JPEG - 77.1 ko
Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Maurice, René, MARTIN naît le 13 janvier 1913 au Raincy [1] (Seine-Saint-Denis – 93), fils d’Albert Martin et de Louise Demets, son épouse.

Pendant un temps, Maurice Martin est membre des jeunesses communistes de Livry-Gargan.

À partir de 1935, il est employé de l’Assistance publique comme fumiste à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre (94), commune limitrophe.

JPEG - 117.3 ko
La Kremlin-Bicêtre, entrée principale de l’hospice 
peu après la guerre. Carte postale, coll. Mémoire Vive.

À partir de 1937 et jusqu’au moment de son arrestation, il est domicilié au 162, route de L’Haÿ [2] à Gentilly [3] (Val-de-Marne – 94), dans un petit appartement de deux pièces. Sur le recensement de 1946, il vit seul avec son fils, Jacques, né en 1936, étant veuf, divorcé ou séparé.

JPEG - 100.4 ko
Gentilly. Les HBM de la rue de l’Haÿ dans les années 1920. 
Carte postale.

Le 4 septembre 1941, Maurice Martin est arrêté par la brigade spéciale des Renseignements généraux de de la préfecture de police sur son lieu de travail à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre, à la suite d’une diffusion massive, dans le secteur, de tracts édités par le Front National. Lors de son interrogatoire dans les locaux de la BS 1 à la préfecture, les inspecteurs lui font savoir qu’ils connaissent ses récents déplacements – jeux de boules et mairie – grâce à une filature effectuée quelques jours auparavant. Lui-même reconnait avoir été « pressenti pour participer à l’incendie de camions appartenant à l’usine Panhard et stationnés boulevard Masséna à Paris 13e » (sur l’esplanade, près de la Porte d’Italie). Il s’agissait, en trompant la vigilance des sentinelles allemandes surveillant ce matériel de guerre, d’injecter de l’acide dans les circuits électriques des moteurs en utilisant une poire en caoutchouc.

Le 7 septembre, Maurice Martin est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé, à Paris 14e. Le 6 octobre, la procédure judiciaire se clôt par un non lieu, mais Maurice Martin est probablement maintenu en détention.

Le 18 octobre suivant, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif. Le lendemain, Maurice Martin est conduit au Dépôt de la préfecture de police.

Le 10 novembre, il fait partie d’un groupe de 58 militants communistes transféré au « centre de séjour surveillé » (CSS) de Rouillé (Vienne – 86).

JPEG - 91.7 ko
Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”, 
vu du haut d’un mirador. Date inconnue. 
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village. 
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne), 
Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 14 avril 1942, le préfet de police de Paris « fait savoir » au préfet de la Vienne « que les autorités allemandes viennent d’interdire le transfert dans un autre camp ou prison, sans leur autorisation expresse » de onze internés de Rouillé parmi lesquels figure Maurice Martin.

Le 22 mai, celui-ci fait partie d’un groupe de 148 détenus (pour la plupart déportés avec lui) remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

JPEG - 157.7 ko
La caserne de Royallieu après-guerre. Les huit premiers 
bâtiments alignés à gauche sont ceux du quartier “A”, 
désigné pendant un temps comme le “camp des communistes”. 
À l’arrière plan, sur l’autre rive de l’Oise, 
l’usine qui fut la cible de plusieurs bombardements 
avec “dégâts collatéraux” sur le camp. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Entre fin avril et fin juin, Maurice Martin est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

JPEG - 128.9 ko

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Maurice Martin est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45845 (ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard).

JPEG - 327.8 ko
Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Maurice Martin est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

Pendant un temps, il est assigné au Block 6.

En juillet 1943, la plupart des détenus “politiques” français d’Auschwitz (essentiellement des “45000”) reçoivent l’autorisation d’écrire – en allemand et sous la censure – à leur famille et d’annoncer qu’ils peuvent recevoir des colis (à vérifier le concernant…).

À la mi-août, Maurice Martin est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) au premier étage du Block 11, la prison du camp, pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11.

JPEG - 116 ko
Auschwitz-I. Le premier étage du Block 11, avec ses fenêtres 
partiellement obstruées. Carte postale. Coll. Mémoire Vive.

Le 12 décembre, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp, le SS-Obersturmbannführer Arthur Liebehenschel, – qui découvre leur présence – et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blockset Kommandos d’origine.

Le 3 août 1944, Maurice Martin est parmi les trois-quarts des “45000” présents à Auschwitz qui sont de nouveau placés en “quarantaine” en préalable à un transfert.

Le 29 août, il est parmi les trente “45000” [4] intégrés dans un convoi disciplinaire de 807 détenus (incluant de nombreux “Prominenten” polonais) transférés au KL [5] Sachsenhausen, dans la ville d’Oranienbourg, au Nord-Ouest de Berlin. À leur arrivée, et jusqu’au 25 septembre, les trente sont assignés au Block 66.

Fin avril 1945, Maurice Martin est libéré « sur la route » par les troupes russes pendant une marche d’évacuation.

Il revient en France par le Centre de rapatriement de Lille le 21 mai suivant. Le formulaire d’examen médical rempli à cette occasion indique un bon état général malgré un amaigrissement global de cinq kilos, une cicatrice de 8 cm à l’avant-bras gauche et une pleurite droite (pleurésie sèche).

Arrivé le même jour à Paris, Maurice Martin passe également par le Centre de rapatriement de l’Hôtel Lutetia.

JPEG - 125.4 ko
L’hôtel Lutetia, à Paris 6e. Siège de l’Abwehr (service de renseignements de l’état-major allemand) sous l’occupation. 
Centre d’accueil des déportés au printemps-été 1945. 
Carte postale, années 1940-1950. Collection Mémoire Vive.

Le 20 janvier 1948, à Saint-Marcan (Ille-et-Vilaine), il se marie avec Yvette B.

Le 5 mars 1950, Maurice Martin rempli un formulaire de demande d’attribution du titre de Déporté Résistant. Le 22 février 1954, le ministère des Anciens combattants et victimes de la guerre décide de rejeter sa demande et ne lui délivre, le 12 mars, que la carte de Déporté Politique (n° 11010.9925). Le 30 avril, Maurice Martin envoie un courrier au ministère afin de protester contre cette décision et de solliciter un recours gracieux pour un réexamen de sa situation. Le 2 juin 1955, le ministère lui attribue le titre de Déporté Résistant (carte n° 1001.25702).

Maurice Martin décède le 31 décembre 1968 ; il a 55 ans.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 348 et 349, 359, 388 et 413. 
- Archives communales de Gentilly, recherches menées par Chantal Rannou (2007). 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA 2374 (camps d’internement…) ; BA 2214 (communistes fonctionnaires internés…) – BA 2377 (chemise “transfert des internés, correspondance 1942-1944”). 
- Mémorial de la Shoah, Paris, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; liste XLI-42, n° 125. 
- Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen, dossier de Maurice Martin, cote 21 P 592 624, recherches de Ginette Petiot (message 12-2012).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 29-12-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Le Raincy : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine-et-Oise (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Route de l’Haÿ/rue de L’Haÿ : après la Libération, le Conseil municipal de Gentilly dénomme cette voie de circulation rue Gabriel-Péri, en hommage au journaliste et député communiste fusillé par l’armée d’occupation le 15 décembre 1942 au Mont-Valérien parmi 68 otages.

[3] Gentilly : jusqu’à la loi de juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert effectif en janvier 1968).

[4] Les trente d’Auschwitz vers Sachso : (ordre des matricules, noms de G à P) Georges Gourdon(45622), Henri Hannhart (45652), Germain Houard (45667), Louis Jouvin (45697), Jacques Jung(45699), Ben-Ali Lahousine (45715), Marceau Lannoy (45727), Louis Lecoq (45753), Guy Lecrux(45756), Maurice Legal (45767), Gabriel Lejard (45772), Charles Lelandais (45774), Pierre Lelogeais(45775), Charles Limousin (45796), Victor Louarn (45805), René Maquenhen (45826), Georges Marin(45834), Jean Henri Marti (45842), Maurice Martin (45845), Henri Mathiaud (45860), Lucien Matté(45863), Emmanuel Michel (45878), Auguste Monjauvis (45887), Louis Mougeot (45907), Daniel Nagliouk (45918), Émile Obel (45933), Maurice Ostorero (45941), Giobbe Pasini (45949), René Petijean(45976) et Germain Pierron (45985).

[5] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”.