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Léonard, Paul, Faurie, né le 28 juillet 1905 à Chamboulive (Corrèze). Son père est « Mort pour la France » le 5 ou 6 octobre 1916, en laissant une veuve et deux enfants.

À partir de 1927 et jusqu’au moment de son arrestation, Paul Faurie est domicilié au 125, rue Édouard-Vaillant à Levallois-Perret [1] (Seine / Hauts-de-Seine – 92). Il est marié et a une fille, née vers 1933.

À partir de 1924 et jusqu’à la mobilisation, Paul Faurie est inscrit comme chauffeur de taxi. À partir de 1928, il travaille à son compte, étant propriétaire de sa voiture (8352 RM 3), qu’il remise, à partir du 25 juin 1935, au garage de la société L’Union, coopérative ouvrière de production, sise au 11 et 13, rue d’Alsace, à Levallois-Perret. Il est membre de la Chambre syndicale des cochers-chauffeurs du département de la Seine (CGT). C’est un « fervent syndicaliste », discutant « fréquemment de questions relatives à sa corporation ».

Selon la police, il est également adhérent du Parti communiste, membre de la section locale.

Le 14 avril 1936, il est élu au conseil d’administration de la société mutuelle d’assurance La Fraternelle automobile, sise 59, boulevard Pereire. Il en devient vice-président. Selon un témoin, il n’y a aucune activité politique quelconque, s’en tenant « au strict exercice des ses fonctions », notamment dans les domaine des assurances.

Le 25 ou le 29 août 1939, il est mobilisé comme brigadier à la 536e compagnie automobile. Fin juillet 1940, il est démobilisé dans la Creuse, où sa famille l’a peut-être rejoint.

Du 27 juillet au 18 décembre, il est inscrit au fonds de chômage de Levallois. Puis il trouve un emploi de caviste au restaurant-cabaret Saint-Moritz (en 2016, L’Entrecôte), sis au 29, rue de Marignan, à quelques mètres des Champs-Élysées (Paris 8e), le propriétaire de l’établissement ayant été son compagnon d’armes au cours de leur mobilisation. Selon son épouse, Paul Faurie y travaille 14 heures par jour et prend le jeudi comme jour de repos afin de pouvoir « passer la journée avec sa gosse » (il n’a donc pas le temps de se consacrer à une activité clandestine).

Après la dissolution du Syndicat des cochers-chauffeurs CGT (9 novembre 1939), il s’est néanmoins inscrit au Syndicat des conducteurs de taxis du département de la Seine.

Le 13 janvier 1941, un rapport des services de la préfecture de police désigne Paul Faurie comme suspect : « des renseignements recueillis [.…], il  résulte que Faurie a toujours gardé ses convictions révolutionnaires et que, sous le couvert d’action syndicale, il se livre à une active propagande en faveur de l’ex-parti communiste, mais, très adroit, il évite de manifester ses opinions afin qu’aucune preuve ne puisse être retenue contre lui ».

Le 16 février, il doit remettre sa démission du CA de La Fraternelle automobile, suite à une mesure d’épuration, protestant avoir appartenu au Parti communiste.

Le 24 juin 1941, Paul Faurie est arrêté par la police française [2], suite à un arrêté d’internement administratif pris par le préfet de police en application des décrets des 18 novembre 1939 et 3 septembre 1940. Conduit dans la cour de l’hôtel Matignon, il y est « mis à la disposition des autorités allemandes », puis amené au fort de Romainville (Seine / Seine-Saint-Denis), devenu camp de détention allemand. Le 27 juin, il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

e 11 février 1942, Madame Faurie écrit à une autorité administrative du gouvernement de Vichy. Le 26 février, les services de la Délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés, dirigés par de Brinon, ambassadeur de France, interviennent auprès du préfet de police, en le « priant de bien vouloir intervenir, [s’il le juge] opportun, en faveur de l’intéressé auprès des autorités locales compétentes ». Le cabinet du préfet se tourne vers les Renseignements généraux. Relance est faite par la Délégation générale le 4 avril.

Le 18 mars, Madame Faurie écrit au préfet de police afin de solliciter une audience lui permettant de soumettre le cas de son mari, victime « d’une lâche et mensongère dénonciation ».

Paul Faurie fait l’objet de nouveaux rapports de police les 22 mars et 12 avril. Alors qu’il est interné depuis plusieurs mois, ces rapports n’apportent aucun élément nouveau, insistant sur le fait que « l’activité subversive de Faurie s’exerçait non à son lieu de travail, mais à son domicile ».

Le 23 avril, Madame Faurie écrit pour la deuxième fois au préfet de police afin de solliciter la libération de son mari. Elle joint à son courrier de nombreuses attestations de l’absence d’activité politique de celui-ci et même une pétition « signée des ses patrons, de ses voisins et des commerçants des environs ». Le 25 juin, le cabinet du préfet de police transmet une note au commissaire de police de la circonscription de Levallois pour lui demander de « faire connaître que cette mesure de faveur ne peut lui être accordée dans les circonstances actuelles ». Probablement convoquée au commissariat, Madame Faurie, signe ce document le 2 juillet avec la mention manuscrite « pris connaissance ».

Entre fin avril et fin juin 1942, Paul Faurie est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux
du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Paul Faurie est enregistré à Auschwitz sous le numéro 45530 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée).

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Le 12 juillet, Madame Faurie qui vient d’apprendre que son mari a « quitté Compiègne pour une direction inconnue », écrit de nouveau au préfet de police pour le supplier de faire quelque chose « si vous le pouvez encore ». Dans ce courrier, elle évoque des gens jaloux et méchants qui, dès avant la guerre, lui envoyaient des lettres anonymes.

Dans une lettre adressée à sa veuve, Eugène Garnier raconte les conditions dans lesquelles Paul Faurie a disparu à Auschwitz : « Paul Faurie, Roger Bonnifet et l’un des frères Clément (Ernest) ont été tous les trois pris dans une sélection et destinés à passer à la chambre à gaz. (…) Ils ont été emmenés en camion et tous trois chantaient de toutes leurs forces La Marseillaise. Cet évènement a fait beaucoup de bruit dans le camp de Birkenau où il eut lieu, aussi bien que dans le camp (principal) d’Auschwitz où les SS eux-mêmes furent ébranlés par l’héroïsme de nos camarades. D’ailleurs, quand nous avons été libérés par l’Armée rouge, nous avons fait (André Faudry de Saint-Maur et moi) un rapport à la Commission d’enquête soviétique dans lequel nous avons cité cet évènement. »

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Chargement des morts et mourants pour les Krematoriums
de Birkenau. Dessin de François Reisz, extrait de Témoignages
sur Auschwitz
 édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz
au 4e trimestre 1946.

Eugène Garnier situe ce départ pour la chambre à gaz en janvier 1943. Le nom de Paul Faurie figure sur un registre de l’infirmerie le 7 janvier, mais pas dans les registres d’actes de décès du camp d’Auschwitz retrouvés. Par contre, on y trouve celui d’Ernest Clément à la date du 19 février 1943. On peut donc penser que Paul Faurie est mort le même jour.

Paul Faurie est déclaré “Mort pour la France” et homologué comme “Déporté politique”.

Son nom est inscrit sur le monument en forme de tombe érigé dans le cimetière communal de Levallois-Perret par la CGT « en hommage à ses camarades chauffeurs de taxis parisiens tombés dans les luttes pour l’émancipation des travailleurs, pour la liberté, pour la démocratie, pour la France, pour la République » (situé en vis-à-vis de la tombe de la communarde Louise Michel).

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Cimetière de Levallois-Perret.
Monument des chauffeurs de taxis parisiens CGT.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 10-12-1989).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 73, 383 et 403.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” des Hauts-de-Seine nord (2002), citant : Lettre d’Eugène Garnier (45571) de Flers (Orne), (25/7/1945) – Témoignage de sa veuve (20/4/1972) – Registre de l’infirmerie de Birkenau du 1-11-1942 au 15-7-1943 – Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier central).
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris) site du Pré-Saint-Gervais ; cabinet du préfet, dossiers individuels (carton 1w723, chemise 26842).
- Site Mémorial GenWeb, 92-Levallois-Perret, relevé d’Émilie Pessy et de J.C., élèves de 3e 5 (04-2003).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, 19-07-2016)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Levallois-Perret : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] L’ “Aktion Theoderich ” : L’attaque de l’Union soviétique, le 22 juin 1941, se fait au nom de la lutte contre le “judéo-bolchevisme”. Dès mai 1941, une directive du Haut-commandement de la Wehrmacht pour la “conduite des troupes” sur le front de l’Est définit le bolchevisme comme « l’ennemi mortel de la nation national-socialiste allemande. C’est contre cette idéologie destructrice et contre ses adeptes que l’Allemagne engage la guerre. Ce combat exige des mesures énergiques et impitoyables contre les agitateurs bolcheviks, les francs-tireurs, les saboteurs et les Juifs, et l’élimination allemande de toute résistance active ou passive. » Hitler est résolu à écraser par la terreur – à l’Ouest comme à l’Est – toute opposition qui viendrait entraver son effort de guerre. Le jour même de l’attaque contre l’Union soviétique, des mesures préventives sont prises dans les pays occupés contre les militants communistes – perquisitions à leur domicile et arrestations – et des ordres sont donnés pour punir avec la plus extrême sévérité toute manifestation d’hostilité à la puissance occupante.

En France, dans la zone occupée, au cours d’une opération désignée sous le nom de code d’Aktion Theoderich, plus de mille communistes sont arrêtés par les forces allemandes et la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne, créé à cette occasion pour la détention des « ennemis actifs du Reich » sous l’administration de la Wehrmacht.

Au total (bilan au 31 juillet), 1300 hommes environ y seront internés à la suite de cette action. Effectuant un tri a posteriori, les Allemands en libéreront plusieurs dizaines. 131 d’entre eux, arrêtés entre le 21 et le 30 juin, seront déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.