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IDENTIFICATION INCERTAINE…
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

René, Subtil, Lucien, Guiboiseau naît le 28 juillet 1899 à Paris 14e (75), fils d’Eugène Guiboiseau, 20 ans, employé, et de Jeanne Ledain, 21 ans, ouvrière, domiciliés au 134, avenue du Maine.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 13, rue Henri-Le-Gall (ou Henri-Vuillemin) à Gennevilliers [1] (Hauts-de-Seine – 92).

Il est marié, sans enfant (ou en ayant trois, selon les registres de Voves et quatre selon un document d’Aincourt).

René Guiboiseau est d’abord livreur en produits chimiques, puis employé (cantonnier-porteur) aux Pompes funèbres municipales (au moment de son arrestation, il est déclaré comme boucher).

Militant communiste, il est élu aux municipales partielles d’octobre 1934 sur la liste de Jean Grandel, mais ne se représente pas en mai 1935.

Le 5 octobre 1940, René Guiboiseau est arrêté à Gennevilliers par la police française comme « militant communiste notoire » lors de la grande vague d’arrestations ciblées organisée dans les départements de la Seine et de la Seine-et-Oise par les préfets du gouvernement de Pétain contre des hommes connus avant guerre pour être des responsables communistes (élus, cadres du PC et de la CGT) ; action menée avec l’accord de l’occupant.

Après avoir été regroupés en différents lieux, 182 militants de la Seine sont conduits le jour-même en internement administratif au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise – 95), créé à cette occasion dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt.

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Le sanatorium de la Bucaille à Aincourt dans les années 1930. 
Le centre de séjour surveillé a été installé dans la longue bâtisse située au premier plan à gauche. Afin de pouvoir y entasser les détenus, il a fallu y transporter le mobilier des autres bâtiments. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 25 février 1941, sur le formulaire de « Révision trimestrielle du dossier » de René Guiboiseau, à la rubrique « Avis sur l’éventualité d’une mesure de libération », le commissaire spécial, directeur du camp, émet un avis défavorable en s’appuyant sur le constat que cet interné « est resté un communiste sûr, dont l’internement n’a pas modifié les opinions », lui reconnaissant une « attitude correcte » mais ajoutant à sa charge : « propagandiste des mots d’ordre ».

Le 24 juin, René Guiboiseau fait partie des 31 « meneurs indésirables » écroués à la Maison d’arrêt de Rambouillet (Yvelines – 78), 5 rue Pasteur, à la suite d’« actes d’indiscipline » collectifs. Ils y conservent le statut d’internés administratifs. Dans une cellule de trois, René Guiboiseau se trouve avec Alexandre Hurel et Fernand Salmon.

Le 30 juin, tous les transférés signent une pétition adressée au préfet de Seine-et-Oise pour solliciter : « un lieu de séjour correspondant à [leur] état d’internés politiques » ou, sinon, de meilleurs conditions de détention.

Le 27 septembre suivant, René Guiboiseau est parmi les 23 militants communistes de la Seine transférés au “centre d’internement administratif” (CIA) de Gaillon (Eure – 27), un château Renaissance isolé sur un promontoire surplombant la Seine et transformé en centre de détention au 19e siècle, puis en caserne.

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Le camp de Gaillon, ancien château de l’évêque de Rouen. 
Carte postale d’après-guerre. Collection Mémoire Vive.

Le 4 mai 1942, René Guiboiseau fait partie d’un groupe de détenus transférés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Voves (Eure-et-Loir – 28). Enregistré sous le matricule n° 286, il n’y reste que deux semaines. Sa dernière lettre connue – datée du 16 mai 1942 à Voves – décrit le départ « de 80 copains, dont Louis Castel ». Il ajoute : « Si nous étions déportés… On se forge dans le malheur, et c’est avec fermeté que nous regardons passer les jours et les nuits ».

Selon une source, trois jours avant le départ du convoi, le 3 juillet (?), René Guiboiseau est remis aux autorités d’occupation et transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60). Mais d’après les registres de Voves, le 20 mai, il fait partie d’un groupe de 28 détenus que viennent chercher des gendarmes français. Pensant qu’on les emmène pour être fusillés, les partants chantent La Marseillaise. En fait, remis aux “autorités d’occupation” à la demande de celles-ci, ils sont conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager). René Guiboiseau y est enregistré sous le matricule 5783, assigné pendant un temps auBlock C4.

Entre fin avril et fin juin 1942, René Guiboiseau est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, René Guiboiseau est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45635, selon les listes reconstituées (la photo d’immatriculation correspondant à ce matricule a été retrouvée, mais n’a pu être identifiée à ce jour).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté René Guiboiseau.

Il meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS, alors qu’a lieu une grande sélection des “inaptes au travail” à l’intérieur du camp au cours de laquelle 146 des “45000” sont inscrits sur le registre des décès en deux jours (probablement gazés [2]).

Il est homologué comme “Déporté politique”.

Son nom est inscrit sur la plaque commémorative dédiée aux Conseillers municipaux morts pour la France (hall de la Mairie de Gennevilliers) et sur le Monument aux morts de Gennevilliers, situé dans le cimetière communal.

Sources :

- Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, tome 17, page 55, citant : Arch. Dép. Seine, DM3, versement 10451/76/1 ; listes électorales et nominatives – État civil de Paris 14e arr.- Renseignements recueillis par Claude Pennetier et Nathalie Viet-Depaule. 
- Cl. Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 356, 382 et 407. 
- Claudine Cardon-Hamet, notice réalisée pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” du nord des Hauts-de-Seine, citant : Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier national). 
- Archives départementales de Paris, site internet, archives en ligne, registre des naissances du 14e arrondissement à la date du 30-07-1899 (V4E 9739, acte n° 5807, vue 16/31). 
- Archives de Gennevilliers (liste de déportés, noms de rues, biographie). 
- Archives de la préfecture de police de Paris, carton BA 2214 (occupation allemande – communistes fonctionnaires internés…) : Le préfet de police au préfet de la Seine, courrier et liste du 7 octobre 1940. 
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1w71, 1w74 (révision trimestrielle), 1w76. 
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des registres du camp conservés aux Archives départementales d’Eure-et-Loir. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 409 (31366/1942). 
- Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen, dossier de René Guiboiseau, cote 21 P 257 222, recherches de Ginette Petiot (message 09-2012). 
- Site Mémorial GenWeb, 92-Gennevilliers, relevé de Sylvain Aimé (2000-2002).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 24-02-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Gennevilliers : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail”. Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés montent dans des camions qui les conduisent à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.