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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Maurice, Omer, Dadé naît le 9 septembre 1896 à La Belliole (Yonne – 89), chez ses parents, Arthur Dadé, 29 ans, cafetier, et Amélie Méry, 22 ans, son épouse, épicière.

Très jeune, Maurice Dadé travaille comme cultivateur, métier qu’il continuera à exercer.

Le 12 avril 1915, après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, il est mobilisé comme cavalier de 2e classe à la 12e compagnie du 1er régiment de Cuirassiers. Il est présent sur le front du 8 mars 1917 au 11 novembre 1918. Envoyé en congé définitif de démobilisation le 24 septembre 1919, il se retire rue du Pont (ou du Port) à Bray-sur-Seine (Seine-et-Marne), avec un certificat de bonne conduite.

Dès octobre de la même année, Maurice Dadé habite à Villiers-Louis (89). Le 24 janvier 1920, il déclare être domicilié à Chigy (89), puis, en juin suivant, il retourne à Villiers-Louis.

Le 22 avril 1922, à Villeneuve-la-Guyard (89), il se marie avec Lucienne Percheron. À partir de cette date, ou un peu avant, il habite dans cette commune.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 11, rue Blanche à Villeneuve-la-Guyard.

Le 2 septembre 1939, il est rappelé à l’activité militaire par le décret de mobilisation générale. Affecté à l’atelier de chargement de Saint-Florentin, 5e compagnie d’ouvriers de renforcement, groupe 81, il arrive au corps le 5 septembre. Le 10 mai 1940, classé travailleur militaire, il passe à la compagnie 8/11 du 8 B.O.A. Il est démobilisé le 28 août suivant.

Maurice Dadé est arrêté après le 21 juin 1941, dans le cadre de l’Aktion Theoderich [1], parmi onze militants communistes de l’Yonne.

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À gauche, la gendarmerie. Cette brigade a-t-elle participé 
à l’arrestation de Maurice Dadé ? Carte postale éditée 
à une date inconnue. Collection Mémoire Vive.

Probablement connaît-il le même parcours que Georges Varenne, instituteur révoqué de Laroche-Saint-Cydroine, qui est détenu successivement à Troyes et à Auxerre, puis transféré 12 juillet 1941, avec d’autres détenus, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60) administré et gardé par laWehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

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Le camp vu depuis le mirador central. 
Les “politiques français” étaient dans le secteur constitué 
par la ligne de bâtiments de gauche (“camp communiste”) 
Photo Hutin, Compiègne, carte postale. Droits réservés.

Entre fin avril et fin juin 1942, Maurice Dadé est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Maurice Dadé est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45417 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Maurice Dadé.

Il meurt à Auschwitz le 25 août 1942, d’après les registres du camp [2].

Aucun des trois déportés “45000” de l’Yonne n’est revenu.

Le nom de Maurice Dadé est inscrit sur le Monument aux morts de Villeneuve-la-Guyard, situé sur la route de Misy-sur-Yonne, avant le pont sur le chemin de fer.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 2-02-1988).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 127 et 128, 380 et 400. 
- Archives départementales de l’Yonne, archives en ligne ; état civil de La Belliole, registre des naissancel de l’année 1896, acte n° 7 (cote 5 Mi 1251/ 11 , vue 81/90) ; registre matricule du recrutement militaire pour l’année 1916, bureau de Sens, cote 1 R 769 N° 501-791, matricule 527 (vues vues 58-59/691). 
- Archives départementales de Côte-d’Or, Dijon (cote 1630, article 252) : « arrestations par les autorités allemandes-correspondances » (liste de l’Yonne, n° 5). 
- Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué). 
- Site Mémorial GenWeb, 89-Villeneuve-la-Guyard, relevé de Christian Prunier (05-2004).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 25-04-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous dispose (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] L’ “Aktion Theoderich : L’attaque de l’Union soviétique, le 22 juin 1941, se fait au nom de la lutte contre le “judéo-bolchevisme”. Dès mai 1941, une directive du Haut-commandement de la Wehrmacht pour la “conduite des troupes” sur le front de l’Est définit le bolchevisme comme «  l’ennemi mortel de la nation national-socialiste allemande. C’est contre cette idéologie destructrice et contre ses adeptes que l’Allemagne engage la guerre. Ce combat exige des mesures énergiques et impitoyables contre les agitateurs bolcheviks, les francs-tireurs, les saboteurs et les Juifs, et l’élimination allemande de toute résistance active ou passive. » Hitler est résolu à écraser par la terreur – à l’Ouest comme à l’Est – toute opposition qui viendrait entraver son effort de guerre. Le jour même de l’attaque contre l’Union soviétique, des mesures préventives sont prises dans les pays occupés contre les militants communistes – perquisitions à leur domicile et arrestations – et des ordres sont donnés pour punir avec la plus extrême sévérité toute manifestation d’hostilité à la puissance occupante.

En France, dans la zone occupée, au cours d’une opération désignée sous le nom de code d’Aktion Theoderich, plus de mille communistes sont arrêtés par les forces allemandes et la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne, créé à cette occasion pour la détention des « ennemis actifs du Reich » sous l’administration de la Wehrmacht.

Au total, 1300 hommes y seront internés à la suite de cette action. 131 d’entre eux, arrêtés entre le 21 et le 30 juin, font partie de ceux qui seront déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.

[2] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil en France :

Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

S’agissant de Maurice Dadé, c’est le mois de novembre 1942 qui a été retenu pour certifier son décès. Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.