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IDENTIFICATION INCERTAINE…
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Maurice, Charles, Billard naît le 29 juillet 1900 à Paris 20e (75), chez ses parents, Jean Billard, 35 ans, graveur, et Pauline Comte, son épouse, 30 ans, domiciliés au 226, rue des Pyrénées.

Le 13 mars 1920 à Paris 13e, il épouse Marie Basset.

Le 14 juin 1934 à Marly-le-Roi (“Seine-et-Oise”), il se marie avec Madeleine Hallier, née le 11 janvier 1908 à Saint-Germain-en Laye, laquelle a deux enfants jumeaux issus d’un premier mariage : Jean-Louis et André Amyot, âgés de neuf ans. Maurice et Madeleine Billard ont ensemble quatre autres enfants : Claude, né vers 1936, Claudine, née vers 1937, Paul, né vers 1938, et Lucy née vers 1939.

Au moment de l’arrestation du chef de famille, celle-ci est domiciliée au 20, parc des Roses (ou cité des Roses) au Trait (Seine-Maritime [1] – 76), sur la Seine, 25 km à l’ouest de Rouen. Il a six enfants.

Ouvrier, il est peintre ou métallurgiste – selon les sources.

Membre des Jeunesses communistes depuis 1936, il est également à la CGT. Il est connu comme communiste par le SD [2].

En octobre 1940, sous la direction de Georges Déziré, les militants du Trait tentent de reconstituer une cellule locale du Parti communiste interdit. La première réunion a lieu dans la cave de Maurice Billard et la deuxième chez René Demerseman. Au cours de celle-ci, est établie une liste de sympathisants à contacter. Mais la brigade de police mobile de Rouen arrête le nouveau secrétaire de cellule. Au cours de son interrogatoire, celui-ci fait le récit des deux premières réunions… et donne des noms.

Le 29 octobre au plus tard, un mandat d’amener est « décerné » contre Maurice Billard par le Parquet de Rouen.

Le 11 novembre, une perquisition opérée à son domicile par la 3e brigade de police judiciaire de Rouen amène la découverte et la saisie de « diverses brochures et tracts relatifs à la propagande en faveur du parti communiste ».

Le 25 novembre, celui-ci est arrêté dans la Vallée de Chevreuse (Seine-et-Oise), où il est en déplacement, par la 1ère brigade de police judiciaire de Paris.

Le 15 février 1941, la section spéciale de la Cour d’appel de Rouen condamne quatorze militants à plusieurs mois de prison chacun pour « reconstitution de ligue dissoute » (par défaut pour quatre d’entre-eux ayant échappé aux arrestations, dont Georges Déziré). Maurice Billard est condamné à 18 mois d’emprisonnement et 100 francs d’amende, comme René Demerseman. Comme lui, il est écroué à la Maison d’arrêt “Bonne-Nouvelle” de Rouen.

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Rouen, la prison Bonne-Nouvelle. 
Carte postale des années 1900.

Il est possible qu’un jugement prononcé en appel le 26 mars suivant vienne confirmer le premier jugement…

Le 4 août 1941, répondant à une note du préfet de Seine-Inférieure datée du 22 juillet, le commissaireprincipal de police spéciale de Rouen transmet à celui-ci une liste nominative de 159 militants et militantes communistes de son secteur dont il préconise de prononcer l’internement administratif dans un camp de séjour surveillé, tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et « par tous les moyens ». Parmi eux, Maurice Billard, « actuellement en prison, à interner à sa sortie »…

À la suite de l’attentat contre la librairie allemande de Rouen en novembre 1941 [3], il est désigné comme otage par les autorités d’occupation.

Le 25 mai 1942, à l’expiration de sa peine, Maurice Billard n’est pas libéré.

Le 31 mai, il est remis aux autorités allemandes à leur demande et interné au camp de Royallieu à Compiègne [4] (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Maurice Billard est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande, en application d’un ordre de Hitler.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Maurice Billard est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) peut-être sous le numéro 45249, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule a été retrouvée, mais n’a pu être identifiée à ce jour).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Maurice Billard meurt à Auschwitz le 15 septembre 1942, selon les registres du camp ; « accidentellement, en tombant », selon le témoignage d’un rescapé.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 10-09-1987).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 376 et 395. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Seine-Maritime réalisée à Rouen en 2000, citant : Liste d’otages de Rouen, Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), Paris – Liste établie par la CGT – Mairie du Trait (communication 26/5/1992) – Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen. 
- Louis Eudier (45523), listes à la fin de son livre Notre combat de classe et de patriotes (1939-1945), imprimerie Duboc, Le Havre, sans date (2-1973 ?). 
- Archives départementales de Paris, site internet, archives en ligne, registre des naissances du 20e arrondissement à la date du 31-07-1900 (cote V4E 10783), acte n° 2897 (vue 29/31). 
- Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen, site de l’hôtel du département, cabinet du préfet 1940-1946, individus arrêtés par les autorités de Vichy ou par les autorités d’occupation, dossiers individuels de Aa à Bl (cote 51 W 410), recherches conduites avec Catherine Voranger, petite-fille de Louis jouvin (“45697”). 
- Archives nationales, correspondance de la Chancellerie sur des procès pour propagande et activité communistes, BB18 7042, cote 2BL 2038, et BB18 7042. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 91 (30685/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 18-05-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[2] SD : Sichereitsdienst , service de renseignement de la SS, travaillant avec la Gestapo (police de sécurité).

[3] L’attentat contre la librairie allemande de Rouen : selon Albert Ouzoulias : « Le 28 novembre (1941), Lefebvre (Marc), un jeune cheminot breton qui travaille à Sotteville, lance une bombe dans la vitrine de la librairie allemande de Rouen, rue Jeanne-d’Arc ; l’engin a été confectionné avec un bout de tube de chaudière de locomotive du dépôt de Sotteville. » in Les Bataillons de la Jeunesse, 1967, p. 200. … ce qui explique la désignation comme otages de militants arrêtés dans ce secteur (la date du 26 novembre est aussi donnée).

[4] Sous contrôle militaire allemand, le camp de Royallieu a d’abord été un camp de prisonniers de guerre (Frontstalag 122), puis, après l’invasion de l’URSS, un « camp de concentration permanent pour éléments ennemis actifs du Reich ». À partir de septembre 1941, on y prélève – comme dans les autres camps et prisons de zone occupée – des otages à fusiller. À partir du 12 décembre 1941, un secteur du sous-camp C est réservé aux Juifs destinés à être déportés à titre de représailles. Le camp des Juifs est supprimé le 6 juillet 1942, après le départ de la plupart de ses internés dans le convoi transportant les otages communistes vers Auschwitz. Les derniers détenus juifs sont transférés au camp de Drancy (Seine-Saint-Denis – 93).