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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oswiecim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Marcel, Francis, Eugène, THIBAULT naît le 22 novembre 1898 à Rochefort-sur-Loire (Loire – 42).

À une date restant à préciser, il emménage à Laval (Mayenne – 53) ; son adresse reste à préciser.

Il est postier (?).

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Laval, la Poste sur la place de la mairie. 
Carte postale envoyée en 1949. Collection Mémoire Vive.

C’est un militant syndical et communiste.

En 1934, Marcel Thibault est secrétaire de la commission exécutive du comité antifasciste de Laval (Mayenne), créé à la suite du meeting commun du 12 février et regroupant les organisations de gauche et les syndicats.

Le 5 mai 1935, il est candidat aux élections municipales de Laval sur la liste du Parti communiste (564 voix sur 5668 suffrages exprimés).

Il milite activement pour l’unité d’action contre les décrets-lois. En 1936, il succède à Albert Brossaud au secrétariat de la section mayennaise de la Fédération postale. En avril, il est candidat sans succès aux élections législatives dans la première circonscription de Mayenne (seulement 86 voix sur 13 906 inscrits).

En 1937, il est secrétaire de la section communiste locale. À partir de mars, il s’occupe activement du Comité d’accueil aux enfants d’Espagne. Le 10 octobre 1937, il est candidat sans succès au Conseil général dans le canton de Laval-Ouest.

À des dates et pour un motif restant à préciser, Marcel Thibault est arrêté puis finalement interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Marcel Thibault est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46139 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Marcel Thibault est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

En juillet 1943, la plupart des détenus “politiques” français d’Auschwitz (essentiellement des “45000”) reçoivent l’autorisation d’écrire – en allemand et sous la censure – à leur famille et d’annoncer qu’ils peuvent recevoir des colis (à vérifier le concernant…).

À la mi-août 1943, Marcel Thibault est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) aupremier étage du Block 11, la prison du camp, pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11.

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Auschwitz-I. Le premier étage du Block 11, avec ses fenêtres 
partiellement obstruées. Carte postale. Coll. Mémoire Vive.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp, le SS-Obersturmbannführer Arthur Liebehenschel, – qui découvre leur présence – et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blockset Kommandos d’origine.

Le 3 août 1944, Marcel Thibault est parmi les trois-quarts des “45000” présents à Auschwitz qui sont de nouveau placés en “quarantaine” en préalable à un transfert.

Le 28 août 1944, il est dans le petit groupe de trente-et-un détenus dont vingt-neuf “45000” transférés auKL [1] Flossenbürg (Haut-Palatinat bavarois, proche de la frontière tchèque) et enregistrés dans ce camp le 31 août (M. Thibault : matricule n° 19889).

Le 26 janvier 1945, Roger Pélissou et Marcel Thibault sont transférés à Gusen-II, Kommando du KLMauthausen, où ils arrivent le 1er février.

Marcel Thibault meurt d’épuisement le 15 mai 1945 (avant son rapatriement, dans le camp libéré, selon Cl. Cardon-Hamet ; à son retour en France selon le Maitron). Cette année-là, le 14e congrès de l’Union départementale CGT de Mayenne le nomme « membre d’honneur ».

Marcel Thibault est le seul “45000” domicilié en Mayenne lors de son arrestation.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 2-09-2000).

Sources :

- Jacques Omnès, notice in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, Éditions de l’Atelier/Éditions Ouvrières 1990-1997, CD-rom version 3.61, citant : Arch. Dép. Mayenne, 1 W 467, 2758, 2922, 3 M 2810, 2826 – La Mayenne laïque, mai 1934 – Le Travailleur unitaire, juin 1934 – La Vigie postale de l’Ouest, mai 1936 – Les Nouvelles mayennaises, 21 mars 1937, 29 juillet 1945. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 310 et 311, 346 à 348, 367 et 421.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 25-03-2009)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”.