Maurice, René, Rideau naît le 10 septembre 1920 à Châtellerault (Vienne – 86).

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 29, rue Sully à Châtellerault. Il est marié et père d’un enfant.

Ajusteur, fraiseur-outilleur, il travaille à la Manufacture nationale d’armes de la Vienne, à Châtellerault, comme Charles Limousin.

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Carte postale colorisée. Collection Mémoire Vive.

Militant communiste, Maurice Rideau est l’un des dirigeants du syndicat CGT des métaux de l’entreprise.

Le 6 mai 1941, la police perquisitionne son domicile, mais il n’est pas arrêté.

Le 23 juin, des policiers allemands le saisissent à son usine [1] (selon lui, 33 communistes sont arrêtés ce jour-là dans la Vienne). Les hommes arrêtés dans le département sont regroupés au camp de la Chauvinerie, près de Poitiers, caserne réquisitionnée par l’occupant.

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Poitiers. La caserne de la Chauvinerie, sur le coteau de la Roche. 
Carte postale éditée dans les années 1900. Coll. Mémoire Vive.

Le 12 juillet, Maurice Rideau est dans le groupe des détenus conduits à la gare de Poitiers pour être transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), où il est enregistré sous le matricule 1190.

Entre fin avril et fin juin 1942, Maurice Rideau est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Maurice Rideau est enregistré à Auschwitz sous le numéro 46056 (ce matricule sera tatoué sur son bras gauche quelques mois plus tard).

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Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oswiecim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied à Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire (il se déclare serrurier), ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Maurice Rideau est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Là, il est affecté au Kommando de la DAW (Deutsche AusrüstungsWerke, société SS, usine d’armement entre autres), où il est avec Gabriel Torralba.

Le 4 juillet 1943, comme les autres “politiques” français (essentiellement des “45000” rescapés), il reçoit l’autorisation d’écrire à sa famille (en allemand et sous la censure) et d’annoncer qu’il peut recevoir des colis.

À la mi-août 1943, il est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) au premier étage duBlock 11, la prison du camp, pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11.

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Auschwitz-I. Le premier étage du Block 11, avec ses fenêtres 
partiellement obstruées. Carte postale. Coll. Mémoire Vive.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp, le SS-Obersturmbannführer Arthur Liebehenschel, – qui découvre leur présence – et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blockset Kommandos d’origine.

Le 3 août 1944, Maurice Rideau est parmi les trois-quarts des “45000” présents à Auschwitz qui sont de nouveau placés en “quarantaine” en préalable à un transfert.

Le 28 août 1944, il est dans le petit groupe de trente-et-un détenus dont vingt-neuf “45000” transférés auKL Flossenbürg [2] (Haut-Palatinat Bavarois, proche de la frontière tchèque) et enregistrés dans ce camp le 31 août (matricule n° 19 888).

Maurice Rideau survit en troquant, contre du pain et de la margarine, des objets pris dans le “Canada” (baraques où sont entassés les objets et les vêtements des déportés saisis par les SS à leur arrivée au camp).

Dans l’usine souterraine, où il est affecté comme régleur sur une vingtaine de machines à fileter, il organise le sabotage de celles-ci sans être inquiété.

Le 29 octobre, il est parmi les onze “45000” transféré à Wansleben (Kommando du KL Buchenwald), une usine de potasse (matr. n° 93 421).

Le 12 avril 1945, Wansleben est évacué à marche forcée par les SS. Maurice Rideau s’évade le 13 en compagnie d’André Gaullier (46238), mais il est repris, et de nouveau interné dans un camp proche de Halle.

Libéré le 14 avril 1945 par les troupes américaines, il rentre en France par avion, via Bruxelles, le 9 juin.

Très vite, il reprend le travail, mais à Vanves [3] (93), dans une usine d’armement où il retrouve Lucien Penner.

Homologué comme Déporté résistant, officier de la Légion d’Honneur, Maurice Rideau décède le 20 février 1984.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 73, 97, 151 et 152, 261, 268 et 269, 346 et 347, 359, 379 et 419. 
- Cl. Cardon-Hamet, Mille otages pour Auschwitz, Le convoi du 6 juillet 1942 dit des “45000”, éditions Graphein, Paris nov. 2000, page 431, 463. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” des Deux-Sèvres et de la Vienne (2001), citant : Maurice Rideau a entretenu une correspondance suivie avec Roger Arnould entre 1971 et 1982, et lui a donné témoignages et photos – Récit d’André Gaullier : l’évasion de 1945 – Article du Patriote Résistant, mensuel de la FNDIRP, signé par Floréal Barrier.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 3-05-2007)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] L’ “Aktion Theoderich :

L’attaque de l’Union soviétique, le 22 juin 1941, se fait au nom de la lutte contre le “judéo-bolchevisme”. Dès mai 1941, une directive du Haut-commandement de la Wehrmacht pour la “conduite des troupes” sur le front de l’Est définit le bolchevisme comme « l’ennemi mortel de la nation national-socialiste allemande. C’est contre cette idéologie destructrice et contre ses adeptes que l’Allemagne engage la guerre. Ce combat exige des mesures énergiques et impitoyables contre les agitateurs bolcheviks, les francs-tireurs, les saboteurs et les Juifs, et l’élimination allemande de toute résistance active ou passive. » Hitler est résolu à écraser par la terreur – à l’Ouest comme à l’Est – toute opposition qui viendrait entraver son effort de guerre.

Le jour même de l’attaque contre l’Union soviétique, des mesures préventives sont prises dans les pays occupés contre les militants communistes – arrestations et perquisitions à leur domicile – et des ordres sont donnés pour punir avec la plus extrême sévérité toute manifestation d’hostilité à la puissance occupante. En France, dans la zone occupée, au cours d’une opération désignée sous le nom de code d’Aktion Theoderich, plus de mille communistes sont arrêtés par les forces allemandes et la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré par la Wehrmacht et réservé à la détention des “ennemis actifs du Reich”.

Au total, 1300 hommes y seront internés à la suite de cette action. Fin août, 200 d’entre eux font déjà partie de ceux qui seront déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.

[2] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”.

[3] Vanves : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).