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Auschwitz, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oswiecim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Nicolas Boujinsky naît le 4 mai 1890 à Koursk (Russie), fils de Leonty Boujinsky, 36 ans, et de Lioubov Kotliaroff, 30 ans, son épouse.

Arrivé en France le 24 septembre 1925, via Sofia (Bulgarie), il conserve la nationalité russe. Pendant un temps, il habite au 1, rue de Lourmel, à Paris 15e.

Il commence à travailler comme manœuvre. Pendant six mois, il est employé aux usines Renault de Boulogne-Billancourt.

Le 16 mars 1929, à la mairie du 19e arrondissement, il se marie avec Sarra (Sarah) Cusnir, née le 16 octobre 1903 à Ovidiopol (Roumanie) et arrivée en France en 1926, qui prend la nationalité russe par ce mariage (tous deux auront une carte d’identité comme réfugiés russes). Ils ont une fille, Denise, née le 13 avril 1932 à Paris 12e.

Au moment de l’arrestation du chef de famille, celle-ci est domicilié au 11 rue René-Bazin à Paris 16e.

Nicolas Boujinsky exploite un commerce d’épicerie au 26, rue de la Source (Paris 16e).

En août 1940, il blesse son épouse « en la frappant à coup de poing et de pied dans le dos et aux jambes » après l’avoir attaché. Le 17 juin 1941, la 10e chambre du tribunal correctionnel de la Seine le condamne à 26 francs d’amende pour coups et blessures à particulier.

Au cours de l’hiver 1941-1942, Madame Boujinsky confie à l’employé de l’épicerie que, pour se venger, elle dénoncera son mari à la gestapo afin qu’il soit arrêté. L’accusation portée serait de « marché noir et de détention d’armes ».

Le 7 février 1942, Nicolas Boujinsky est arrêté dans son commerce par deux policiers allemands, qui perquisitionnent l’établissement. Puis, ils le ramènent en automobile à son domicile pour un examen de l’appartement et de la cave. Enfin, ils le conduisent rue des Saussaies, un des sièges parisiens de la Gestapo. Son employé et la concierge de la rue Bazin y sont ensuite convoqués pour interrogatoire, mais n’ont rien à déclarer sur le suspect. Ultérieurement, la concierge déclarera à la police française que l’on prétend alors dans le quartier que Boujinsky a été arrêté sur dénonciation de son épouse.

À une date restant à préciser, Nicolas Boujinsky est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager)

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

transportaquarelle

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Nicolas Boujinsky est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45281 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée [1]). Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Nicola Boujinski est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ».
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre ». Carte postale. Collection mémoire Vive.

À une date non précisée, il est admis au Block 20 (contagieux) de l’ “hôpital” (le Revier [2]) d’Auschwitz.

Nicolas Boujinsky meurt au Block 20 le 7 août 1942, d’après les registres du camp ; un mois après l’arrivée du convoi.

Son épouse, Sarah (née le 16-10-1903), est arrêtée le 26 juin 1943, internée à Drancy comme Juive roumaine, puis déportée à Auschwitz le 18 juillet 1943 (convoi 57 ?).

Nicolas Boujinsky est homologué comme « Déporté politique ».

Sources :

- Son nom (orthographié « Bojinsky Nicolans ») et son matricule figurent sur la Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne, éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60.
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 373 et 396.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Paris (2002).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 123 (18680/1942).
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; relevé dans les archives (01-2009).
- Division des archives des conflits contemporains (DAVCC), ministère de la Défense, Caen ; dossier de Nicolas Boujinsky (21 p 481 051).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 5-02-2016)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Sa photographie d’immatriculation à Auschwitz a été reconnue par des rescapés lors de la séance d’identification organisée à l’Amicale d’Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin Après Auschwitz, n°21 de mai-juin 1948).

[2] Revier , selon Charlotte Delbo : « abréviation de Krakenrevier, quartier des malades dans une enceinte militaire. Nous ne traduisons pas ce mot que les Français prononçaient révir, car ce n’est ni hôpital, ni ambulance, ni infirmerie. C’est un lieu infect où les malades pourrissaient sur trois étages. ». In Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1967, p. 24. Le terme officiel est pourtant “hôpital” ; en allemand Häftlingskrakenbau (HKB), hôpital des détenus ou Krakenbau (KB). Dans Si c’est un Homme, Primo Lévi utilise l’abréviation “KB”.