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Portrait extrait de Mémoire en images, Drancy, tome II,
de Daniel Moreau, éditions Alan Sutton. Droits Réservés.

René, Auguste, Deschamps naît le 2 octobre 1902 au 40, rue Carnot à Poitiers (Vienne – 86), fils de Joseph Deschamps, 30 ans, domestique, et de Justine Chambaudry, son épouse, 28 ans, cuisinière ; les deuxtémoins de la déclaration de naissance sont également domestiques.

À une date restant à préciser, René Deschamps épouse Gabrielle (?), née le 29 mai 1904, qu’il appelle Gaby. Ils ont trois enfants : Robert, née le 10 juillet 1923, Renée, née le 6 novembre 1921, et Liliane, née le 31 mai 1931.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 60, rue de la Mare à Drancy [1] (Seine-Saint-Denis – 93).

Chauffeur de taxi, René Deschamps est membre de la Chambre syndicale des cochers chauffeurs du département de la Seine.

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Un taxi parisien au milieu de la circulation, place de l’Opéra
dans les années 1930. Carte Postale. Coll. Mémoire Vive.

C’est un militant communiste. En mai 1935, il est élu Conseiller municipal de Drancy sur la liste de Jean-Louis Berrar.

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Drancy. La mairie. Carte postale oblitérée en 1932.
Coll. Mémoire Vive.

Le 15 février 1940, René Deschamps est déchu de son mandat pour ne pas avoir renié son engagement communiste.

Sous l’occupation, la police française note qu’il « poursuit une intense activité clandestine ».

Le 20 janvier 1941, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif, en même temps que celui de 65 autres militants communistes de la Seine, tous probablement arrêtés ce jour-là.

Appréhendé à son domicile à 6 h 30 du matin par deux inspecteurs de police, René Deschamps est conduit successivement dans les différents lieux où s’opèrent les regroupements : d’abord au commissariat de Pantin où il est rejoint par cinq camarades de Drancy, puis au commissariat du 19e arrondissement et, enfin, à la caserne des Tourelles, où 69 militants communistes sont « parqués dans une pièce humide et froide de 13 h à 19 h » René Deschamps discute notamment avec deux camarades chauffeurs de taxi. Finalement, des autocars de la préfecture viennent les emmener, escortés de gendarmes, à la guerre de l’Est ou à celle de La Chapelle où ils sont rejoints par une centaine d’autres venant de la Maison centrale de Fontevraud-L’Abbaye [2], près de Saumur (Maine-et-Loire – 49).

Le train, qui démarre vers 21 heures, les amène dans la nuit à la gare de Clairvaux (Aube – 10) d’où ils sont conduits – par rotation de vingt détenus dans un unique fourgon cellulaire – à la Maison centrale de Clairvaux, ceux venant de Fontevrault étant emmenés en premier.

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Clairvaux. La Maison centrale. Carte postale. Collection M. Vive.

Rejoints par d’autres, ils sont bientôt 300 internés politiques.

Le 14 mai, une centaine d’entre eux est transférée au camp de Choisel à Châteaubriant (Loire-Atlantique – 44), parmi lesquels plusieurs seront fusillés le 22 octobre. René Deschamps fait partie de ceux qui restent à Clairvaux, et qui doivent bientôt partager les locaux qui leur sont assignés avec quelques “indésirables” (condamnés de droit commun).

Le 26 septembre 1941, René Deschamps est parmi la centaine d’internés de Clairvaux transférés en train, via Paris, au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne – 86).

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Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”,
vu du haut d’un mirador. Date inconnue.
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village.
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne),
Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 9 février 1942, René Deschamps est parmi les 52 « communistes » (dont 36 seront déportés avec lui) remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits par des Feldgendarmes à la gare de Poitiers. Enfermés dans deux wagons à bestiaux, ils sont transférés – via Paris – au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager).

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Le camp vu depuis le mirador central.
Les “politiques français” étaient dans le secteur constitué
par la ligne de bâtiments de gauche (“camp communiste”)
Photo Hutin, Compiègne, carte postale. Droits réservés.

Entre fin avril et fin juin 1942, René Deschamps est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux
du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

René Deschamps jette sur la voie un message qu’un cheminot trouvera et enverra à son épouse. Il y annonce qu’il part avec ses camarades drancéens Albert Beugnet, Adrien Humbert (“Bébert” ), Henri Gateaux, Jean Pomier et Gabriel Puech.


Compiègne le 6 /7/42

Chère petite femme, chers enfants

A l’instant nous partons de la gare de Compiègne, nous sommes sur la route de l’exil pour l’Allemagne probablement, ma chérie ne te fais pas de mauvais sang pour moi, sois courageuse et fière. Je suis en bonne santé et le moral est bon, nous partons à 1200 du camp, nous sommes 6 de Drancy, Beunier, Bébert, Puech, Pommier et Gâteaux et moi même.

Après deux jours de préparatifs, nous sommes prêts ce matin, depuis 3 heures nous sommes debout, nous avons touché des vivres pour plusieurs jours, nous sommes entassés dans les wagons à bestiaux, le voyage sera sûrement assez long et surtout ne soyez pas inquiets si vous êtes un moment sans nouvelle, tu recevras peut-être une autre lettre. J’ai reçu ta lettre du 26 juin et 2 colis, 1 du Secours populaire et le tien, merci, tout était complet et cela est arrivé à pic.

Ma chérie, mes chers enfants, tu vas sans doute recevoir ma valise et ma couverture, il nous était interdit d’emporter tous nos bagages, j’ai gardé le principal. Ma petite Gaby, sois courageuse et prudente, nous sommes sur la route de l’exil, nous reviendrons avant peu, ayons espoir de bientôt se revoir. Ne te fais pas de bile, cela ne changera rien au contraire, je t’écrirai aussitôt que possible, préviens les parents,embrasse bien nos chers enfants et pense à eux, mes amitiés à Guy et Claire, elle aussi est dans le bain d’après ce que j’ai compris, mes amitiés à vous tous, amis, bon courage ! Moi je pars avec un bon moral, je vous embrasse tous très très fort.

Ton petit homme qui ne t’oublie pas.

Bons baisers

René.


Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ».
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Le 8 juillet 1942, René Deschamps est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45462 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Selon des témoins non identifiés, il est rapidement malade de dysenterie. Très démoralisé, il reste « dans un coin » (?), incapable de faire le travail de fossoyeur auquel il est affecté, partageant son peu de nourriture avec ses camarades.

René Deschamps meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942, d’après les registres du camp, alors qu’a lieu une grande sélection des “inaptes au travail” au cours de laquelle 146 des “45000” sont inscrits sur le registre des décès en deux jours (probablement gazés [3]).

(aucun des six Drancéens déportés le 6 juillet 1942 n’est revenu)

Réné Deschamp est homologué comme “Déporté politique”.

Après la guerre, le Conseil municipal de Drancy donne son nom à une rue et à un groupe scolaire (écoles maternelle et élémentaire) de la commune.

Son nom est inscrit sur le monument en forme de tombe érigé dans le cimetière communal de Levallois-Perret par la CGT « en hommage à ses camarades chauffeurs de taxis parisiens tombés dans les luttes pour l’émancipation des travailleurs, pour la liberté, pour la démocratie, pour la France, pour la République » (situé en vis-à-vis de la tombe de la communarde Louise Michel).

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Cimetière de Levallois-Perret.
Monument des chauffeurs de taxis parisiens CGT.

Sources :
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 150 et 153, 384 et 401.
- Monique Houssin, Résistantes et résistants en Seine-Saint-Denis, Un nom, une rue, une histoire, Les éditions de l’Atelier/ Les éditions Ouvrières, Paris 2004, page 68.
- Mémoire, La vie des Drancéens de 1939 à 1945, publié par l’association Le Papyrus Drancéen, section Dimémé, Drancy 2005.
- Musée de la Résistance nationale (MRN) Champigny-sur-Marne (94), transcription du message du 6 juillet 1942 ; carton “Association nationale de des familles de fusillés et massacrés”, fichier des victimes.
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA 2374 (camps d’internement…) ; BA 2397 (liste des internés communistes, 1939-1941).
- Archives départementales de la Vienne, cote 109W75 (camp de Rouillé).
- Archives départementales de la Vienne, archives en ligne, état civil de Poitiers, registre des naissances de l’année 1902, acte n°545 (cote 5 MI 1207, 1902, vue 139/202).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 221 (31823/1942).
- Site Mémorial GenWeb, 92-Levallois-Perret, relevé d’Émilie Pessy et de J.C., élèves de 3e5 (04-2003) ; 93-Drancy, relevé de Monique Diot Oudry (11-2004).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 26-01-2012 ; merci à Françoise Bulfay)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Drancy : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968). Elle est aussi sinistrement connue pour avoir été le lieu où fut implanté – dans la cité de la Muette inachevée – le camp de regroupement des Juifs ( vieillards, enfants…) avant leur transport vers Auschwitz-Birkenau.

[2] Fontevraud-L’Abbaye, souvent orthographié Fontevrault-L’Abbaye au 19e siècle.

[3] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail” (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code 14 f 13). Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.