Paulin COUTELAS site

Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Claudie Trocmé, fille de Paulin Coutelas.
Droits réservés.

Paulin, Louis, Coutelas naît le 1er novembre 1908 à Reuil (Marne – 51).

Il est menuisier de formation.

Le 17 novembre 1930 (ou 1936 ?), il entre à la Compagnie du Chemin de fer de l’Est.

Le 16 décembre 1934 à Paris 3e, il se marie avec Hélène Marseille.

Au moment de son arrestation, le couple est domicilié au 29, rue Paul-Cavaré à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis – 93).

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À gauche, la rue Paul-Cavaré (depuis la place N.-Copernic),
longeant l’ancienne mairie (Espace culturel A.-Malraux).
Aujourd’hui, le n° 29 correspond à l’immeuble de cinq étages.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

À la déclaration de guerre (3 septembre 1939), Paulin Coutelas est « affecté spécial » à son poste de travail, ouvrier menuisier à la gare SNCF de Noisy-le-Sec (93), rue Arago.

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Intérieur de la gare de Noisy-le-Sec.
Carte postale oblitérée en… 1907. Collection Mémoire Vive.

Le 26 octobre 1940, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif, parmi 38 personnes visées ce jour-là dans le département de la Seine (dont 12 futurs “45000”). Selon la police, Paulin Coutelas « se livrait à une propagande acharnée parmi ses camarades de travail ». Le jour-même, il est interpellé et conduit au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise – 95), créé au début du mois dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt afin d’y enfermer des hommes connus de la police pour avoir été militants communistes et syndicalistes avant-guerre.

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Aincourt
Tel qu’il est photographié, le pavillon Adrien Bonnefoy Sibour ne laisse pas entrevoir la grande forêt qui l’entoure et l’isole de la campagne environnante

Paulin Coutelas est assigné à la « chambre des jeunes » (il a 32 ans).

Le 22 mars 1941 à Paris 12e (maternité ?), Hélène Coutelas met au monde leur fille Claudie. Le 28 mars, la jeune mère écrit au préfet de Seine-et-Oise pour solliciter une permission exceptionnelle de sortie de son mari afin que celui-ci puisse venir voir son enfant. Elle ajoute qu’elle désirerait « le voir rentrer à son foyer, car [elle est] dans le dénuement le plus complet ». L’autorisation est accordée le 17 avril et – le 28 – Paulin Coutelas peut se rendre à son domicile accompagné d’un gardien de la paix (arrivée à 11 heures, reparti à 16 heures, arrivé à Mantes à 18 h 45, puis retour au camp).

Le 6 septembre 1941, Paulin Coutelas fait partie d’un groupe de 150 détenus d’Aincourt (dont 106 de la Seine) transférés au camp français (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne – 86), pour l’ouverture de celui-ci.

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Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”,
vu du haut d’un mirador. Date inconnue.
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village.
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne),
Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 22 mai 1942, il fait partie d’un groupe de 156 internés – dont 125 seront déportés avec lui – remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduit au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

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Le camp vu depuis le mirador central.
Les “politiques français” étaient dans le secteur constitué
par la ligne de bâtiments de gauche (“camp communiste”)
Photo Hutin, Compiègne, carte postale. Droits réservés.

Entre fin avril et fin juin 1942, Paulin Coutelas est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Paulin Coutelas est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45408 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Paulin Coutelas est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ».
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Pendant un temps, il est assigné au Block 15a, avec d’autres “45000”.

Il meurt à l’ “hôpital” d’Auschwitz (Block 20) le 15 août 1942, d’après les registres du camp ; tué par une injection de phénol dans le cœur.

Son nom est inscrit sur la plaque dédiée « à la mémoire des agents de la SNCF tués par faits de guerre 1939-1945 » et apposée à l’entrée de la gare de Noisy-le-Sec (93), ainsi que sur le Monument aux morts de Rosny-sous-Bois, place des Martyrs de la Résistance et de la Déportation, comme « Civil Mort pour la France » (?).

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 29-01-1988).

Sources :

- Son nom (orthographié « CAUCELAS ») et son matricule figurent sur la Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne, éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60.
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 386 et 400.
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA 2114 (communistes fonctionnaires internés…) ; BA 2374 (camps d’internement…) ; BA 2397 (liste des internés communistes, 1939-1941).
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1w74 (révision trimestrielle), 1w104 (dossier individuel).
- Mémorial de la Shoah, Paris, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; listes XLI-42, n° 54.
- Archives départementales de la Vienne, cote 109W75 (camp de Rouillé).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 1, page 120* (registre de la morgue relevé par la Résistance) ; tome 2, page 186 (20890/1942).
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; registre du Block 20, page 295 ; registre d’appel avec la liste des détenus décédés (Verstorben Häftlinge) ; registre de la morgue (matr. 45408).
- Site Mémorial GenWeb, 93-Noisy-le-Sec, relevé de Frédéric Charlatte (05-2006) ; Rosny-sous-Bois, relevé de Christiane Level-Debray (02/2004).
- Base de données des archives historiques SNCF ; service central du personnel, agents déportés déclarés décédés en Allemagne (en 1947), de A à Q (cote 0110LM0108).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 1-04-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.