René, Georges, Fernand, Boulanger, né le 25 février 1897 à Saint-Sauveur-lès-Amiens (Somme), domicilié à Abbeville (Somme), mort à Auschwitz le 3 octobre 1942.

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Collection Nicole Dilly. Droits réservés.

René, Georges, Fernand, Boulanger naît le 25 février 1897 à Saint-Sauveur-lès-Amiens (Somme – 80), fils d’Édouard Boulanger, chauffeur aux Chemins de fer du Nord, 30 ans, et d’Isabelle Carpentier, son épouse, 22 ans, couturière, tous deux domiciliés à Amiens (80) ; il semble que l’enfant naisse chez un parent : Wulphy Carpentier, « maréchal » (-ferrant ?). René a – au moins – une sœur, Roberte, née vers 1905.

Le 8 janvier 1916, René Boulanger est mobilisé comme soldat de 2e classe au 120e régiment d’infanterie. Le 13 mai 1916, la commission de réforme d’Ancenis le classe au service auxiliaire pour une très forte myopie des deux yeux. Le 30 mai 1916, il est détaché « jusqu’à nouvel ordre » comme tourneur à la Manufacture d’armes de Châtellerault (Vienne). Le 8 septembre 1916, la commission de réforme de Châtellerault le maintien dans le service auxiliaire.

René Boulanger dans une automobile le Zèbre. © Collection Emmanuelle Lebeau.

René Boulanger dans une automobile Le Zèbre type A. © Collection Emmanuelle Lebeau.

© Collection Emmanuelle Lebeau.

© Collection Emmanuelle Lebeau.

Le 9 novembre, il est affecté au service auto du 13e R.I. Le 30 décembre 1916, il passe au 20e escadron du train des équipages. Le 5 septembre 1918, il passe au 16e escadron du train. Le 2 mars 1918, il passe au 4e train. Le 8 septembre 1919, il est mis en congé illimité de démobilisation et se retire à Abbeville, titulaire d’un certificat de bonne conduite.

Le 22 janvier 1921, il est embauché comme employé à la Compagnie des chemins de fer du Nord, affecté à Abbeville.

Le 23 juillet de la même année, à Abbeville (80), il se marie avec Victorine Deloubrière, née le 29 mai 1903 à Wathiéhurt, sur la commune de Lanchères (80). Ils ont une fille, Ginette, née le 17 avril 1924 à Étaples (Pas-de-Calais).

En 1931 et jusqu’au moment de son arrestation, René Boulanger est domicilié avec sa famille au 11 bis, grande rue du Faubourg-Thuison (en 1936, grande rue Thuison) à Abbeville(-Nord). En 1931, Victorine est modiste chez Borey.

René Boulanger est devenu facteur aux écritures à la gare SNCF d’Abbeville.

La gare d’Abbeville dans les années 1930. Carte postale. Collection Mémoire Vive.

La gare d’Abbeville dans les années 1930.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 4 mars 1940, rayé de l’affectation spéciale, René Boulanger est réintégré au recrutement d’Amiens et affecté au dépôt du 19e train.

Le 23 octobre 1941, il est arrêté comme otage communiste par les autorités d’occupation, parmi vingt-quatre personnes de l’arrondissement d’Abbeville. Celles-ci sont conduites à la Kommandantur d’Abbeville où elles sont interrogées.

Le 24 octobre 1941, le surveillant chef de la Maison d’arrêt d’Abbeville écrit au sous-préfet : « 26 hommes ont occupé hier [23 octobre] mon établissement, sans que mes agents ni moi aient eu à s’en intéresser. Ces hommes arrivés en deux contingents, le premier le matin, le deuxième à dix heures du soir, passèrent toute la nuit dans un atelier gardés par des sentinelles allemandes se relayant toutes les deux heures. Ce matin, vers huit heures, ils repartirent vers une destination qui m’est inconnue. Je présume, d’après certaines informations que j’ai pu recueillir que ces hommes sont des opposants communistes de la région. »

Le lendemain, peut-être après avoir été d’abord rassemblés à la citadelle d’Amiens, ils sont trente-huit du département à être internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager) ; René Boulanger y est enregistré sous le matricule 1929.

Le camp militaire de Royallieu en 1956. Au premier plan, en partant de la droite, les huit bâtiments du secteur A : « le camp des communistes ». En arrière-plan, la ville de Compiègne. Carte postale, coll. Mémoire Vive.

Le camp militaire de Royallieu en 1956.
Au premier plan, en partant de la droite, les huit bâtiments
du secteur A : « le camp des communistes ».
En arrière-plan, la ville de Compiègne. Carte postale, coll. Mémoire Vive.

Le 26 décembre 1941, le préfet de la Somme répond à François de Brinon, Délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés, sur les conditions dans lesquelles des habitants du département ont été arrêtés en octobre et internés à Compiègne. Il dresse une liste de treize « personnes qui, en raison des renseignements défavorables recueillis au cours de l’enquête (ex-militants communistes), n’ont pas fait l’objet d’une demande de libération » à la Feldkommandantur 580 d’Amiens ; René Boulanger est du nombre.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

TransportAquarelle

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, René Boulanger est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I), très probablement sous le numéro 45286, selon les listes reconstituées et par comparaison de son portrait civil avec la photo d’immatriculation retrouvée du détenu portant ce matricule.

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IDENTIFICATION INCERTAINE…
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Après les premières procédures (tonte, désinfection, attribution d’un uniforme rayé et photographie anthropométrique), les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

© Mémoire Vive 2017.

© Mémoire Vive 2017.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau ; alors choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » – le génocide des Juifs européens -, ce site en construction présente un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires. À leur arrivée, les “45000” sont répartis dans les Blocks 19 et 20 du secteur B-Ib, le premier créé.

Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp) ; René Boulanger se déclare comme cheminot (Eisenbahner). Puis ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos. L’ensemble des “45000” passent ainsi cinq jours à Birkenau.

Le 13 juillet, après l’appel du soir, une moitié des déportés du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I), auprès duquel fonctionnent des ateliers où sont affectés des ouvriers ayant des qualifications utiles au camp. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a alors été affecté  René Boulanger.Il meurt à Auschwitz le 3 octobre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp [1], qui indique pour cause mensongère de sa mort « insuffisance (du muscle) cardiaque » (Myocardinsuffizienz).

Le nom de René Boulanger est inscrit sur le monument commémoratif de l’école des Poulies et du Pilori d’Abbeville, et sur les plaques commémoratives de la gare d’Abbeville.

Sa sœur Roberte met trente ans à retrouver sa trace. Décédée en 2010 à l’âge de 105 ans, elle est inhumée – sur sa demande – avec un échantillon de terre d’Auschwitz issu d’un voyage effectué avec son neveu, Jacques Dilly, frère de Nicole Dilly, peu de temps auparavant.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 379 et 396.
- Archives départementales de la Somme, Amiens, site internet du conseil général, archives en ligne : correspondance de la préfecture sous l’occupation (26w809) ; état civil de la commune de Saint-Sauveur, année 1897 (2E 718/15, acte n°6, vue 35/275) ; registre des matricules militaires, bureau de recrutement d’Amiens, classe 1917 (1R1118), n° 1176 (trois vues).
- Message de Nicole Dilly, nièce de René Boulanger (05-2006).
- Message d’Emmanuelle Lebeau, petite-nièce par alliance de René Boulanger, avec sa photo en soldat conduisant une auto (11-2018).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 123 (34132/1942).
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; copie de l’acte de décès du camp.
- Base de données des archives historiques SNCF ; service central du personnel, agents déportés déclarés décédés en Allemagne, de A à Q (0110LM0108).
- Cheminots victimes de la répression 1940-1945, mémorial, ouvrage collectif sous la direction de Thomas Fontaine, éd. Perrin/SNCF, Paris, mars 2017, pages 241-242.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 18-02-2020)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité àcorriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

Notes

[1] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil en France : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

S’agissant de René Boulanger, c’est le 27 septembre 1942 qui a été initialement retenu pour certifier son décès.

Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.