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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

René, Louis, Bordy naît le 3 septembre 1901 à Pontarlier (Doubs – 25).

Au moment de son arrestation, il est domicilié à Pont-de-Roide (25), sur le Doubs, 18 km au sud de Montbéliard et où est implantée une usine Peugeot ; son adresse reste à préciser. Il est marié.

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Pont-de-Roide. Le Doubs et l’usine Peugeot. 
Carte postale non datée (années 1900 ?). Coll. Mémoire Vive.

René Bordy est mécanicien (dans quelle entreprise ? à l’usine Peugeot ?).

Lors des élections cantonales d’octobre 1937, le Parti communiste le présente comme candidat au Conseil général dans la circonscription de Pont-de-Roide.

À une date restant à préciser, il est arrêté avec Roger Berne [1] et Paul Feuvrier, de Pont-de-Roide, pour « avoir fait circulé un numéro clandestin du journal “L’Humanité” et avoir détenu des tracts communistes ainsi qu’un écrit intitulé “Le crime d’avoir raison ». Tous trois sont inculpés d’infraction au décret du 29 septembre 1939 « portant dissolution du parti communiste » et probablement écroués endétention préventive (à vérifier…).

Le 28 février 1941, le Tribunal correctionnel de Montbéliard condamne René Bordy à deux mois de prison, Roger Berne à trois mois et relaxe Paul Feuvrier. Mais le substitut de Montbéliard, estimant les condamnations insuffisantes, interjette appel le 1er mars « à l’égard des trois prévenus ».

La suite des démêlés judiciaires et de la détention de René Bordy restent à préciser, mais il est finalement remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, René Bordy est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45275 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – René Bordy est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Les 15 avril et 15 juin 1943, René Bordy est inscrit sur la liste du Kommando de la serrurerie (Schlosserei).

En juillet 1943, la plupart des détenus “politiques” français d’Auschwitz (essentiellement des “45000”) reçoivent l’autorisation d’écrire – en allemand et sous la censure – à leur famille et d’annoncer qu’ils peuvent recevoir des colis (à vérifier le concernant…).

À la mi-août 1943, René Bordy est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) aupremier étage du Block 11 – la prison du camp – pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11.

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Auschwitz-I. La cour séparant le Block 10 – où se pratiquaient 
les expérimentations “médicales” sur les femmes détenues – 
et le Block 11, à droite, la prison du camp, avec le 1er étage 
de la “quarantaine”. Au fond, le mur des fusillés. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp, Arthur Liebehenschel, – qui découvre leur présence – et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine.

Le 3 août 1944, René Bordy est parmi les trois-quarts des “45000” présents à Auschwitz qui sont de nouveau placés en “quarantaine” en préalable à un transfert (selon Claudine Cardon-Hamet).

Le 7 septembre 1944 , il est dans le petit groupe de trente “45000” transférés – dans un wagon de voyageurs ! – au KL [2] Gross-Rosen, dans la région de Wroclaw (matricule n° 40976).

Le 10 février 1945, René Bordy est parmi les dix-huit “45000” intégrés dans une colonne de détenus évacués – quatre jours en wagons découverts – à Hersbrück, Kommando du KL Flossenburg (matricule n° 84332).

René Bordy est admis à l’infirmerie du camp où il meurt le 28 mars 1945 (l’état civil français indique le 3 mars).

Le 8 avril 1946, René Aondetto écrit de Toulon à Madame Bordy pour lui raconter dans quelles circonstances il a perdu de vue son compagnon lors d’un transfert : « Nous sommes restés ensemble depuis le premier jour à Auschwitz jusqu’au transport d’évacuation de Gross-Rosen, en février 1945. (…)Là, un incident banal nous a séparés. Un avion survolait le camp, les lumières furent éteintes et nous nous sommes perdus. Le lendemain, dans la nuit, nous partîmes par le train et je me trouvais complètement séparé du groupe des Français. Comme par la suite, le convoi fut divisé par tronçons et les wagons attelés ou dételés pour différentes destinations, nous ne nous retrouvâmes pas à l’arrivée. (…)Que serait-il advenu si nous étions restés ensemble ? Car, en certains moments, il valait mieux être à deux pour résister. »

Le nom de René Bordy est inscrit sur le Monument aux morts de Pont-de-Roide.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 312, 350 et 351, 363 et 396. 
- Site Gallica, Bibliothèque Nationale de France, L’Humanité n° 14110 du vendredi 6 août 1937, page 4, “douzième liste…”. 
- Archives nationales, correspondance de la Chancellerie sur des procès pour propagande et activité communistes, BB18 7043. 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; relevé dans les archives (01-2009). 
- Site Mémorial GenWeb, 25 – Doubs, Pont-de-Roide, relevé de Gilbert (5-2008). 
- Concernant Roger Berne : Serge Klarsfed, Le livre des otages, Les éditeurs français réunis, Paris 1979, page 43.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 1-08-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous dispose (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Roger Berne, né le 21 août 1900 à Pontarlier (25), domicilié rue de Besançon à Pont-de-Roide, est transféré au Fort de Romainville, commune des Lilas (Seine-Saint-Denis – 93) à une date restant à préciser et fusillé par les Allemands le 15 décembre 1941, parmi cinquante otages de représailles, au Fort du Mont-Valérien, commune de Suresnes (Hauts-de-Seine – 92).

[2] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”.