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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Maurice, Édouard, GUY naît le 18 septembre 1900 dans le village de Montchauvet (Yvelines – 78), au sein d’une famille de cultivateurs, Léopold Guy et Maria Descaves. Dans la maison habitent ses grands-parents, Léopold Guy, 57 ans, et son épouse, Céline Dandrieux, 55 ans, avec leur fils Albert, 21 ans, leur fille Léopoldine, 18 ans, et enfin le fils cadet, Félix, 15 ans, désigné comme ouvrier agricole.

Domicilié à Gennevilliers [1] après la Grande Guerre (?), ajusteur-outilleur de profession, licencié pour avoir dirigé plusieurs grèves, Maurice Guy devient chauffeur de taxi, puis concierge.

Le 1er mars 1924 à Gennevilliers, il se marie avec Suzanne Truffy. Ils ont un enfant.

Communiste depuis 1922, Maurice Guy est responsable du Syndicat des Métaux CGT de Gennevilliers, puis des conducteurs de taxis.

Il est élu conseiller municipal lors du scrutin de 1934, réélu le 5 mai 1935 et anime les Œuvres sociales à la mairie.

Le 9 février 1940, il est déchu de ses mandats « pour appartenance au Parti communiste ».

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Le Populaire, quotidien édité par la SFIO, 
édition du 17 février 1940. 
Archives de la préfecture de police, Paris.

Au moment de son arrestation, Maurice Guy est domicilié au 70, rue du Ménil à Asnières-sur-Seine [1] (Hauts-de-Seine – 92). Il est concierge.

Sous l’occupation, la police française le considère comme un « agent actif de la propagande clandestine ».

Le 5 octobre 1940, Maurice Guy est arrêté à son domicile lors de la grande vague d’arrestations ciblées organisée dans les départements de la Seine et de la Seine-et-Oise par les préfets du gouvernement de Pétain à l’encontre des responsables communistes de la région parisienne avant guerre (élus, cadres du PC et de la CGT) ; action menée avec l’accord de l’occupant. Après avoir été regroupés en différents lieux, 182 militants de la Seine sont conduits le jour-même en internement administratif au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise – 95), créé à cette occasion dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt.

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Centre de séjour surveillé d’Aincourt. Plan de l’enceinte 
montrant les points d’impact après le bombardement 
par un avion anglais dans la nuit du 8 au 9 décembre 1940. 
Arch. dép. des Yvelines, cote 1W71.

Le 4 décembre, Maurice Guy fait partie d’un groupe d’une centaine d’internés « choisis parmi les plusdangereux » transférés, par mesure préventive ou disciplinaire (?), à la Maison centrale de Fontevraud-L’Abbaye [2], près de Saumur (Maine-et-Loire – 49) ; leur transport s’effectue en car et sous escorte. Les détenus sont enfermés dans une grande salle commune de la Centrale. Ils apprennent que 70 communistes purgent une peine dans le secteur carcéral, parmi lesquels une vingtaine de jeunes.

À la fin décembre probablement, le maire de Mulcent, petit village voisin de Montchauvet, écrit à G. F. Bergery, ambassadeur de France, afin que celui-ci intercède en faveur de la libération de Maurice Guy. Le 3 janvier 1942, le haut fonctionnaire transmet cette requête au préfet de Seine-et-Oise, qui lui répond quelques jours plus tard que l’interné ne se trouve plus dans son département et que la décision d’internement est venue du préfet de police de Paris : une intervention n’est donc pas de son ressort.

Le 20 janvier 1941, sans être informés de leur destination, la même centaine d’internés de Fontevraud est conduite à la gare de Saumur où les attentent deux wagons de voyageurs à destination de Paris-Austerlitz. À leur arrivée, ils sont conduits à la gare de l’Est. Ils y rejoignent 69 autres militants communistes en attente de transfert.

Ce nouveau convoi les amène à la gare de Clairvaux (Aube – 10) d’où ils sont conduits – par rotation de vingt détenus dans un unique fourgon cellulaire – à la Maison centrale de Clairvaux.

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Clairvaux. La Maison centrale après-guerre. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Une fois arrivés, la direction les contraint à échanger leurs vêtements civils contre la tenue carcérale, dont un tour de cou bleu (“cravate”) et un béret. Ceux qui refusent sont enfermés une nuit en cellule (“mitard”), tandis que la plupart sont assignés à des dortoirs. Rejoints par d’autres, ils sont bientôt 300 internés politiques.

Le 14 mai, Maurice Guy fait partie – avec Joseph Biffé – des 90 détenus transférés au camp de Choisel à Châteaubriant (Loire-Atlantique – 44), parmi lesquels plusieurs seront fusillés le 22 octobre : Guy Môquet, Charles Michels, Jean Poulmarch, Jean-Pierre Timbault, Maurice Ténine, Auguste Pioline… Selon un courrier officiel, ce convoi est « uniquement composé des principaux meneurs considérés comme dangereux à la maison centrale ». Maurice Guy y est enregistré sous le matricule 638.

A une date restant à préciser, il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Maurice Guy est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Maurice Guy est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45647 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Maurice Guy.

Il meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942, d’après les registres du camp ; alors qu’a lieu une grande sélection des “inaptes au travail” à l’intérieur du camp au cours de laquelle 146 des “45000” sont inscrits sur les registres de décès en deux jours (probablement gazés [3]).

Le 20 octobre 1944, ignorant son décès, le Comité local de Libération le nomme membre de la Délégation spéciale (conseil municipal provisoire). Il est homologué comme “Déporté politique”.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès [4] (J.O. du 16-07-1994).

Son nom est inscrit sur la plaque commémorative dédiée aux Conseillers municipaux morts pour la France (hall de la Mairie de Gennevilliers).

Un stade de Gennevilliers rappelle sa mémoire.

Une brochure publiée après la Libération le décrit «  simple, vif, plein d’entrain, militant tout au service de la classe ouvrière et de son Parti ».

Sources :

- Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, tome 31, page 172. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 127 et 128, 150 et 153, 356, 380 et 418. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” des Hauts-de-Seine nord (2005), citant : Archives de Gennevilliers (liste de déportés, noms de rues, biographie) – Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier national). 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “Occupation allemande” : BA 2374 (« militants communistes internés adm. par la PP à la MC de Clairvaux et transférés le 14 mai 1941 au CSS de Chateaubriant (L-I.) ») ; carton “PC” n°VII, A.S. du 20 décembre 1940 sur le CSS d’Aincourt. 
- Archives départementales des Yvelines, site internet, recensement de Montchauvet en 1901 (vue. 10/14-15). 
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cote 1W121 (dossier individuel). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 415 (31439/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 20-12-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Gennevilliers : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Fontevraud-L’Abbaye, souvent orthographié Fontevrault-L’Abbaye au 19e siècle.

[3] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail” (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code 14 f 13). Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.

[4] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ. Concernant Maurice Guy, c’est le 31 décembre 1942 qui a été retenu pour certifier son décès. Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.