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Droits réservés.

Raymond, Louis, Blais naît le 12 mai 1922 à Ivry-sur-Seine [1] (Val-de-Marne – 94), dans une famille de neuf enfants, fils d’Eugène Blais et d’Hélène Lebailly, son épouse. Eugène, le père de famille, né en 1884 dans le Calvados, est embauché en 1914 aux pompes funèbres municipales d’Ivry comme balayeur porteur, puis porteur chef ; militant communiste, il est membre du 4e “rayon” de la région parisienne.

À partir du 3 janvier 1937, Raymond Blais travaille comme radio-électricien pour les établissements Radiel qui ont un bureau au 7, rue Parmentier et une usine au 12, rue Voltaire à Ivry.

Jusqu’à son arrestation, il est domicilié chez ses parents au 1, sentier (ou impasse) du Moulin-à-Vent à Ivry.

Sous l’occupation, Raymond est actif au sein des Jeunesses communistes clandestines et participe aux réunions de la cellule communiste des “Jeunes du Fort d’Ivry” – qui se réunit clandestinement tous les jeudis vers 21 h 30 sur les glacis du Fort – et diffuse des tracts et des journaux. Le groupe est victime d’une dénonciation (« …à la suite de renseignements confidentiels »).

Le 4 septembre 1941, Raymond Blais est arrêté sur son lieu de travail, par le commissaire de police d’Ivry, après Guy Gratiot et Pierre Raunier. Le domicile familial est perquisitionné le lendemain, sans résultat.

Le 6 septembre, plusieurs membres de la famille Blais sont fichés comme militants communistes par le commissariat d’Ivry : le père, Eugène, ses fils Robert, Adolphe, Georges et, bien sûr, Raymond.

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Fichier des militants établit par le commissariat d’Ivry-sur-Seine. 
© Musée de la Résistance nationale (MNR), Champigny/Marne.
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Fichier des militants établit par le commissariat d’Ivry-sur-Seine. 
© Musée de la Résistance nationale (MNR), Champigny/Marne.

Inculpé de « reconstitution d’une cellule communiste », Raymond Blais est écroué au dépôt de la préfecture de Police de Paris (Conciergerie, sous-sol du Palais de Justice , île de la Cité). Le 15 novembre suivant, il bénéficie d’un non-lieu, comme les deux camarades arrêtés avec lui. Il reprend son action.

Le 28 avril 1942, Raymond Blais est arrêté à son domicile lors d’une grande vague d’arrestations (397 personnes) organisée par « les autorités d’occupation » dans le département de la Seine – avec le concours de la police française – et visant majoritairement des militants du Parti communiste. Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Raymond est enregistré sous le matricule 4035 (bât. C1).

Dans un courrier du 4 juin adressé à ses parents, il précise qu’ils sont « 8 copains, dont 7 d’Ivry » à s’entendre pour le partage de la nourriture. Dans un prochain colis, il leur demande « le plus de pain possible, car ici c’est cela qui nous manque le plus ».

Entre fin avril et fin juin, Raymond Blais est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes – dont son frère, Robert – et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée (suivant un ordre de Hitler) en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande.

Le soir du 5 juillet, à 9 heures, alors que le ciel est assombri par un orage « formidable », Raymond Blais écrit à ses parents pour leur annoncer que lui et son frère sont sur le point de partir « certainement pour l’Allemagne ». Il annonce qu’il tâchera de jeter son message depuis le train le lendemain (le billet est parvenu à destination).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Raymond Blais est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45252, selon les listes reconstituées (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit. Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied à Birkenau où ils sont répartis dans lesBlocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un interrogatoire individualisé, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Raymond Blais est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Le 16 juillet, l’administration militaire du camp de Royallieu envoie à son père, Eugène Blais, une carte-formulaire en allemand indiquant que « (…) le détenu (Raymond) a été transféré dans un autre camp pour travailler. Le lieu de destination ne nous est pas connu, de sorte que vous devez attendre des nouvelles ultérieures… »

À Auschwitz, après s’être « cassé la jambe », Raymond Blais est admis à l’infirmerie et n’en ressort pas.

Il meurt à l’ “hôpital” d’Auschwitz (Block 20, maladies contagieuses) le 14 novembre 1942, selon les registres du camp. [2] ; il a vingt ans

Son frère Roger meurt de tuberculose à “l’hôpital” (Block 20) d’Auschwitz-I, le 19 septembre 1943.

(aucun des quatorze “45000” ivryens n’est revenu).

Son père, Eugène, est arrêté le 24 septembre 1942 sur ordre des Renseignements généraux. Il est libéré à une date inconnue après avoir fait une demande de libération le 12 janvier 1943.

Raymond – dont on est sans nouvelles – étant considéré comme « soutien indispensable de famille », sa mère se voit accorder une pension (“délégation familiale”) par la préfecture de la Seine, à compter du 12 janvier 1943. Son père, Eugène, décède à Ivry avant le 2 juillet 1944. Une grande foule vient assister à son enterrement.

Son frère, A. Blais, travailleur (volontaire ou forcé ?) à Finow, Mark (illisible) Lager II, écrit à sa mère le 18 juillet 1944.

Le 27 mai 1945, Henri Mathiaud, de Clichy, écrit à la femme de Robert Blais, Marguerite, pour lui annoncer les décès de son mari et de son beau-frère Raymond.

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© Ville d’Ivry-sur-Seine, 
archives communales.

Raymond Blais se voit décerner à titre posthume un diplôme par le Comité militaire national des Francs tireurs et partisans français (10-2-1946). Il est homologué dans la Résistance intérieure française au titre du Front national [3], avec le grade fictif de sergent (28-5-1949). Le titre de “Déporté résistant” lui étant refusé, il est homologué comme “Déporté politique” (3-1-1955).

La mention “Mort pour la France” (J.O. du 23-4-1949) est portée sur son acte de décès.

Le conseil municipal d’Ivry associe les deux frères pour dénommer l’ancienne impasse du Moulin-à-Vent, le 27 juillet 1945.

La mention “mort en déportation” est portée sur les actes de décès (J.O. du 10-09-1987).

Sources :

- Michèle Rault, Des noms qui chantent la liberté (noms de rues), édité par Ville d’Ivry-sur-Seine pour le 50e anniversaire de la Libération (1994), pages 7 et 8, et site de la ville :http://www.ivry94.fr/web/28285.htm 
- Archives municipales d’Ivry-sur-Seine, dossier individuel rassemblé par Michèle Rault, conservatrice, à partir de différentes sources. 
- Copies de différents courriers confiées par Jean-Claude Blais (petit-neveu ?) aux Archives municipales d’Ivry-sur-Seine. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 388 et 395. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA ? (…). 
- Musée de la Résistance Nationale, Champigny-sur-Marne ; fiches de police d’Eugène, Raymond et Robert Blais au commissariat d’Ivry-sur-Seine. 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; relevé dans les archives (01-2009).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 23-08-2010)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Ivry-sur-Seine : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil en France : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

L’officier d’état civil du Ministère des anciens combattants et victimes de guerre a retenu la date du 15 décembre 1942 pour certifier son décès (3-8-1946). Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.

[3] Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France : mouvement de Résistance constitué en mai 1941 à l’initiative du PCF clandestin (sans aucun lien avec l’organisation politique créée en 1972, dite “FN” et toujours existante).