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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Maurice Vernichon naît le 26 avril 1910 au Havre (Seine-Maritime [1] – 76), fils de Jules Vernichon et de Marie Daubenfeld, son épouse.

En 1926, son père dépose en mairie une demande de permis de construire pour une maison individuelle de trois pièces, sise au 79 impasse Hornmann, à Graville-Sainte-Honorine [2] (quartier Béreult [3]).

Au moment de son arrestation, Maurice Vernichon – probablement célibataire – est domicilié au 93, boulevard Sadi-Carnot.

Maurice Vernichon est navigateur, inscrit maritime. À partir de 1937, il travaille comme soutier sur un vapeur de la compagnie France-Navigation. « Un marin de cet équipage d’élite du Winnipeg [4], qui donna tant de héros à la Résistance » (brochure “30 ans de luttes“, p. 53).

Militant communiste et syndicaliste, il poursuit son engagement dans la clandestinité.

En 1940, il fait l’objet d’une note de recherche du Bureau militaire de Rouen pour insoumission.

Pris dans la même affaire que Léon Bellenger, de Sainte-Adresse, Marcel Couillard et Maurice Granjon, sur enquête du commissariat spécial du Havre, pour « distribution de tracts dans les queues pour le ravitaillement », Maurice Vernichon est arrêté trois jours après ses camarades, le 31 janvier 1941, à Bordeaux où son travail l’a amené. Il est détenu dans une prison de cette ville jusqu’au 5 février. Le lendemain, il est conduit en transit à la Maison d’arrêt de la Santé à Paris. Le 13 février, il est écroué à la Maison d’arrêt du Havre.

Le 19 mars, le tribunal correctionnel du Havre condamne Léon Bellenger, Marcel Couillard et Maurice Vernichon à 13 mois d’emprisonnement chacun pour propagande communiste. La libération de Maurice Vernichon de la Maison d’arrêt du Havre doit s’effectuer le 28 avril 1942, à l’expiration de sa peine, un mois après ses deux camarades. Mais il est maintenu en détention sous le statut d’interné administratif en attendant d’être remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci, conformément aux procédures ordonnées dans le « Code des otages ».

Peu après, une date restant à préciser, Maurice Vernichon est transféré par la Feldgendarmerie de laKreiskommandantur du Havre au camp allemand de Royallieu à Compiègne [5] (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande, en application d’un ordre de Hitler.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Maurice Vernichon est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46188 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Il meurt au Revier [6] d’Auschwitz le 17 août 1942, d’après l’acte de décès du camp. La cause indiquée par l’administration SS pour sa mort est « faiblesse cardiaque » (Herzmuskelchwäche).

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 8-07-2001).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 376 et 422. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Haute-Normandie réalisée à Rouen en 2000, citant : Liste établie par la CGT, p. 10 – Brochure “30 ans de luttes“, PCF de Seine-Maritime, 1964. 
- Louis Eudier (45523), listes à la fin de son livre Notre combat de classe et de patriotes (1939-1945), imprimerie Duboc, Le Havre, sans date (1977 ?). 
- Archives du Havre, archives en ligne (urbanisme 1926/1188). 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; registre d’appel avec la liste des détenus décédés (« Verstorbene Häftlinge »). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 1275 (21392/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 28-05-2014)

Cette notice biographique doit- être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[2] Graville-Sainte-Honorine : cette commune est rattachée au Havre en 1953.

[3] Quartier de la vallée-Béreult : détaché de la zone industrielle et rattaché à la zone résidentielle du plan d’urbanisme par délibération n°15 du 29 juillet 1948.

[4] Le cargo Winnipeg est mis en service en 1918. Vendu en 1938 à la compagnie France Navigation, créée en avril 1937 pour assurer le ravitaillement en matériel militaire les républicains espagnols depuis l’URSS, il effectue au moins deux voyages pour charger des armes à Mourmansk. Un voyage est effectué vers Léningrad avec des membres du gouvernement républicain espagnol se rendant à Moscou, lesquels sont embarqués en clandestinité au Havre où ils reviennent tout aussi discrètement. En janvier février 1939, un nouveau voyage a lieu sur Mourmansk pour un transport d’armes. Fin mars, le bateau se porte au secours des républicains acculés à la mer dans le port d’Alicante. En juillet 1939, des transformations sont effectuées au Havre pour transporter des émigrés espagnols vers le Chili : des châlits sont installés dans les cales sur plusieurs hauteurs (à cette occasion, des scènes du film L’Émigrante de Leo Joannon avec Edwige Feuillère sont tournées à bord). Le 4 août 1939, le Winnipeg quitte l’appontement de Trompeloup à Pauillac avec 2000 passagers dont 40 bébés. Le personnel à bord est insuffisant et un appel des volontaires permet de trouver 200 personnes pour aider aux cuisines, à l’hôpital, aux laveries. Valparaiso est atteint le 3 septembre, jour de déclaration de la guerre en France. Pablo Neruda, diplomate et poète installé en France, a eu un rôle de premier plan dans l’organisation de ce voyage. À son retour au Havre, le 21 décembre 1939, le Winnipeg est confié en gérance à la Transat.

[5] Sous contrôle militaire allemand, le camp de Royallieu a d’abord été un camp de prisonniers de guerre (Frontstalag 122), puis, après l’invasion de l’URSS, un « camp de concentration permanent pour éléments ennemis actifs ». À partir de septembre 1941, on y prélève – comme dans les autres camps et prisons de zone occupée – des otages à fusiller. À partir du 12 décembre 1941, un secteur du sous-camp “C“ est réservé aux Juifs destinés à être déportés à titre de représailles. Le camp des Juifs est supprimé le 6 juillet 1942, après le départ de la plupart de ses internés dans le convoi transportant les otages communistes vers Auschwitz. Les derniers détenus juifs sont transférés au camp de Drancy (Seine-Saint-Denis – 93).

[6] Revier, selon Charlotte Delbo : « abréviation de Krakenrevier, quartier des malades dans une enceinte militaire. Nous ne traduisons pas ce mot que les Français prononçaient révir, car ce n’est ni hôpital, ni ambulance, ni infirmerie. C’est un lieu infect où les malades pourrissaient sur trois étages. ». In Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1967, p. 24. Le terme officiel est pourtant “hôpital” ; en allemandHäftlingskrakenbau (HKB), hôpital des détenus ou Krakenbau (KB). Dans Si c’est un Homme, Primo Lévi utilise l’abréviation KB.