Paul, Georges ou Gustave, Baheu, né le 12 septembre 1899 à Beaurainville (Pas-de-Calais), domicilié à Amiens (Somme), mort à Birkenau le 18 septembre 1942.

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Paul, Georges ou Gustave, Baheu naît le 12 septembre 1899 à Beaurainville (Pas-de-Calais – 62), fils de Gustave Baheu, ébéniste ou menuisier, et de Célinie Magniez, son épouse.

Le 5 novembre 1921 à Boubers-lès-Hesmond (62), Paul Baheu épouse Maria Coquet, née 19 décembre 1898 à Hesmond. Ils ont cinq enfants, nés le 26 décembre 1921, Émile (Paul, Joseph), né le 17 octobre 1923 à Longueau, commune de l’agglomération d’Amiens (80), où ils demeurent alors, le 3 février 1929, le 21 mars 1933 et le 14 octobre 1940.

Le 20 février 1922, Paul Baheu est embauché par une compagnie de chemin de fer qui fusionnera avec d’autres au sein de la SNCF début 1938 [1].

Au moment de l’arrestation du chef de famille, celle-ci est domiciliée au 47, rue Vion à Amiens (Somme – 80).

Paul Baheu est alors manœuvre (ou menuisier, service de la Voie et des Bâtiments) à la gare SNCF d’Amiens, sur le réseau de la région Nord.

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Façade de la gare d’Amiens dans les années 1920. 
Carte Postale. Collection Mémoire Vive.

Paul Baheu est secrétaire du syndicat des cheminots d’Amiens.

À partir de l’été 1940, Amiens est limitrophe de la ligne de démarcation de la “zone rouge” (ou “zone interdite”) de la région Nord instaurée par l’occupant et où l’on n’accède qu’avec un Ausweis.

Paul Baheu est actif au sein de l’O.S. [2] Le 24 octobre 1941, une perquisition opérée à son domicile par le commissaire central de police d’Amiens confirme son orientation politique (documents trouvés ?).

Le 7 mai 1942 à 22 h 10, Paul Baheu est arrêté par la police allemande à la suite d’un double sabotage effectué dans la nuit du 30 avril au 1er mai ayant notamment immobilisé la grue de relevage (32 tonnes) du dépôt. Il est écroué à la Maison d’arrêt d’Amiens « à la disposition des autorités allemandes » et fait partie des treize cheminots du dépôt SNCF gardés en représailles.

Le 10 juin, ils sont dix cheminots (dont neuf futurs “45000”) [3] à être transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Maria Baheu, l’épouse de Paul obtient une intervention de François de Brinon, Délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés, auprès du préfet de la Somme (lettre du 13 juin 1942) ; démarche infructueuse.

Au cours du mois de juin 1942, Paul Baheu est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Paul Baheu est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45189 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Paul Baheu se déclare comme cheminot (Eisenbahner) -, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Paul Baheu est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier).

Il meurt le 18 septembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp – qui indique pour cause mensongère de sa mort « insuffisance (du muscle) cardiaque » (Myocardinsuffizienz) – alors qu’a lieu une grande sélection des “inaptes au travail” à l’intérieur du camp à la suite de laquelle 146 des “45000” sont inscrits sur le registre des décès en deux jours (probablement gazés [4]).

Paul Baheu est déclaré “Mort en déportation” (J.O. du 27-06-1987).

Après avoir été membre des Jeunesses communistes de Longueau avant-guerre, Émile, son fils (18 ans en mai 1942), menuisier, est actif dans la Résistance. Dans la nuit du 26 octobre 1942, avec son groupe FTP, il dérobe 30 000 tickets de rationnement à la mairie d’Amiens. Le 24 décembre, avec huit membres de son groupe, dont son ami Jules Bridoux – alias “Michel” -, il pose des bombes contre Le Royal, restaurant huppé de la rue Ernest-Cauvin à Amiens, transformé en foyer du soldat allemand, causant la mort de 33 militaires.

En janvier 1943, Émile Baheu est arrêté par la police française pour « réorganisation d’association dissoute ». Le 3 avril, la section spéciale de la Cour d’Appel d’Amiens le condamne à un an de prison pour « propagande communiste ». Émile Baheu est écroué à la Maison d’arrêt d’Amiens. Libérable le 9 novembre, le Préfet de la Somme demande au préfet régional son internement administratif. Il est transféré dans un centre de séjour surveillé (Doullens ?). Remis aux autorités allemandes à leur demande, il est déporté au KL Buchenwald le 17 janvier 1944. Il est transféré dans les camps de Weimar et Billroda, puis libéré à Buchenwald le 11 avril 1945.

Émile Baheu rentre le 1er mai 1945.

Il est élu maire de Camon en mars 1971, sur la liste du Parti communiste. Il décède le 2 décembre 1982, avant la fin de son deuxième mandat.

Le 29 janvier 1991, le centre médico-social de Camon prend le nom d’Émile Baheu en hommage à l’activité de son ancien maire.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 63 et 74, 150 et 153, 379 et 394. 
- Hervé Barthélémy, association Rail et Mémoire, relevé de… ? (10-2006). 
- Site internet de la Ville de Camon, 50e anniversaire de la libération des camps (2005)
- Site internet de Gabriel Devianne 
- Site internet Les Morts pour la France – Somme
- Page généalogique sur internet. 
- Archives départementales de la Somme, Amiens, correspondance de la préfecture sous l’occupation, cotes 26w592. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 40 (31637/1942). 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; copie de l’acte de décès du camp. 
- Base de données des archives historiques SNCF ; service central du personnel, agents déportés déclarés décédés en Allemagne (en 1947), de A à Q (cote 0110LM0108).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 5-09-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

Notes

[1] La SNCF : Société nationale des chemins de fer français. À sa création, suite à une convention validée par le décret-loi du 31 août 1937, c’est une société anonyme d’économie mixte, créée pour une durée de 45 ans, dont l’État possède 51 % du capital.

[2] O.S. : organisation spéciale armée du Parti communiste clandestin créée à partir de septembre 1940, à l’origine pour protéger les militant(e)s prenant la parole en public, les distributeurs de tracts et les colleurs d’affiches, elle est devenue le premier cadre de la résistance armée.

[3] Les neuf futurs “45000” transférés à Royallieu sont : Roger Allou et Clovis Dehorter, de Camon ; Émile Poyen, de Longeau ; Paul Baheu, Fernand Boulanger,Fernand Charlot, Albert Morin, Georges Poiret et François Viaud, d’Amiens (ce dernier étant le seul rescapé des “45000” d’Amiens, Camon et Longueau).

Le dixième cheminot interné à Compiègne est Joseph Bourrel, mécanicien de manœuvre, domicilié au 102 rue Richard-de-Fournival à Amiens. Son sort en détention reste à préciser (il n’est pas déporté, selon le mémorial FMD)…

Un onzième cheminot reste à la prison d’Amiens, Jean Mayer, ouvrier au dépôt, domicilié au 36 rue Capperonnier à Amiens, arrêté la nuit même de l’attentat. Il est probablement condamné par un tribunal militaire allemand. Le 26 avril 1943, il est transféré dans une prison du Reich à Fribourg-en-Brisgau. Il est libéré à Creussen le 11 mai 1945.

[4] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail” (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code “14 f 13”). Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.