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IDENTIFICATION INCERTAINE…
Auschwitz, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oswiecim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Raymond, Henri, Baudry naît le 26 janvier 1893 à Louvetot (Seine-Maritime [1] – 76), chez son grand-père, Stanislas Baudry ; il est le fils naturel d’Angélique-Egésipe, Baudry, 20 ans, célibataire, couturière. Les témoins de la déclaration en mairie sont ses oncles, Stanislas Baudry, 27 ans, et Félix Baudry, 23 ans, tous deux bûcherons.

Pendant un temps, Raymond Baudry travaille comme boulanger.

De la classe 1913, le conseil de révision le classe comme soutien indispensable de famille le 20 octobre de cette année. Cependant, le 27 novembre, il est incorporé au 75e régiment d’infanterie. Le 2 août 1914, jour de mobilisation générale, il part « aux armées ». Le 11 février 1915, il passe au 24e R.I. Du 19 avril au 6 mai 1916, il est évacué dans un service d’ambulance. Le 1er juin 1916, il est fait prisonnier par l’armée allemande à Verdun. Le 15 décembre 1918, il est rapatrié en France. Le 3 septembre 1919, il est mis en congé illimité.

En novembre suivant, Raymond Baudry est domicilié dans le quartier de l’église, à Louvetot.

En juin 1923, l’armée le classe affecté spécial comme employé à la Société industrielle de Caudebec-en-Caux. En mars 1928, il est rayé de cette affectation après avoir quitté l’usine.

Le 6 janvier 1933, à Lillebonne, il se marie avec Louise Nicolle.

En août 1933 et jusqu’au moment de son arrestation, il est domicilié au 92, rue Fontaine-Bruyère (qui prendra le nom de rue de la Libération) à Lillebonne (76), entre Rouen et Le Havre.

Raymond Baudry est ouvrier de la chimie (pétrole) à Notre-Dame-de-Gravenchon, commune voisine, dans une des deux raffineries implantées sur trois kilomètres le long de la Seine à Port-Jérôme, circonscription du Port de Rouen. En décembre 1935, l’armée le classe affecté spécial comme poseur de voies à la Standard franco-américaine de raffinage (Standard Oil/Esso).

Adhérent au Parti communiste, il est membre de la cellule Staline et participe au Comité de section de Lillebonne.

Mobilisé le 2 septembre 1939, il est maintenu dans son emploi. Le 3 octobre, il est rayé de l’affectation spéciale et affecté au dépôt d’infanterie 33 à Saint-Lô. Mais, le 16 novembre, la commission de Cherbourg le classe réformé temporaire n°2 pour « périduodénite [2] confirmée par radio ». Le 16 mai 1940, le commission maintient ce statut pour « fracture ouverte de la jambe gauche [survenue] le 18 décembre 1939, actuellement œdème de toute la jambe et raideur très serrée de l’articulation tibio-tarsienne ».

Sous l’occupation, Raymond Baudry est au chômage.

La police française le désigne comme auteur présumé d’une distribution de tracts communistes effectuée fin juillet 1941.

Le 22 octobre 1941, à 2 h 45, Raymond Baudry est arrêté à son domicile par le commissaire de police de Lillebonne, « par mesure administrative sur instruction verbale de la sous-préfecture », puis conduit au Havre. Il est incarcéré à la Maison d’arrêt de cette ville, officiellement « sur ordre préfectoral », probablement au quartier allemand de la prison.

Le 22 décembre suivant, il est transféré à Rouen (?) et interné dès le lendemain au camp allemand de Royallieu à Compiègne [2] (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager). Il écrit régulièrement à son épouse jusqu‘à la fin juin 1942, son dernier courrier annonçant son départ pour une direction inconnue.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande, en application d’un ordre de Hitler.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Raymond Baudry est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45208, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule a été retrouvée, mais n’a pu être identifiée à ce jour).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage publié à ce jour ne permet de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Raymond Baudry.

Il meurt à Auschwitz le 29 septembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 376 et 394. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Basse-Normandie (2000), citant : Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen – Acte de disparition, 14/2/1947. 
- Louis Eudier (45523), listes à la fin de son livre Notre combat de classe et de patriotes (1939-1945), imprimerie Duboc, Le Havre, sans date (2-1973 ?). 
- Archives départementales de Seine-Maritime (AD 76), site internet du conseil général, archives en ligne ; registre d’état civil de Louvetot, année 1893 (cote 4E 07018), acte n° 2 (vue 2/22) ; registre matricule du recrutement militaire, bureau de ???, classe 1913 (cote 1 R 3336), matricule 429. 
- Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen, site de l’Hôtel du Département, cabinet du préfet 1940-1946, individus arrêtés par les autorités de Vichy ou par les autorités d’occupation, dossiers individuels de Aa à Bl (cote 51 W 410), recherches conduites avec Catherine Voranger, petite-fille de Louis Jouvin (“45697”). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 58 (33359/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 9-05-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[2] Sous contrôle militaire allemand, le camp de Royallieu a d’abord été un camp de prisonniers de guerre (Frontstalag 122), puis, après l’invasion de l’URSS, un « camp de concentration permanent pour éléments ennemis actifs ». À partir de septembre 1941, on y prélève – comme dans les autres camps et prisons de zone occupée – des otages à fusiller. À partir du 12 décembre 1941, un secteur du sous-camp C est réservé aux Juifs destinés à être déportés à titre de représailles. Le camp des Juifs est supprimé le 6 juillet 1942, après le départ de la plupart de ses internés dans le convoi transportant les otages communistes vers Auschwitz. Les derniers détenus juifs sont transférés au camp de Drancy (Seine-Saint-Denis – 93).