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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Paul, Alphonse, Filoleau naît le 30 janvier 1905 à Chantenay-sur-Loire [1] (Loire-Atlantique [2] – 44), fils de Jean Baptiste Filoleau, 39 ans, paveur, et de Jeanne Stervinou, son épouse, 33 ans.

En 1926, Paul Filoleau habite au 7, rue Blanqui, quartier du Pilleux-Sainte-Anne, à l’Ouest de Nantes, chez sa mère, veuve et chef de famille, ayant pour concubin Désiré Soulais, né à Jauzé en 1882, manœuvre chez Cavali.

Le 9 août 1930 à Nantes, section de Chantenay, Paul Filoleau se marie avec Léonide Leneveu, née en 1903 à Nantes.

Le couple emménage chez la mère de Paul Filoleau. Ils y habitent en 1931 et jusqu’à son arrestation.

Paul Filoleau travaille comme docker sur le port : « un homme costaud », se souvient Gustave Raballand.

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Le port de Nantes dans les années 1900. 
Au fond, derrière les grues, le pont transbordeur. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Paul Filoleau milite à la section syndicale CGT des dockers de Nantes, ainsi qu’à la cellule des dockers du Parti communiste.

Le 4 juillet 1941, après une première vague d’arrestations organisée dans l’agglomération de Nantes le 23 juin [3], le commissaire central de Nantes donne à la police allemande, sur la demande de celle-ci, une liste de neuf « ex-militants communistes » sur laquelle figure le nom d’Alphonse Filoleau, ainsi que ceux d’André Lermite et Jean Raynaud.

Le 9 juillet 1941, Alphonse Filoleau est arrêté à son travail par la police allemande et aussitôt « conduit aussitôt au camp du Champ de Mars » [4], avec quatre autres « militants communistes » dont A. Lermite et J. Raynaud.

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Nantes. La salle des fêtes du Champ de Mars. 
Est-ce l’endroit où ont été rassemblés les militants 
arrêtés en juillet 1942 ? 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 12 juillet, Alphonse Filoleau est parmi les vingt-quatre communistes (dont les dix futurs “45000” de Loire-Atlantique) transférés, avec sept Russes (juifs), au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Le lendemain, il y est enregistré sous le matricule n° 1260.

Entre fin avril et fin juin 1942, Alphonse Filoleau est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Paul Filoleau est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 46236, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

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Portail du sous-camp de Birkenau, secteur B-Ia, semblable 
à celui du secteur B-Ib par lequel sont passés tous les “45000”.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par tous les “45000” à Birkenau – Paul Filoleau est dans la moitié du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “Solution finale” (contexte plus meurtrier), selon le témoignage d’Eugène Charles. Là, il est affecté à un Kommandochargé de réparer les voies ferrées.

Paul Filoleau meurt à Birkenau le 14 octobre 1942, selon les registres du camp [5].

Sur les dix “45000” de Loire-Atlantique, il n’y eut que deux rescapés : Eugène Charles, de Nantes, etGustave Raballand, de Rezé.

Paul Filoleau est homologué comme “Déporté politique” (12/07/1949).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 127 et 128, 365 et 404. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Bretagne (2002), citant : témoignages de Gustave Raballand et d’Eugène Charles, de Nantes – Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen. 
- Archives de la Ville de Nantes, site internet : registre des naissances de Chantenay-sur-Loire, année 1905, acte n° 57, vue 16/157 ; listes électorales 1934-1945 (Drev-Galand, v. 125), recensement du canton 7 en 1926 (v. 182) et 1931 (v. 183). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 287 (35899/1942) ; son nom y est orthographié « Filokau », probablement à la suite d’une “coquille” d’écriture.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 3-12-2011)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Chantenay-sur-Loire, commune limitrophe annexée à Nantes en 1908 et devenue un quartier de la ville.

[2] Loire-Atlantique : département dénommé “Loire-Inférieure” jusqu’en mars 1957.

[3] L’ “Aktion Theoderich :

L’attaque de l’Union soviétique, le 22 juin 1941, se fait au nom de la lutte contre le “judéo-bolchevisme”. Dès mai 1941, une directive du Haut-commandement de la Wehrmacht pour la “conduite des troupes” sur le front de l’Est défini le bolchevisme comme « l’ennemi mortel de la nation national-socialiste allemande. C’est contre cette idéologie destructrice et contre ses adeptes que l’Allemagne engage la guerre. Ce combat exige des mesures énergiques et impitoyables contre les agitateurs bolcheviks, les francs-tireurs, les saboteurs et les Juifs, et l’élimination allemande de toute résistance active ou passive. » Hitler est résolu à écraser par la terreur – à l’Ouest comme à l’Est – toute opposition qui viendrait entraver son effort de guerre.

Le jour même de l’attaque contre l’Union soviétique, des mesures préventives sont prises dans les pays occupés contre les militants communistes – perquisitions à leur domicile et arrestations – et des ordres sont donnés pour punir avec la plus extrême sévérité toute manifestation d’hostilité à la puissance occupante.

En France, dans la zone occupée, au cours d’une opération désignée sous le nom de code d’Aktion Theoderich, plus de mille communistes sont arrêtés par les forces allemandes et la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne, créé à cette occasion pour la détention des « ennemis actifs du Reich » sous l’administration de la Wehrmacht.

Au total, 1300 hommes y seront internés à la suite de cette action. Fin août, 200 d’entre eux font déjà partie de ceux qui seront déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.

[4] Le « camp du Champ de Mars » : s’agit-il de la salle des fêtes, également dénommée « Palais du Champ de Mars » ? (à vérifier…)

[5] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil en France : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

Concernant Paul Filoleau, c’est le 15 septembre 1942 – « à Resko » (Raïsko) nom souvent utilisé par certains rescapés pour désigner Birkenau – qui a été retenu pour certifier son décès.

Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.