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IDENTIFICATION INCERTAINE…
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Martial, Alexandre, Georget naît le 28 février 1910 à Crézancy (Aisne – 02), près de Château-Thierry (mais sur la rive opposée de la Marne), de Paul Georget et Léontine Lhomer.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 24, rue Anatole-France à Alfortville [1] (Val-de-Marne – 94).

Il est métallo, manœuvre (quelle entreprise ?).

Membre du Parti communiste, il est pendant un temps « trésorier de la section locale des Métaux d’Ivry-sur-Seine ».

Sous l’occupation, la police française le considère comme un « meneur très actif ».

Le 15 octobre 1940, à Charenton, il participe à une action de propagande qui reste à préciser ; peut-être est-il pris en flagrant délit.

Le 17 octobre, inculpé d’infraction au décret du 26-09-1939, il est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e). Le 22 octobre, la 12e chambre du Tribunal correctionnel de la Seine le condamne à 15 mois de prison pour « propagande communiste ». Le 16 décembre, la 10e chambre de la Cour d’appel de Paris confirme le 1er jugement. Le 23 décembre, Martial Georget est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes [1] (Val-de-Marne – 94).

Que se passe-t-il ensuite ? Est-il libéré pour un motif particulier ou arrive-t-il à s’échapper ?

Le 8 mars 1941, un juge d’instruction du tribunal de première instance de la Seine l’inculpe encore une fois d’infraction au décret du 26-9-1939 et le fait de nouveau écrouer à la Santé. Vingt-deux personnes prises dans la même affaire sont inculpées pour le même motif, dont Lucien Tourte et Félix Vinet (au cours de l’instruction, il y aura disjonction de l’affaire et Félix Vinet sera jugé séparément avec une autre personne).

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Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er. 
Tribunal correctionnel, un des porches du rez-de-chaussée. 
(montage photographique)

Le 29 avril 1941, Martial Georget est parmi les vingt co-inculpés qui comparaissent devant la 12e chambre du Tribunal correctionnel de la Seine. Lui-même est condamné de nouveau à 18 mois de prison, la confusion des peines ayant été prononcée (à vérifier…). Il se pourvoit en appel auprès du procureur de la République. Le 3 juin, Martial Georget est transféré à Fresnes.

Le 28 juillet, la 10e chambre de la Cour d’appel de Paris réduit la condamnation à quinze mois de prison et maintient la confusion.

À l’expiration de sa peine, le 24 septembre, Martial Georget n’est pas libéré : le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif. Probablement transféré le jour-même, Martial Georget est ensuite détenu au dépôt de la préfecture de police de Paris (Conciergerie, sous-sol du Palais de Justice , île de la Cité).

Le 10 novembre, il fait partie des 58 militants communistes transférés depuis le dépôt au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne – 86).

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Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”, 
vu du haut d’un mirador. Date inconnue. 
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village. 
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne), 
Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 22 mai 1942, il fait partie d’un groupe de 156 internés – dont 125 seront déportés avec lui – remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Martial Georget est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Martial Georget est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45592, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule a été retrouvée, mais n’a pu être identifiée à ce jour).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Martial Georget se déclare sans religion (Glaubenslos) -, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Martial Georget.

Il meurt à Auschwitz le 28 août 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp.

Sur les listes électorales d’Alfortville de 1946, Martial Georget est déclaré décédé (tampon), mais on y trouve trois autres Georget, ouvriers, nés à Crésancy : des parents ? Sur une liste des déportés d’Alfortville établie ultérieurement (après 1987) par la section locale de la Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP), est inscrit un Georget Martial « surnommé “Barbouille” », « rentré et décédé peu de temps après ».

Le nom de Martial Georget est inscrit sur une plaque apposée dans le square de la Mairie (contenu ?).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 387 et 405. 
- Archives municipales d’Alfortville, recherches menées par Corinne Nortier. 
- Archives de Paris, registre du greffe du tribunal correctionnel de la Seine, D1u6 5849. 
- Archives Départementales du Val-de-Marne, Maison d’arrêt de Fresnes, dossier des détenus “libérés” du 1er au 30-09-1941, cote 511w22. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA 2374 (camps d’internement…) ; BA 2397 (liste des internés communistes, 1939-1941). 
- Mémorial de la Shoah, Paris, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; liste XLI-42, n° 86. 
- Archives départementales de la Vienne, cote 109W75 (camp de Rouillé). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 343 (25135/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 9-08-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).