JPEG - 44.3 ko
René Amand.
Collection Jean Amand.
Droits réservés.

René, Désiré, Amand naît le 7 avril 1906 à Ruffigny, commune d’Iteuil (Vienne – 86), fils d’un employé des abattoirs de Poitiers (86), il est le troisième d’une famille de huit enfants, aux très modestes ressources.

JPEG - 303.8 ko
L’abattoir de Poitiers (24), près de l’ancien château (53).
Plan de Poitiers (extrait). Collection John Steegh.

Lui-même devient ouvrier charcutier à partir de 11 ans.

Le 27 août 1928, il se marie avec Denise Thuillier. Ils auront trois enfants : Josiane, née le 29 mai 1929, Michel, né le 23 mai 1935, et Jean, né le 28 janvier 1940. Au moment de son arrestation, la famille estdomiciliée au 11, rue des Trois-Rois à Poitiers, entre la Boivre et l’église Saint-Germain.

Grand (1m82), extraordinairement vivant et actif, René Amand est très sportif : une année, il remporte lechampionnat de boxe de la Vienne des poids mi-moyens. Après son mariage, il abandonne la compétition, mais continue à entraîner les jeunes. Passionné de moto, il participe à des courses.

Dans les années 1930, il adhère au Parti communiste et devient un militant très actif à partir de 1934, jusqu’à devenir secrétaire à l’organisation du “rayon” de la région nord de la Vienne. Orateur écouté dans les réunions publiques du Parti communiste et du Front populaire, il est toujours au premier rang des manifestations contre les “Croix de Feu”. Le Parti communiste le présente aux élections cantonales de 1938 (canton de Vouillé ?).

Avec Alfred Meniens, de Poitiers, il fréquente l’épicerie-café de Marie-Louise Troubat à Bruxerolles, point de rendez-vous des militants communistes poitevins.

Entre 1935 et 1937, il devient “métallo” et travaille comme monteur en accumulateurs et en charpentes métalliques.

JPEG - 137.6 ko
René, Josiane et Denise.
Collection de Jean Amand. Droits réservés.

En septembre 1939, lorsque la France déclare la guerre à l’Allemagne, il est mobilisé.

Sans embauche après sa démobilisation, il est employé comme manœuvre aux “Routes Économiques” de 1940 à 1941.

Resté militant actif pendant l’occupation, il est un des fondateurs du Front national pour la liberté et l’indépendance de la France dans le secteur de Poitiers.

Vers avril 1941, il met le feu au parc à fourrages de Poitiers [1].

JPEG - 224.4 ko
Situation du parc à fourrages, près de l’école d’artillerie (29)
et du dolmen de la Pierre Levée (39).
Plan de Poitiers (extrait). Collection John Steegh.

Après l’attaque allemande contre l’URSS, René Amand s’attend à être arrêté [2] mais, craignant des représailles contre sa famille, il décide de ne pas se cacher.

Le 23 juin 1941, il est appréhendé à son travail par des policiers français. Il est probablement conduit au poste de l’Hôtel de Ville, comme Marcel Couradeau, de Poitiers, arrêté le même jour (déporté à Sachsenhausen le 24 janvier 1943). Celui-ci raconte : « En fin d’après-midi, nous sommes six au poste de l’hôtel de ville. À 18 heures, la Feldgendarmerie nous emmène à la Chauvinerie, dans une baraque entourée de barbelés. Nous y serons bientôt près d’une quarantaine [sic] avec un fort contingent de Châtellerault et quelques femmes. » La caserne de la Chauvinerie, à Poitiers, a été réquisitionnée par l’occupant.

JPEG - 92.5 ko
Poitiers. La caserne de la Chauvinerie, sur le coteau de la Roche.
Carte postale éditée dans les années 1900. Coll. Mémoire Vive.

Selon M. Rideau, 33 communistes sont arrêtés ce jour-là dans la Vienne ; 28 sont conduits à la Chauvinerie, 14 seront des “45000”).

Le 12 (ou le 14 juillet), depuis le quai de gare de Poitiers, Josiane, la fille de René Amand, assiste au départ des détenus de la Vienne, embarqués seuls avec leur escorte dans un wagon. Les soldats allemands repoussent brutalement les parents et amis venus sur place après avoir été alertés.

JPEG - 105.8 ko
Poitiers. L’extérieur de la gare dans les années 1940.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Josiane réussit à embrasser son père à la station suivante.

Les détenus viennois sont transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). René Amand y est assigné pendant un temps au bâtiment A4, chambre 10. Afin de se préparer au Certificat d’études primaires, il participe avec assiduité aux cours donnés par des détenus du camp dont Georges Varenne, instituteur dans l’Yonne (responsable du Comité de résistance communiste de Compiègne après l’évasion de Georges Cogniot). En janvier 1942, l’épouse de René est autorisée à lui rendre visite.

Entre fin avril et fin juin 1942, René Amand est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne, installés sur une voie de la gare de marchandise d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Du train, René Amand lance une lettre acheminée à sa famille ; postée dans la Moselle, vraisemblablement par un cheminot qui l’avait trouvée sur la voie.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, René Amand est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45167 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée [3]).

JPEG - 79.1 ko
Le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oswiecim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied à Birkenau.

Portail du secteur B-Ib du sous-camp de Birkenau par lequel sont passés tous les “45000”. © Mémoire Vive.

Portail du secteur B-Ib du sous-camp de Birkenau par lequel sont passés tous les “45000”. © Mémoire Vive.

On les fait attendre dans l’allée principale pendant quatre heures, puis il sont conduit dans un baraquement pour y recevoir une première soupe. À cette occasion, ils peuvent échanger leurs premières impressions : Raymond Montégut discute avec René Amand. Ils sont rejoints par « Papa » Rousseau (Alphonse), Joseph Carattoni et Yves Jahan. Ensuite, ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un interrogatoire individualisé, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – René Amand est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier).

Il est affecté dans un Kommando de terrassement. Selon un rescapé du convoi « il se dépêchait de faire sa tâche pour aider les autres, et notamment Georges Varenne ».

Le 14 août 1942, il est abattu au fusil par un gardien, prétendument « pour tentative de fuite » [4].

JPEG - 119.9 ko
Liste établie par l’administration SS d’Auschwitz le 15 août 1942,
avec vingt « détenus abattus pendant leur fuite ». René Amand
est le dernier de la liste. Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Bureau d’information sur les prisonniers. Droits réservés.

L’acte de décès établi ensuite par l’administration SS du camp indique comme cause de sa mort « crise cardiaque » (Plötzlicher Herztod), mention mensongère utilisée pour la plupart des détenus assassinés dans ces conditions.

René Amand est homologué comme « Déporté politique ». Il avait été décoré de la Croix de guerre et de la Médaille militaire en 1940. La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 28-05-1987).

Après son arrestation, sa sœur (Louise) Anaïs et son mari, Marcel Lavigne [5], prennent sa relève dans la Résistance. Ils sont tous deux arrêtés le 25 mars 1942. Marcel Lavigne est fusillé comme otage au Mont-Valérien, le 21 septembre 1942, en représailles de l’attentat contre le cinéma parisien “Le Rex”, qui fit plusieurs morts parmi les soldats allemands.

(Louise) Anaïs Lavigne est déportée à Auschwitz le 24 janvier 1943, dans le même convoi que Danièle Casanova et Marie-Claude Vaillant-Couturier.

Sources :

- Son nom et son matricule figurent sur la Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne, éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60.
- Jean Amand, son fils, président de la FNDIRP 86, sur le site du PCF de la Vienne et message (03-2011).
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 380 et 393.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” des Deux-Sèvres et de la Vienne (2001), citant : Lettre de son fils, instituteur (1971) ; son second fils est membre du Bureau fédéral du PCF – Questionnaire rempli par sa veuve (20-2-1988) – Témoignage de Maria Rabaté, ancien député (2-1973) – Témoignage de Michel Bloch (1973), qui signale une « remarquable figure du mouvement ouvrier de la Vienne » – Raymond Jamain, FNDIRP (1972, 1989).
- Sachso, Amicale d’Orianenburg-Sachsenhausen, Au cœur du système concentrationnaire nazi, Collection Terre Humaine, Minuit/Plon, réédition Pocket, mai 2005, page 38 (sur les arrestations des Viennois, fin juin 1941).
- Raymond Montégut (45892), Arbeit macht Frei, Éditions du Paroi (imprimeur), juin 1973, Recloses, Ury (77), pages 7, 53 à 55, 89, 149. L’auteur dédit plus particulièrement son livre à quatre camarades “45000” dont René Amand.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 24 (19868/1942).
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 17-11-2011)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Le parc à fourrages : cette structure militaire a été créée près de la caserne de l’école d’artillerie (quartier Aboville) à l’époque où les canons étaient encore tirés par des chevaux. Aujourd’hui, elle a été transformée en quartier d’habitation

[2] L’ “Aktion Theoderich :

L’attaque de l’Union soviétique, le 22 juin 1941, se fait au nom de la lutte contre le “judéo-bolchevisme”. Dès mai 1941, une directive du Haut-commandement de la Wehrmacht pour la “conduite des troupes” sur le front de l’Est défini le bolchevisme comme « l’ennemi mortel de la nation national-socialiste allemande. C’est contre cette idéologie destructrice et contre ses adeptes que l’Allemagne engage la guerre. Ce combat exige des mesures énergiques et impitoyables contre les agitateurs bolcheviks, les francs-tireurs, les saboteurs et les Juifs, et l’élimination allemande de toute résistance active ou passive. » Hitler est résolu à écraser par la terreur – à l’Ouest comme à l’Est – toute opposition qui viendrait entraver son effort de guerre.

Le jour même de l’attaque contre l’Union soviétique, des mesures préventives sont prises dans les pays occupés contre les militants communistes – arrestations et perquisitions à leur domicile – et des ordres sont donnés pour punir avec la plus extrême sévérité toute manifestation d’hostilité à la puissance occupante. En France, dans la zone occupée, au cours d’une opération désignée sous le nom de code d’Aktion Theoderich, plus de mille communistes sont arrêtés par les forces allemandes et la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré par la Wehrmacht et réservé à la détention des “ennemis actifs du Reich”. Au total, 1300 hommes y seront internés à la suite de cette action.

Fin août, 200 d’entre eux font déjà partie de ceux qui seront déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.

[3] Sa photographie d’immatriculation à Auschwitz a été reconnue par des rescapés lors de la séance d’identification organisée à l’Amicale d’Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin Après Auschwitz, n°21 de mai-juin 1948).

[4] « Tentative de fuite » : les véritables tentatives d’évasion sont extrêmement rares chez les “45000” qui se seraient trouvés complètement démunis en dehors du camp. Trois explications sont possibles : soit un acte de désespoir totalement irraisonné ; soit une forme de suicide en s’approchant délibérément des barbelés ; soit le résultat d’une provocation visant à pousser un détenu au-delà de la limite autorisée, par exemple en prenant le calot rayé de son uniforme pour le jeter au loin et en exigeant qu’il aille le chercher. De plus, lesSS de garde recevaient une bonification pour chaque détenu qu’ils avaient exécuté sous ce prétexte.

Doté d’un caractère certain et ne pouvant guère passer inaperçu à cause de sa grande taille, on peut imaginer que René Amand a déplu à un gardien.

[5] Marcel Lavigne avait pour oncle Alphonse Rousseau, de Châtellerault.