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Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oswiecim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Raymond Hervé naît le 22 juillet 1908 à Trélazé (Maine-et-Loire – 49).

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 14, rue de Belgique à Lorient-Keryado (Morbihan – 56), il est marié à « Jeannette » et père de quatre enfants, âgés de 2 à 11 ans, dont « Jeannette » (aussi !), « Charlot » et Marcelle. Il travaille comme ouvrier plombier à l’usine à gaz de Lorient.

Membre du parti communiste, il est aussi militant de la CGT.

Le 12 août 1941, il est arrêté‚ une première fois, sur le cours de Chazelles à Lorient, par la police française, à la suite d’un sabotage commis dans son entreprise. Le lendemain, il est interné administrativement au camp de Choisel à Châteaubriant (Loire-Atlantique – 44). Il est libéré le 2 octobre.

Le 12 octobre, il est de nouveau arrêté à son domicile par des Feldgendarmes et des policiers français et emprisonné à Lorient.

Le 31 octobre, à Vannes, il comparait devant le tribunal militaire allemand de la Feldkommandantur 750 pour sabotage, avec trois de ses camarades. Le 3 novembre, ces derniers sont condamnés à quatre mois de prison et Raymond Hervé à cinq mois. Le 4 décembre, il est transféré de la Maison d’arrêt de Vannes à celle de Saint-Brieuc.

À l’expiration de sa peine, le 1er avril 1942, il n’est pas libéré. Maintenu en détention allemande, il est interné comme otage au camp de Royallieu à Compiègne (Oise – 60) où il est enregistré le 4 avril ; matricule 3843, bâtiment A3, chambre 7, puis bât. 7, ch. 13 (lettre du 24 juin).

Le 3 avril, il écrit à sa femme et lui conseille la prudence : « Me voilà libéré d’une prison pour entrer dans une autre. Je suis cette fois parti bien loin de vous ; me voilà maintenant interné dans un camp de concentration de Compiègne. (…) Fais attention à ce que tu écris. (…) Parle de moi souvent de moi aux gosses. » Il lui recommande de s’installer à Quiberon avec ses enfants pour y « être davantage en sûreté qu’à Lorient ».

Entre fin avril et fin juin 1942, Raymond Hervé est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Comme la plupart de ses camarades, Raymond Hervé jette depuis le convoi – à hauteur de Chalon-sur-Marne – un message qui parviendra à ses proches : « Tu sais, cela n’est pas très facile d’écrire dans un wagon à bestiaux. (…) Embrasse bien fort nos enfants pour moi, car maintenant je ne sais pas quand je pourrai le faire moi-même, hélas. Enfin, vivement que cette maudite guerre soit finie. »

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Raymond Hervé est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45661 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Il meurt à Auschwitz le 23 septembre 1942, d’après les registres du camp.

(Raymond Hervé est le seul “45000” domicilié dans le Morbihan)

Après son arrestation et suivant son conseil, son épouse quitte Lorient et trouve refuge avec leurs enfants au bourg de Landaul (Morbihan). Elle s’adresse en vain aux autorités françaises et à la Croix-Rouge pour obtenir de ses nouvelles.

Le 6 juin 1945, Lucien Penner, de Vanves, écrit à une proche qu’ « à la date du 13 août 1943, ce camarade n’était plus parmi les survivants, puisque sa femme n’a jamais reçu de nouvelles ; d’autre part, parmi mes camarades, aucun ne se rappelle de lui. » Trois semaines plus tard – par l’intermédiaire d’une veuve de fusillé, peut-être Marguerite Corringer, une “31000” – Henri Hannhart, d’Alfortville, qui l’a connu, témoigne également de sa disparition.

Déclaré “Mort pour la France”, Raymond Hervé est homologué comme “Déporté politique”.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 4-01-1994).

Après la guerre le conseil municipal de Lorient donne son nom à une rue de la ville.

Son frère, Lucien, infirmier à l’hôpital Bichat, à Paris, entre dans la Résistance en 1942 au maquis “Félicité”, dépendant du maquis “Surcouf” de Pont-Audemer (Eure). Il est arrêté, affreusement torturé et fusillé le 24 août 1944 avec deux de ses camarades.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 14, 369 et 407. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Bretagne (2002), citant : lettres de sa veuve (1972) et de sa fille, Marcelle Moisan (2-11/ 1991), qui fournissent plusieurs photocopies de documents de l’époque : certificat de présence à Châteaubriant (18 août 1941) et à Compiègne (avril 1942) ; lettre de Compiègne ; lettre jetée du convoi et datée de Châlons-sur-Marne disant « Nous prenons la direction de l’Allemagne » ; attestation d’appartenance au Front national(1/1950). 
- Documents transmis par sa fille, Marcelle Moisan : courrier de prisons et de Royallieu-Compiègne, documents administratifs. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 446 (32402/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 16-06-2009)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.