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IDENTIFICATION INCERTAINE…
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Maurice, Jacques, Cartron naît le 20 ou 21 mars 1921 à Paris (75), fils de Marcel Cartron et de Marie Antoinette Soulié (laquelle sera décédée au moment de son arrestation).

Pendant un temps, il habite chez ses grands-parents à Billac (Corrèze) ; orthographié Bilhac à partir de 2007.

À partir d’octobre 1935 et jusqu’à son arrestation, il est domicilié chez sa tante, Madame Delpeuch, concierge de l’immeuble du 5, rue Garancière à Paris 6e, au chevet de l’église Saint-Sulpice. Il est célibataire.

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Paris. La rue Garancière dans les années 1900.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Maurice Cartron est mécanicien-dentiste de formation. À partir de l’été 1938, il travaille chez un chirurgien-dentiste dont le cabinet est situé au130, rue du Faubourg-Saint-Honoré.

Sous l’occupation, du mois de mai 1941 jusqu’à son arrestation, il est employé de bureau dans l’administration du commissariat général aux questions juives, au 1 place des Petits-Pères (Paris 2e), dépendant du ministère des Finances.

Il est alors inconnu des services de police (Renseignements généraux). Dans un rapport ultérieur, il est présenté comme étant au privé « exalté et d’un caractère peu sociable ».

Le 28 juin 1941, à 21 heures, il est appréhendé par des gardiens de la paix en civil du commissariat de police du quartier Odéon au moment où il sort du débit de boisson La Bonbonnière, sis au 97 boulevard Saint-Germain, dans lequel il vient de tenir des propos provocateurs. « Je suis communiste. Moi et les jeunes communistes nous ne faisons qu’un. j’ai fait de la propagande et, pour l’instant, je me contente d’entretenir l’ardeur de mes jeunes camarades. Mais attendez, un jour viendra où nous pourrons parler un peu plus haut. Il nous faudra foutre d’abord les flics dans un trou et alors, là, nous ferons notre révolution à nous ». Interpellé, il reconnaît s’être vanté d’être communiste, mais nie avoir tenu les autres propos qui lui sont imputés. Fouillé, il n’est trouvé porteur d’aucun document et la perquisition effectuée à son domicile reste infructueuse. Envoyé au Dépôt, à la disposition du procureur de la République, sous l’inculpation d’infraction à l’article 3 du décret du 26 septembre 1939 (diffusion de mots d’ordre de la IIIe Internationale), il est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e), dès le lendemain.

Le 11 juillet suivant, Maurice Cartron comparaît – seul – devant la 12e chambre du tribunal correctionnel de la Seine pour « propagande communiste et outrage » qui le condamne à trois semaines d’emprisonnement. Il fait appel de sa condamnation auprès du procureur de la République. Le lendemain, il est conduit à la Maison d’arrêt de Fresnes (Seine / Val-de-Marne). Le 20 juillet, il est libéré.

À partir du 8 septembre, il reprend son activité de mécanicien-dentiste dans un cabinet situé au 38 ter, rue Alphonse-Pothier, au Vésinet (Seine-et-Oise).

Le 24 octobre 1941, la section de la cour d’appel de Paris « considérant qu’il ne résulte pas de preuve que l’inculpé se soit livré depuis moins de dix ans dans le département de la Seine à une activité ayant pour but de propager les mots d’ordre de la IIIe Internationale, le relaxe, le condamne aux dépens, et se déclare incompétente pour le deuxième chef d’accusation ».
Le 28 avril 1942, Maurice Cartron est arrêté par « un inspecteur de la police française, accompagné d’un soldat allemand », lors d’une grande vague d’arrestations (397 personnes) organisée par « les autorités d’occupation » dans le département de la Seine, et interné le même jour au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Le camp vu depuis le mirador central.  Les “politiques français” étaient dans le secteur constitué par la ligne de bâtiments de gauche (“camp communiste”)  Photo Hutin, Compiègne, carte postale. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Le camp vu depuis le mirador central.
Les “politiques français” étaient dans le secteur constitué par la ligne de bâtiments de gauche (“camp communiste”)
Photo Hutin, Compiègne, carte postale. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne, installés sur une voie de la gare de marchandise d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Maurice Cartron est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I). Il est blond, de corpulence moyenne et mesure 1m 70, selon le témoignage de son épouse ; description compatible avec la photo d’immatriculation à Auschwitz du matricule 45337, numéro correspondant à l’ordre alphabétique dans la liste du convoi reconstituée par Claudine Cardon-Hamet.

Maurice Cartron meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp, alors qu’a lieu une grande sélection des “inaptes au travail” à la suite de laquelle 146 des “45000” sont inscrits sur leregistre des décès en deux jours (probablement gazés [1]). Il a vingt-et-un ans.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 7-08-2007).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 150 et 153, 371 et 398.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Paris (2002), citant : témoignage de sa femme (date ?), Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (dossier individuel).
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris), site du Pré-Saint-Gervais ; archives du cabinet du préfet (1W610), dossier de Cartron Maurice (26881).
- Archives de Paris ; archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du greffe du 5 juin au 22 septembre 1941 (D1u6-5857).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 158 (31618/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 14-09-2016)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail” (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code 14 f 13). Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.