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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oswiecim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

René, Armand, Caron naît le 10 avril 1914 à Alfortville [1] (Val-de-Marne – 94), fils de James Caron et d’Hélène Dremière, son épouse.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 123, rue de Villeneuve (baptisée, ou redevenue, rue Paul Vaillant-Couturier à la Libération) à Alfortville.

Il est employé de commerce (?). Marié à Jeanne Malite, il a deux enfants.

Le 29 décembre 1939, il est arrêté par la police française comme « responsable d’un centre de propagande communiste et clandestin » à Alfortville, en même temps que Martial Georget, Lucien Tourte et Félix Vinet. Vingt-deux personnes prises dans la même affaire sont inculpées d’infraction au décret-loi du 26-09-1939 (au cours de l’instruction, il y aura disjonction de l’affaire et Félix Vinet sera jugé séparément avec une autre personne). René Caron est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e).

Le 29 avril 1941, il est parmi les vingt co-inculpés qui comparaissent devant la 12e chambre du Tribunal correctionnel de la Seine. Condamné à 18 mois d’emprisonnement, René Caron se pourvoit en appel auprès du procureur de la République, comme d’autres condamnés. Il est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes [1] (94).

Le 25 mars 1942, à expiration de sa peine, René Caron est interné par décision du ministre secrétaire d’État à l’intérieur. Il est conduit au dépôt de la préfecture de police de Paris (Conciergerie, sous-sol duPalais de Justice, île de la Cité).

Le 16 avril, il est transféré au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Voves (Eure-et-Loir – 28) avec plusieurs dizaines de détenus, dont une quarantaine qui seront déportés avec lui. Il y est enregistré sous le matricule 53.

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Entrée du camp de Voves. 
Date inconnue, probablement après mars 1943.

Le 10 mai, il fait partie d’un groupe de 81 détenus remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par laWehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, René Caron est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, René Caron est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45334 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée [2]).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté René Caron.

Il meurt à Auschwitz le 4 septembre 1942, selon les registres du camp [3], deux mois après l’arrivée du convoi.

Sur une liste des déportés d’Alfortville établie ultérieurement (après 1987) par la section locale de laFédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP), il est signalé comme « porté disparu le 13 octobre 1945 ».

La mention “Mort pour la France” est apposée sur son acte de décès (26-03-1955).

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 7-08-2007) [3].

Son nom est inscrit sur une plaque apposée dans le square de la Mairie (contenu ?).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 127 et 128, 387 et 398. 
- Le nazisme à Alfortville (1940-1944), les victimes, document élaboré par la section FNDIRP d’Alfortville (après 1987…). 
- Archives municipales d’Alfortville, recherches menées par Corinne Nortier (2007). 
- Archives de Paris, archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du greffe du 31 mai au 3 septembre 1941, cote D1u6-5856. 
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des registres du camp conservés aux Archives départementales d’Eure-et-Loir. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 158 (28431/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 16-07-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Alfortville : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Sa photographie d’immatriculation à Auschwitz a été identifiée par des rescapés lors de la réunion de travail organisée à l’Amicale d’Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin Après Auschwitz, n°21 de mai-juin 1948).

[3] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil en France : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – s’appuyant sur le ministère des Anciens combattants qui avait collecté le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

Concernant René Caron, c’est initialement « le 6 juillet 1942 à Compiègne » qui a été retenu pour certifier son décès, mais il s’agit d’un jugement de la Chambre du tribunal civil de première instance (23-02-1952). Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.

La modification apportée par le J.O. en 2007, le donne décédé « le 11 juillet 1942 à Auschwitz ».