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IDENTIFICATION INCERTAINE…
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Edmond, Marius, Barbier naît le 20 décembre 1900 à Verzenay (Marne – 51), au domicile de ses parents, Eugène Barbier, 37 ans, vigneron, et Eugénie Bouvin, son épouse, 36 ans, vigneronne, demeurant rue du Paradis.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 92-94, avenue des Rosiers à Saint-Ouen [1] (Seine-Saint-Denis – 93). Il est alors déclaré comme employé à la mairie de Bobigny (93) (comme André Cayzac ? vérifier…).

Pendant la guerre d’Espagne, il s’engage dans les Brigades internationales pour défendre la République espagnole contre la rébellion du général Franco soutenue militairement par Hitler et Mussolini.

(il est possible qu’il se marie à Bobigny le 2 mars 1939 ; à vérifier…)

Sous l’occupation, la police française le considère comme un « Meneur communiste très actif, ancien combattant dans les Brigades internationales en Espagne, élément dangereux ».

Le 3 janvier 1941 – date qui est probablement celle de son arrestation – le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif.

Le 17 janvier, Marius Barbier fait partie d’un groupe de 24 militants communistes conduits au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise – 95), créé en octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt. Pendant un temps, il est assigné à la chambre n° 46.

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Centre de séjour surveillé d’Aincourt. Plan de l’enceinte 
montrant les points d’impact après le bombardement 
par un avion anglais dans la nuit du 8 au 9 décembre 1940. 
Arch. dép. des Yvelines, cote 1W71.

En juin 1941, le bureau de censure de l’administration du camp intercepte la lettre datée du 11 juin qu’adresse à Marius Barbier un ami nommé « Coco » – est-ce un clin d’œil ? – de Saint-Ouen, lequel a précédemment reçu plusieurs lettres de lui et s’apprête à lui envoyer un colis de nourriture. Marius Barbier ayant fait état à plusieurs reprises de bruits courants à Aincourt sur de possibles libérations, son correspondant rapporte les propos anticommunistes récemment tenus à la radio par l’amiral Darlan : « C’est de leur faute si nous en sommes à ce point-là et c’est aussi de leur faute si nous y resterons » [sic].

Le 6 septembre 1941, Marius Barbier est parmi les 150 détenus d’Aincourt (dont 106 de la Seine) transférés au camp français (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne – 86), pour l’ouverture de celui-ci.

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Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”, 
vu du haut d’un mirador. Date inconnue. 
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village. 
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne), 
Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 9 février 1942, Marius Barbier est parmi les 52 « communistes » (dont 36 seront déportés avec lui) remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits par des Feldgendarmes à la gare de Poitiers. Enfermés dans deux wagons à bestiaux, ils sont transférés – via Paris – au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager).

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La caserne de Royallieu après-guerre. Les huit premiers 
bâtiments alignés à gauche sont ceux du quartier “A”, 
désigné pendant un temps comme le “camp des communistes”. 
À l’arrière plan, sur l’autre rive de l’Oise, 
l’usine qui fut la cible de plusieurs bombardements 
avec “dégâts collatéraux” sur le camp. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Marius Barbier est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45197, selon les listes reconstituées (la photo d’immatriculation correspondant à ce matricule a été retrouvée, mais n’a pu être identifiée à ce jour).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Marius Barbier se déclare sans religion (Glaubenslos) -, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Marius Barbier.

Il meurt à Auschwitz le 3 octobre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp [2].

Son nom est inscrit sur la plaque apposée dans le hall de la mairie de Bobigny et dédiée par la section syndicale du personnel « à la mémoire des employés communaux morts en déportation, victimes du militarisme allemand ».

À Saint-Ouen, son nom est inscrit sur la stèle érigée en « Hommage aux résistants, femmes, hommes, déportés à Auschwitz-Birkenau ».

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Le monument dédié aux dix-sept “45000” de Saint-Ouen 
et à Marie-Jeanne Bauer, “31000”, inauguré le 24 avril 2005 
dans le square des 45000 et des 31000.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 30-06-1987).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 127 et 128, 386 et 394. 
- Archives départementales de la Marne (AD 51), site internet, archives en ligne, registre des naissances de Verzenay, année 1900, vue 170/173, acte n° 58. 
- Association Arbre, marne-archives.com (n°3798). 
- Daniel Grason, site Le Maitron, Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, citant notamment Arch. PPo. BA 2113 BA 2114 ; Arch. Mun. Saint-Ouen. – État civil. 
- Archives de la préfecture de police de Paris (PPo.), cartons “occupation allemande” : BA 2374 (camps d’internement…) ; BA 2397 (liste des internés communistes, 1939-1941). 
- Archives départementales des Yvelines(AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cote 1W87 (dossier individuel). 
- Archives départementales de la Vienne, cote 109W75 (camp de Rouillé). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 52 (34128/1942). 
- Site Mémorial GenWeb, 93-Bobigny, relevé de Frédéric Charlatte (11-2007).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 21-11-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Saint-Ouen : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil en France : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

Concernant Marius Barbier, c’est le 15 décembre 1942 qui a été retenu pour certifier son décès.

Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.