Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Paul, Marius, Zanzi naît le 5 avril 1906 à Anould (Vosges – 88).

Au moment de son arrestation, il est domicilié à Saint-Dié (88) ; son adresse reste à préciser.

Cafetier, Marius Zanzi est patron de brasserie.

Sous l’occupation, demeurant près de la nouvelle frontière avec le Reich, Marius Zanzi aide des prisonniers de guerre français évadés à revenir en France.

À des dates et pour un motif restant à préciser, il est arrêté puis finalement interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Marius Zanzi est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Marius Zanzi est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46266 (ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Marius Zanzi est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier).

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Portail du sous-camp de Birkenau, secteur B-Ia, semblable
à celui du secteur B-Ib par lequel sont passés tous les “45000”.

À un moment, Marius Zanzi se trouve dans le même Kommando que David Badache, Henri Hannhart et Aimé Oboeuf : ils doivent décharger des sacs de ciment venus de Belgique et les porter jusqu’au sixième étage à l’intérieur d’un bâtiment, sous les coups de kapos polonais qui vont jusqu’à tuer quatre de leurs camarades.

À un autre moment, il a Ernest Pignet, d’Albert (Somme – 80) pour « chef de chantier ». Mais celui-ci contracte le typhus et est gazé.

Le 17 ou 18 mars 1943, Marius Zanzi fait partie des dix-sept “45000” rescapés de Birkenau conduits à Auschwitz-I (en tout, 24 survivants sur 600 !).

En juillet 1943, la plupart des détenus “politiques” français d’Auschwitz (essentiellement des “45000”) reçoivent l’autorisation d’écrire – en allemand et sous la censure – à leur famille et d’annoncer qu’ils peuvent recevoir des colis (à vérifier le concernant…).

À la mi-août 1943, Marius Zanzi est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) au premier étage du Block 11 – la prison du camp – pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11.

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Auschwitz-I. La cour séparant le Block 10 – où se pratiquaient
les expérimentations “médicales” sur les femmes détenues –
et le Block 11, à droite, la prison du camp, avec le 1er étage
de la “quarantaine”. Au fond, le mur des fusillés.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Au début d’octobre, Marius Zanzi et Roger Pourvendier, de Caen, déclarent la malaria, avec de fortes fièvres. Ils sont hospitalisés pendant environ trois semaines avant de revenir au Block 11. Mais, le 25 novembre, le commandant du camp fait recenser les détenus atteints de cette maladie pour les faire transférer au KL Majdanek, près de Lublin : les deux hommes doivent quitter leurs camarades.

Dans cet autre camp, Marius Zanzi est témoin de la mort de Roger Pourvendier, de Caen, le 25 janvier 1944.

Devant l’avancée des troupes soviétiques, les détenus de Majdanek qui ne sont pas massacrés sur place(mesure qui concerne essentiellement les détenus Juifs) sont évacués vers Auschwitz.

Marius Zanzi annonce alors la mort de Roger Pourvendier à l’oncle de celui-ci, Marcel Cimier.

Le 15 août, Marius Zanzi fait partie d’un groupe de détenus transférés au KL [1] Flossenbürg (matr. 17342) ; quinze jours avant que d’autres “45000” y soient conduits à leur tour. Là, il est placé au Block des contagieux.

Les conditions de sa libération et de son rapatriement restent à préciser.

À son retour, il retrouve Saint-Dié « complètement incendiée » et sa brasserie détruite, mais ses proches sont en bonne santé. Il se réinstalle à Romilly-sur-Seine (Aube – 10) en attendant la reconstruction de son établissement : hôtel central, Zanzi-bar, 30, rue Cornet-Bivin.

Le 12 mars 1946, il écrit à Flora Pignet, domiciliée à Albert (Somme) pour attester de la mort d’Ernest et René Pignet, respectivement son mari et son fils.

Marius Zanzi décède le 8 août 1971, à 65 ans.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 89, 192, 252, 318, 346 et 348, 359, 380 et 423.
- Cl. Cardon-Hamet, Mille otages pour Auschwitz, Le convoi du 6 juillet 1942 dit des “45000”, éditions Graphein, Paris nov. 2000, page 460.
- Message de François Tomeno (01-2006).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 27 novembre 2007)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous dispose (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”.