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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Pierre, Camille, BERNARD naît le 20 octobre 1906 à Paris 15e (75).

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 63, rue de la Croix-Nivert à Paris 15e, au débouché de la rue Gramme. Marié, il a un enfant.

Pierre Bernard est métallurgiste, traceur.

Il est syndiqué à partir de 1934, délégué suppléant à l’usine Alsthom de Saint-Ouen de 1936 à 1940.

De 1936 à juillet 1939, il est simple adhérent du Parti communiste, membre de la cellule de son entreprise.

Le 5 mai 1940, pendant la “drôle de guerre”, il est arrêté pour « propagande communiste » sur dénonciation, puis bénéficie d’un non lieu.

Au retour de l’exode, il est inscrit au fonds de chômage du 1er au 22 juillet.

Le 5 décembre, il est de nouveau arrêté, « sur une fausse dénonciation » [sic], et écroué à la Maison d’arrêt de la Santé, à Paris 14e. Devant le juge d’instruction, son accusateur doit se rétracter. Mis en liberté provisoire – en attendant un non-lieu, peut-être prononcé le 17 ou 18 février suivant -, Pierre Bernard ne rentre pas chez lui…

Le 17 janvier 1941, le préfet de Seine-et-Oise signe l’arrêté ordonnant son internement administratif. Le jour même, Pierre Bernard fait partie d’un groupe de vingt-quatre militants communistes conduits en internement administratif au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise – 95), créé en octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt.

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Le sanatorium de la Bucaille à Aincourt dans les années 1930. 
Le centre de séjour surveillé a été installé dans la longue bâtisse située au premier plan à gauche. Afin de pouvoir y entasser les détenus, il a fallu y transporter le mobilier des autres bâtiments. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Pierre Bernard est assigné à la chambre 50.

À partir du 16 juillet 1941, il est envoyé dans la journée chez le docteur Armandon, d’Aincourt, pour y effectuer des travaux agricoles : départ du camp à 7 h, retour pour le repas de midi à 13 h 15, puis de 15 h 45 à 20 h.

Selon le commissaire spécial, directeur du camp, Pierre Bernard, qui travaille « régulièrement dans les corvées et dans les fermes », se sépare des « meneurs communistes ». Le 4 mars 1942, entendu en audition suite à une demande de libération, le détenu déclare condamner « toute la politique de la IIIe Internationale » et être « contre la politique illégale du parti et les attentats et actes de violence commandés par lui ». Le commandant du camp conclue : « je pense qu’on peut avoir confiance dans la sincérité de ses déclarations ».

Mais, le 9 mai 1942, Pierre Bernard est parmi les quinze internés remis aux “autorités d’occupation” à la demande de celles-ci et transférés avec une escorte de Feldgendarmes au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Pierre Bernard est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45227 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Pierre Bernard est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

À une date restant à déterminer, il est inscrit sur un registre du Block 28 (médecine interne) de l’ “hôpital” (Revier) [1].

Pierre Bernard meurt à Auschwitz le 13 octobre 1942, d’après les registres du camp [2].

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. n°10 du 12-01-2008).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 127 et 128, 372 et 395. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Paris (2002), citant : Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier central). 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “Occupation allemande” : BA 2397 (liste des internés communistes, 1939-1941). 
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1w71, 1w74, 1w80, 1w90 (dossier individuel) ; recherches parallèles de Claude Delesque. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 79 (35721/1942). 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; relevé dans les archives (01-2009).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 22-02-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Revier , selon Charlotte Delbo : « abréviation de Krakenrevier, quartier des malades dans une enceinte militaire. Nous ne traduisons pas ce mot que les Français prononçaient révir, car ce n’est ni hôpital, ni ambulance, ni infirmerie. C’est un lieu infect où les malades pourrissaient sur trois étages. ». In Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1967, p. 24. Le terme officiel est pourtant “hôpital” ; en allemandHäftlingskrakenbau (HKB), hôpital des détenus ou Krakenbau (KB). Dans Si c’est un Homme, Primo Lévi utilise l’abréviation “KB”.

[2] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil en France… Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

S’agissant de Pierre Bernard, c’est précisément cette dernière date qui a été initialement retenue pour certifier son décès. Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.