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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Pierre, Joseph, Raunier naît le 7 novembre 1920 à Pouru-sur-Romy (Ardennes – 08), fils de Joseph Raunier et de Louise Métanis, son épouse. ll a un frère plus jeune, Jules, né le 16 octobre 1923 à Floing (08) et une sœur : Solange.

Il habite chez ses parents, d’abord au 173, route stratégique (rue Marcel-Hartmann aujourd’hui) à Ivry-sur-Seine [1] (Val-de-Marne – 94), puis pendant un temps, «  en janvier » (1941 ?) au 3, rue Marx-Dormoy. Célibataire, il est arrêté chez ses parents.

Il est mécanicien automobile au garage Citröen situé au 63, route de Choisy (avenue de Verdun aujourd’hui), avec son frère.

Après l’interdiction des organisations communistes (26 septembre 1939), il adhère à la cellule clandestine des Jeunesses communistes (“JC”) du Fort d’Ivry qui se réunit clandestinement tous les jeudis vers 21 h 30 sur les glacis du Fort. Le groupe est victime d’une dénonciation (« …à la suite de renseignements confidentiels »).

Le 3 septembre 1941, il est arrêté par le commissaire de police d’Ivry avec neuf camarades, dont Guy Gratiot et Raymond Blais, et inculpé d’infraction au décret du 26-09-1939 (dissolution et interdiction des organisation communistes). Son frère Jules est arrêté le lendemain. Rapidement écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (?), il bénéficie d’un non lieu le 15 novembre et est relâché le lendemain, comme ses deux camarades. Néanmoins, la police le considère comme un communiste « fervent ».

Le 28 avril 1942, il est arrêté à son domicile – « par deux français » (! ?) – lors d’une grande vague d’arrestations (397 personnes) organisée par « les autorités d’occupation » dans le département de la Seine et visant majoritairement des militants du Parti communiste clandestin. Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

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Le quartier “A” de la caserne de Royallieu à Compiègne,
futur “camp des communistes” du Frontstalag 122 ;
à droite, sont visibles les bâtiments A4, A5, A6, A7 et A8.
Carte postale des années 1930. Collection Mémoire Vive.

Entre fin avril et fin juin, Pierre Raunier est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée (suivant un ordre de Hitler) en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée d’occupation.

Un mois après son arrestation, Pierre Raunier envoie une carte depuis Compiègne dans laquelle il demande des vêtements chauds pour aller travailler dans un camp. Quand son père vient les lui apporter, il est déjà parti.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Pierre Raunier est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46034 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ».
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Pierre Raunier.

On ignore la date exacte de sa mort à Auschwitz ; très certainement avant la mi-mars 1943 [2]. (aucun des quatorze “45000” ivryens n’est revenu).

Il est homologué dans la Résistance intérieure française au titre du Front national [3] avec le grade fictif d’adjudant.

Sources :

- Archives municipales d’Ivry-sur-Seine, dossier individuel rassemblé par Michèle Rault, conservatrice, à partir de différentes sources, dont un témoignage (?) de sa sœur, Solange Toueix.
- Musée de la Résistance Nationale, Champigny-sur-Marne ; fiche de police de Guy Gratiot au commissariat d’Ivry-sur-Seine.
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA ? (…).
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 388 et 418.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 01-09-2010)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Le doute sur la date de décès inscrite au Journal Officiel : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir lesdocuments administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – s’appuyant sur le ministère des Anciens combattants qui avait collecté le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois – voire le jour (et le lieu !) du départ comme pour Pierre Raunier. La parution au J.O. rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts. L’arrêté du 2 décembre 1996 ajoute la mention “Mort en déportation” et corrige la date du 6 juillet par « décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz », afin de prendre en compte la certitude de son départ.

[3] Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France : mouvement de Résistance constitué en mai 1941 à l’initiative du PCF clandestin (sans aucun lien avec l’organisation politique créée en 1972, dite “FN” et toujours existante).