Maurice, Louis, Victor, Lechevalier, né le 1er janvier 1902 à Cherbourg (Manche), domicilié à Puteaux (Hauts-de-Seine), mort à Auschwitz le 8 août 1942.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Maurice, Louis, Victor, Lechevalier naît le 1er janvier 1902 à Cherbourg (Manche), chez ses parents, Alexis Lechevalier, 37 ans, charpentier de marine, et Albertine Joret, 35 ans, son épouse, domiciliés au 27 rue du Faubourg, aujourd’hui rue Charles-Blondeau (tous deux seront décédés au moment de son arrestation). Maurice est le sixième d’une famille de sept enfants (Victor, Marie, Charles, Adrien, Marcel, Maurice et Henri). Leur mère décède le 19 septembre 1915 à Cherbourg. En 1920, quand il a 18 ans, Maurice habite chez son père, au 5 rue des Thins à Saint-Vaast-la-Hougue. Il commence à travailler comme mécanicien.

Le 16 septembre 1921, à Cherbourg, il s’engage volontairement dans l’infanterie coloniale. Le lendemain, il est affecté au 1er RIC comme soldat de 2e classe. Le 26 octobre suivant, il passe au 21e RIC – participant à l’occupation des pays rhénans – et, le 9 mai 1923, il passe au 5e RIC. Le 27 juillet suivant, il passe au 2e RIC par mesure disciplinaire, arrivant au corps quatre jours plus tard. Le 23 décembre, il embarque à destination de l’Indochine, où il passe au 11e RIC. Le 13 octobre 1924, par changement d’arme, il est affecté à la 7e compagnie mixte d’ouvriers d’artillerie coloniale. Le 16 juillet 1926, il passe à la 2e COAC. Le 20 août 1926, il est débarqué à Marseille. Le 16 septembre suivant, il est libéré du service actif et se retire à Saint-Vaast-la-Hougue, titulaire d’un certificat de bonne conduite.

En juin 1931, Maurice Lechevalier habite au 233, rue du Vieux-Pont-de-Sèvres à Boulogne-Billancourt (Seine / Hauts-de-Seine – 92), à proximité des usines Renault. En avril 1937, il demeure au 40, rue des Couvaloux à Suresnes (92).

Au moment de son arrestation, Maurice Lechevalier est domicilié au 74, boulevard Richard-Wallace à Puteaux [1] (92). Il est célibataire, mais vit maritalement avec Marie Ernestine Henriette Farque, sans profession, 47 ans (née le 13 novembre 1894 à Traves en Haute-Saône), veuve et ayant un enfant né vers 1934.

Maurice Lechevalier est outilleur-ajusteur, en dernier lieu chez l’avionneur Morane-Saulnier, au 3, rue Volta, à Puteaux ; peut-être comme « affecté spécial » lors de la mobilisation de 1939 (en février 1937, il avait déjà ce statut militaire dans cette entreprise).

C’est un militant communiste.

Peut-être est-il en contact clandestin avec Jean Nenning, futur maire communiste de Puteaux après la Libération…

Au moment de son arrestation, il est au chômage.

Le 31 août 1940, il est arrêté – probablement chez lui – par les services du commissariat de police de la circonscription de Puteaux pour « infraction à l’ordonnance du 20 juin 1940 [édictée par les] autorités d’occupation ». Interrogé, il reconnait avoir remis à deux camarades des tracts reçus d’une personne dont il ne connaît pas l’identité. La perquisition opérée à son domicile ne donne aucun résultat (le même jour est arrêté Louis Révillon, de Suresnes, apparemment sans lien…).

Maurice Lechevalier est d’abord conduit au dépôt de la préfecture de police, puis écroué le 1er septembre à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e). Il est remis en liberté le 23 octobre, probablement faute de charges suffisantes pour la Justice.

Mais, le 9 novembre 1940, le préfet de police signe un arrêté ordonnant son internement administratif. Le jour même, Maurice Lechevallier est conduit au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Seine-et-Oise / Val-d’Oise), créé en octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt.

Centre de séjour surveillé d’Aincourt. Plan de l’enceinte montrant les points d’impact après le bombardement par un avion anglais dans la nuit du 8 au 9 décembre 1940. Arch. dép. des Yvelines (1W71).

Centre de séjour surveillé d’Aincourt. Plan de l’enceinte
montrant les points d’impact après le bombardement
par un avion anglais dans la nuit du 8 au 9 décembre 1940.
Arch. dép. des Yvelines (1W71).

Le 26 février 1941, sur le formulaire de « Révision trimestrielle du dossier » de Maurice Lechevallier, à la rubrique « Avis sur l’éventualité d’une mesure de libération », le commissaire spécial, directeur du camp, émet un avis défavorable en s’appuyant sur le constat que cet interné « est resté communiste certain », tout en lui reconnaissant une « attitude correcte » .

Les 5 et 9 mars 1941, le frère et la compagne de Maurice Lechevalier adressent au préfet de Seine-et-Oise une requête dont la nature reste à préciser. Cependant…

Le 27 mars, Marie Farque écrit à la préfecture de police afin de solliciter la libération de Maurice Lechevallier qu’elle désigne comme son mari (elle-même se désignant comme Mme Lechevalier), car son « départ » la laisse dans la gêne, ne touchant aucun secours ni chômage et ne pouvant être aidée par son propre fils, malade et père de deux enfants.

À une date restant à préciser, Maurice Lechevalier demande l’autorisation de se marier à la mairie du village sur le territoire duquel se trouve le camp, en même temps que le jeune interné Gabriel Charpentier, de Goussainville (21 ans).

Le 6 novembre, les deux internés se rendent à la mairie d’Aincourt accompagné d’un inspecteur pour accomplir les formalités administratives préalablement nécessaires.

Aincourt. La mairie-école dans les années 1900. Carte postale, collection Mémoire Vive.

Aincourt. La mairie-école dans les années 1900. Carte postale, collection Mémoire Vive.

Le 21 novembre, le préfet transmet au chef de camp son autorisation pour le double mariage devant être célébré le lendemain au village d’Aincourt, « toutes dispositions habituelles étant, bien entendu, prises pour la surveillance de ces internés ».

Le 22 novembre 1941, « en la maison commune », Louis Victor Lechevalier (sic), 39 ans, « domicilié à Aincourt », épouse sa compagne, Marie Farque, 47 ans. Son premier prénom, Maurice, n’apparaît pas sur l’acte de mariage : avait-il récusé son usage, refusant la référence à la vedette de music-hall ? Leurs témoins sont Albert Huck, ajusteur, domicilié à Issy-les-Moulineaux, et Paul Jules Pierre Hardy, ajusteur « domicilié à Aincourt », qui sera déporté avec lui.

Le 5 mai 1942, Maurice Lechevalier fait partie d’un groupe de détenus transférés au camp français (CSS) de Voves (Eure-et-Loir – 28). Il est enregistré sous le matricule n° 375 dans ce camp où il ne reste que cinq jours.

Le 10 mai, il fait partie des 81 internés remis aux “autorités d’occupation” à la demande de celles-ci et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Maurice Lechevalier est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ».  « Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »  Carte postale. Collection mémoire Vive. Photo : Stanislas Mucha.

Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». « Arbeit macht frei » (« Le travail rend libre »).
Carte postale. Collection mémoire Vive. Photo : Stanislas Mucha.

Le 8 juillet 1942, Maurice Lechevalier est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45748 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau ; alors choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » – le génocide des Juifs européens -, ce site en construction présente un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires. À leur arrivée, les “45000” sont répartis dans les Blocks 19 et 20 du secteur B-Ib, le premier créé.

Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp). Puis ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet, après l’appel du soir – l’ensemble des “45000” ayant passé cinq jours à Birkenau -, une moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I). Il est probable que Maurice Lechevalier soit affecté à Auschwitz-I ; en effet, son nom est inscrit sur un registre du Block 28 faisant partie de l’hôpital du camp-souche. faisant partie de l’hôpital du camp-souche, arrivant du Block 19.

Le 26 août, il est inscrit sur le registre du Block 21 (diagnostic à décrypter…).

Maurice Lechevalier meurt à Auschwitz le 2 novembre 1942, selon l’acte de décès établi par l’administration SS du camp (Sterbebücher). Le motif donné pour sa mort est « pneumonie » (Lungenentzündung).

(aucun des douze “45000” de Puteaux n’a survécu)

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 383 et 410.
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris), Service de la mémoire et des affaires culturelles, Le Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis) : dossier individuel du cabinet du préfet (1 W 513-135901) ; registre de main courante du commissariat de Puteaux du 28 octobre 1939 au 29 septembre 1940 (C B 90-30), acte n° 1407.
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux : centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1w74 (révision trimestrielle), 1w76, 1w80, 1w99 et 1w131 (dossier individuel).
- Emmanuel Couesnon, maire d’Aincourt (2019), copies du registre d’état civil (actes 18/4 et 18/5 du 22-11-1941), transmises par Philippe Lesieur, de Mémoire d’Aincourt.
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des registres du camp conservés aux Archives départementales d’Eure-et-Loir.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 702.
- Acte de décès à Auschwitz (38546/1942), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Office for information on former prisoners).
- Christian Parent, petit-neveu de Maurice Lechevallier : acte de naissance, matricule militaire et tableau généalogique ; copie du dossier d’homologation dans la Résistance intérieure française (RIF) au Service historique de la Défense (château de Vincennes, Val-de-Marne).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 20-08-2019)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

Notes

[1] Puteaux : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert effectif en janvier 1968).