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Raoul, Alphonse, BERTRAND – dit “Poil de carotte” ou “Carotte” – naît le 11 mai 1905 à Boulogne-(Billancourt) [1] (Hauts-de-Seine – 92), chez ses parents, Raoul, Louis, Bertand, 26 ans, et Ernestine Lebocq, son épouse, tous deux marchands de vin, domiciliés au 19, chaussée du Pont.

Le 26 novembre 1927, à la mairie de Bougival (alors en Seine-et-Oise), Raoul Bertand se marie avec Gilberte Tremblay. Ils auront un enfant.

Au moment de son arrestation, Raoul Bertand est domicilié au 7, boulevard de Valmy à Colombes [1] (92).

Il est mécanicien (ajusteur-outilleur) à l’usine d’avions Amiot de Colombes, où il est délégué du personnel avant la guerre. Il est membre de l’Union locale CGT de 1936 à 1938.

Militant communiste, il est responsable du journal local “La Voix Populaire”.

À une date restant à préciser (1935 ?), il est élu Conseiller municipal communiste de Colombes.

“Ouvrier affecté spécial” au moment de la mobilisation, son affectation lui est retirée, et il est envoyé dans une unité combattante.

En février 1940, sur requête du préfet de la Seine, le conseil de préfecture déchoit dix élus de Colombes, dont Raoul Bertrand, de leur mandat municipal pour n’avoir pas « répudié catégoriquement toute adhésion au Parti communiste » (loi du 20 janvier 1940).

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Dans Le Matin, du 29 février 1940.

En octobre 1940, Raoul Bertrand subit une première arrestation, à la suite de laquelle il est détenu à Puteaux [1] (commissariat ?) pendant une semaine.

Le 15 février 1941, il est de nouveau arrêté, écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e), d’où il est libéré le 23 mai. Il tente alors d’échapper à la surveillance de la police et se rend à Cherbourg (Manche – 50). Mais, ne trouvant pas de travail, il doit revenir à Colombes.

Le 16 septembre 1941, considéré par les Renseignements généraux comme « militant communiste et propagandiste actif » ayant « participé à la reconstruction d’un groupement communiste clandestin », Raoul Bertrand est arrêté pour la troisième fois par la police française et écroué à la Santé le 21 septembre.

Le 7 février ou 26 mars 1942, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif. Pendant un temps, Raoul Bertrand est détenu au dépôt de la préfecture (Conciergerie, sous-sol du Palais de Justice, île de la Cité).

Le 16 avril, il fait partie d’un groupe de détenus enregistrés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Voves (Eure-et-Loir – 28), où il reçoit le matricule n° 59.

Le 10 mai 1942, il fait partie d’un groupe de 81 internés remis aux “autorités d’occupation” à la demande de celles-ci et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Raoul Bertrand est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Raoul Bertand est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I), peut-être sous le numéro 45234, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule n’a pas été retrouvée).

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Il meurt à Auschwitz le 21 octobre 1942 [2], d’après les registres du camp.

Déclaré “Mort pour la France”, il est homologué comme “Déporté politique” (n° 110 122 677).

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 6-08-1987).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 127 et 128, 355, 381 et 395. 
- Claudine Cardon-Hamet, notice réalisée pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” du nord des Hauts-de-Seine, citant : Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier national) – Lettres de sa veuve à Roger Arnould, documentaliste de la FNDIRP (11 et 18/1/1972) – Témoignages de Jean Guilbert (45639), et de Georges Brumm (45305) – Lettre de Robert Guérineau, ancien résistant (24/2/1991). 
- Archives départementales des Hauts-de-Seine (AD 92), site internet du conseil général, archives en ligne, registre des naissances de Boulogne-Billancourt, année 1905 (cote E NUM BOU N1905), acte n° 364 (vue 51/142).
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des registres du camp conservés aux Archives départementales d’Eure-et-Loir. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, carton “occupation allemande” BA ? 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 82 (36897/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 23-10-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Billancourt et Colombes : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, ces communes font partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil en France : Dans lesannées qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

Concernant Raoul Bertrand, c’est le mois de février 1943 qui a été retenu pour certifier son décès.

Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.