient à transmettre à sa famille un message indiquant qu’il part dans un transport vers l’Est pour une destination inconnue.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, René Hommet est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45665 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée).

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oswiecim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – René Hommet est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier), selon le témoignage de Henri Peiffer.

René Hommet meurt à Birkenau le 18 septembre 1942, alors qu’a lieu une grande sélection des “inaptes au travail” à l’intérieur du camp au cours de laquelle 146 des “45000” sont inscrits sur le registre des décèsen deux jours (probablement gazés [2]).

Après son arrestation, et afin d’en éviter de nouvelles, sa famille se disperse. André, 17 ans, qui se trouve à l’École normale de Bayeux, se cache chez un copain d’école. Marcel, 12 ans, est mis à l’abri dans une Maison de jeunes (institution pétainiste) à Liancourt avec l’aide de copains parisiens vacanciers à Port-en-Bessin avant guerre. Clotilde, 22 ans, travaille à Paris une partie de la guerre (à Compiègne, elle tente de voir de Brinon [3] pour faire libérer René).

L’accumulation de ces épreuves entraînent la mort de leur mère, Aline, le 9 septembre 1943 ; son fils Charles, 10 ans, conservera peu de souvenir d’elle… C’est Gilberte qui, à 19 ans, prendra en charge les petits derniers : Roger et Charles.

Son père, Charles – à Alger après sa libération – apprend simultanément la mort de son épouse et la déportation de son fils aîné à Auschwitz.

En 1944, après le débarquement, son fils Marcel revient en stop à Port-en-Bessin en traversant le front.

Quand le père de famille revient en France, tous espèrent en la survie de René.

Au retour des déportés, il apparaît qu’il n’existe aucun survivant parmi les plus proches compagnons de déportation de René : ni les huit camarades de Bayeux, ni Gilbert Longuet d’Arromanches ne peuvent témoigner. Le 6 décembre 1945, sans se faire trop d’illusion, Charles Hommet écrit encore à des rescapés pour obtenir des informations sur le sort de son fils aîné.

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Collection Roger Hommet. Droits réservés.

Après-guerre, le nom de René Hommet a été pris par une cellule du PCF de Port-en-Bessin.

À une date restant à préciser, le Conseil municipal donne son nom à une rue de la commune.

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Renée Hommet, épouse de Roger, dégage la plaque 
de rue. Collection Roger Hommet. Droits réservés.

Le nom de René Hommet est gravé sur le monument aux déportés et fusillés de Bayeux, apposé sur l’ancien évêché, rue Larchet.

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Bayeux. Le monument dédié aux déportés.

Reconnu au grade d’adjudant au titre de la Résistance intérieure française (J.O. du 5.10.1950), René Hommet est homologué comme “Déporté politique”.

Charles Hommet reprendra son entreprise de peinture à Port-en-Bessin, incitant ses deux plus jeunes fils à entrer à École d’apprentissage des métiers du Bâtiment à Douvres-la-Délivrande, près de Caen. Ayant obtenu son C.A.P. en 1948, Roger vient l’aider pendant un moment. Mais les affaires ne marchent plus suffisamment et l’entreprise finit par être mise en faillite. Charles Hommet tente sans succès de travailler en Algérie, puis se fait embaucher dans une entreprise de la région parisienne. Malade, il retourne chez sa fille Gilberte à Port-en-Bessin. Il décède le 14 novembre 1956. Dernière représentante de la famille sur la commune, Gilberte décède à son tour le 19 février 2007.

De son côté, Roger reprendra le flambeau de l’action militante. Avec son frère Marcel, il fait signer massivement l’Appel de Stokholm (pacifiste alors que la “guerre froide” se développe). Diffusant d’abord la presse liée au Parti communiste, il y adhère en 1951. Ayant rencontré Renée, qui faisait du camping avec ses parents et grand-parents sur les falaises de Port-en-Bessin lors des premiers congés payés d’après-guerre, il l’épouse en 1954 à Étrechy (Essonne), village où elle est née.

Lors de son assemblée générale de l’automne 2001, l’association Mémoire Vive des convois des 45000 et 31000 d’Auschwitz-Birkenau élit Roger Hommet comme président.

Sources :

- De Caen à Auschwitz, par le collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive, éditions Cahiers du Temps, Cabourg (14390), juin 2001, pages 29, 63 et 64, 101. 
- Cl. Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 74 et 75, 362 et 407. 
- Jean Quellien (1992), sur le site non officiel de Beaucoudray, peut-être extrait de son livre Résistance et sabotages en Normandie, paru pour la première fois en 1992 aux éditions Corlet. 
- Roger Hommet, frère de René et fils de Charles, témoignage. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 463 (31615/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 17-03-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Le double déraillement d’Airan et les otages du Calvados : Dans la nuit du 15 au 16 avril 1942, le train quotidien Maastricht-Cherbourg transportant des permissionnaires de la Wehrmacht déraille à 17 kilomètres de Caen, à l’est de la gare de Moult-Argence, à la hauteur du village d’Airan, suite au déboulonnement d’un rail par un groupe de résistance. On compte 28 morts et 19 blessés allemands.

La locomotive du premier train ayant déraillé le 16 avril 1942. 
Collection R. Commault-Mémorial de Caen. 
In De Caen à Auschwitz, éditions Cahiers du Temps, juin 2001, page 11.

L’armée d’occupation met en œuvre des mesures de représailles importantes, prévoyant des exécutions massives d’otages et des déportations. Le préfet du Calvados obtient un sursis en attendant les conclusions de l’enquête de police. Mais, faute de résultats, 24 otages choisis comme Juifs et/ou communistes sont fusillés le 30 avril, dont deux à Caen.

Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, un deuxième déraillement a lieu, au même endroit et par le même procédé. Un rapport allemand signale 10 morts et 22 blessés parmi les soldats. Ces deux déraillements sont au nombre des actions les plus meurtrières commises en France contre l’armée d’occupation.

Au soir du deuxième attentat – à partir de listes de communistes et de juifs (130 noms sur le département) transmises au préfet par le Feldkommandant – commence une vague d’arrestations, opérées par la police et la gendarmerie françaises avec quelques Feldgendarmes. Dans la nuit du 1er au 2 mai et le jour suivant, 84 hommes au moins sont arrêtés dans le Calvados et conduits en différents lieux de détention. Pour le commandement militaire allemand, ceux qui sont maintenu en détention ont le statut d’otage.

Tous les hommes désignés n’ayant pu être arrêtés, une autre vague d’arrestations, moins importante, a lieu les 7 et 8 mai. Le préfet du Calvados ayant cette fois-ci refusé son concours, ces arrestations d’otages sont essentiellement opérées par la Wehrmacht (Feldgendarmes).

Au total plus de la moitié des détenus de ce début mai sont, ou ont été, adhérents du Parti communiste. Un quart est désigné comme Juif (la qualité de résistant de certains n’est pas connue ou privilégiée par les autorités). Des auteurs d’actes patriotiques, proches du gaullisme, sont également touchés par la deuxième série d’arrestations.

Tous passent par le “petit lycée”, contigu à l’ancien lycée Malherbe (devenu depuis Hôtel de Ville), où ils sont rapidement interrogés.

Le 4 mai, 48 détenus arrêtés dans la première rafle sont transférés en train au camp de police allemande de Compiègne-Royallieu ; puis d’autres, moins nombreux, jusqu’au 9 mai (19 ce jour-là).

Les 8 et 9 mai, 28 otages communistes sont fusillés, au Mont-Valérien (Hauts-de-Seine – 93) pour la plupart (trois à Caen). Le 14 mai, onze otages communistes sont encore fusillés à Caen.

La plus grande partie des otages du Calvados transférés à Compiègne sera déportée à Auschwitz le 6 juillet 1942 : 57 politiques et 23 Juifs (près de la moitié des otages juifs du convoi).

[2] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à liquider des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail”.

[3] De Brinon : ancien journaliste et “ultra” de la collaboration, Fernand de Brinon était Délégué général du gouvernement de Vichy auprès des autorités militaires allemandes d’occupation. Quand des requêtes étaient formulées par les familles des détenus auprès de l’administration française, la Délégation générale les transmettait à la Commission d’armistice (bipartite), après enquête de la police ou de la gendarmerie pour s’assurer des conditions d’arrestation et de l’honorabilité du détenu. Une lettre était ensuite adressée aux familles sous couvert de l’organisme qui en avait fait la demande : elle leur annonçait que l’intervention avait eu lieu et leur faisait part de la réponse fournie par les autorités allemandes.

Ainsi, un très grand nombre de fiches de la Délégation générale portent le nom de “45000” ; surtout après le départ du convoi, le 6 juillet 1942, et l’absence de nouvelles résultant de leur statut “NN”.

La plupart de ces fiches se trouvent dans les dossiers d’état civil des déportés conservés au BAVCC (anciennement archives du secrétariat d’État aux Anciens Combattants).