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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Raymond, Émile, Saint-Lary naît le 13 novembre 1920 à Montrouge [1] (Seine / Hauts-de-Seine), de Jean Saint-Lary, né le 13 octobre 1887 à Nîmes, garagiste (ajusteur-mécanicien), et d’Alix Dubras, son épouse, sans profession au moment du mariage, mais qui travaillera aux Compteurs de Montrouge. Raymond a cinq frère et sœurs, dont Henri, Huguette…

Au moment de son arrestation, il est domicilié chez ses parents au 24, rue Albert-Thomas à Fresnes [1] (Seine / Val-de-Marne – 94).

Raymond Saint-Lary est mécanicien.

Il milite aux Jeunesses communistes.

Au cours de l’exode, il part en direction d’Étampes jusqu’à Châteauroux.

Le 6 septembre 1940, Raymond Saint-Lary est arrêté pour distribution de tracts et relaxé après acquittement par le tribunal militaire allemand.

Le 5 octobre, son père est arrêté, comme onze autres anciens élus et trois membres du PC de Fresnes, lors de la grande vague d’arrestations organisée dans les départements de la Seine et de la Seine-et-Oise par les préfets du gouvernement de Pétain contre des hommes connus avant guerre pour être des responsables communistes (élus, cadres du PC et de la CGT) ; action menée avec l’accord de l’occupant. Après avoir été regroupés en différents lieux, 182 militants de la Seine sont conduits le jour-même en internement administratif au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise – 95), créé à cette occasion dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt.

Le 29 mars 1941, quinze épouses d’internés Fresnois – dont Madame Saint-Lary – adressent une lettre commune au préfet de la Seine afin d’être autorisées à leur rendre visite avec leurs enfants ; «  attendu que les prisonniers de droit commun (criminels, voleurs) ont droit à des visites, nous ne pouvons comprendre que nos maris et pères, étant des hommes honnêtes, n’y ont pas droit. » Le 11 avril, le chef de cabinet du préfet demande au commissaire de police de la circonscription de Choisy-le-Roi d’ « avertir les pétitionnaires, en la personne de Mme Soupion » (probablement à l’origine de la lettre) que « le règlement intérieur du camp (interdit) les visites aux détenus. »

Le 22 novembre 1941, Raymond Saint-Lary est arrêté pour un motif restant à préciser, puis relaxé.

Le 28 avril 1942, il est arrêté à son domicile (à Cachan ?), comme otage, lors d’une grande vague d’arrestations (397 personnes) organisée par «  les autorités d’occupation » dans le département de la Seine, visant majoritairement des militants du Parti communiste clandestin. Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin, Raymond Saint-Lary est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Raymond Saint-Lary est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46088 (ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit. Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied à Birkenau où ils sont répartis dans lesBlocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire au cours duquel Raymond Saint-Lary se dit mécanicien, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Raymond Saint-Lary est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

Assigné au Block 22, il est pendant un temps affecté au garage avec deux autres Français : Clément Pellerin, de Suresnes, et Jacques Marteaux, de Boulogne (?).

En juillet 1943, comme les autres détenus “politiques” français d’Auschwitz (essentiellement les quelques 135 à 140 survivants des “45000”), il reçoit l’autorisation d’écrire (en allemand et sous la censure) à sa famille et d’annoncer qu’il peut recevoir des colis.

À la mi-août, il est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) au premier étage du Block11, la prison du camp, pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11.

Le 12 décembre, à la suite de la visite du nouveau commandant du camp, le SS-Obersturmbannführer Arthur Liebehenschel, et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine.

À la fin de l’été 1944, il est parmi les trente-six “45000” qui restent à Auschwitz, alors que les autres sont transférés vers d’autres camps. En novembre, il facilite l’affectation de René Besse, alors contraint de quitter l’imprimerie du camp, au Kommando du garage.

En janvier 1945, il est parmi les vingt “45000” incorporés dans les colonnes de détenus évacuées vers le KL [2] Mauthausen. Il y reste quatre mois, affecté dans une usine souterraine. Devant l’avancée des troupes américaines, il est évacué vers Linz où il est – semble-t-il – libéré.

Raymond Saint-Lary est rapatrié en train le 18 mai 1945. Il pèse 38 kg (contre 61 kg à son départ).

Il quitte seul l’hôtel Lutétia pour rentrer par le métro chez ses parents qui n’ont pas été prévenus de son retour.

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L’hôtel Lutetia, à Paris 6e. Siège de l’Abwehr (service de renseignements de l’état-major allemand) sous l’occupation.
Centre d’accueil des déportés au printemps-été 1945.
Carte postale, années 1940-1950. Collection Mémoire Vive.

Il annonce les décès de Henri Soupion et Louis Villeminot, ex-conseillers de Fresnes, comme son père.

Celui-ci a été transféré le 5 mai 1942 depuis Aincourt au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Voves (Eure-et-Loir), matricule 463, puis, le 18 novembre 1943, au camp de Pithiviers (Loiret). Il décède le 25 avril 1972 à Fresnes.

En août 1945, pour l’Amicale d’Auschwitz, Raymond Saint-Lary établit une attestation de décès au nom d’Adrien Raynal, de Choisy-le-Roi. Le neveu de celui-ci vient lui rendre visite pour en obtenir confirmation.

Le 15 février 1946, Raymond Saint-Lary signe le formulaire de la FNDIRP certifiant le décès à Auschwitz d’Édouard Til, de Vitry-sur-Seine.

Il se marie une première fois le 31 décembre 1947, à Créteil (94), puis une deuxième fois le 27 septembre 1997 à Maisse (91).

Raymond Saint-Lary décède le 22 février 2001, à Corbeil-Essonne. Il n’est jamais retourné à Auschwitz.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 359, 388 et 419.
- Françoise Wasserman, Juliette Spire et Henri Israël, 1939-1944, Fresnes dans la tourmente, ouvrage édité par l’Écomusée de Fresnes à la suite de l’exposition présentée du 18-10-1994 au 8-05-1995, pages 50, 120.
- Raymond Saint-Lary, témoignage vidéo pour Mémoire Vive (28-04-1999).
- Nelly Mathieu, petite-nièce d’Adrien Raynal, correspondance familiale (avril 2009).
- Archives communales de Fresnes (listes de déportés…), recherches conduites par Dominique Couderc (3-2007).
- René Besse : conférences du 27 janvier 2006 à Limoges (lycée Maryse Bastié et Médiathèque), entretien téléphonique et réponses à questionnaire (janvier 2007).
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA ? (…).
- Actes de naissance et de mariage, communiqués par l’Amicale du souvenir du camp de Voves (11-2007).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour : 02-06-2010)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Montrouge et Fresnes : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, ces communes font partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”.