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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oswiecim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Marcel Hébrant naît le 21 mai 1906 à Villerupt, près de la frontière avec le Luxembourg (Meurthe-et-Moselle – 54), fils de Joseph Hébrant et de Victorine Jesinson.

Le 17 décembre 1927 à Villerupt, il épouse Marie Godart. Ils ont un fils.

Au moment de son arrestation, Marcel Hébrant est domicilié au 13, rue du Commandant Braine à Villerupt-Cantebonne.

Il est manœuvre dans le Bâtiment (monteur en fer chez Reizer – ou Reiser – au moment de son arrestation). D’avril 1936 à 1938, il est syndiqué à la Fédération du Bâtiment.

Il est adhérent au Parti communiste, responsable de cellule, selon la police.

Il est connu sous le surnom de “Chocolat”.

À des dates restant à préciser, il est deux fois poursuivi pour « coups et blessures » : le tribunal correctionnel de Thionville le condamne à 40 jours d’emprisonnement pour outrage à garde-champêtre.

Dans la nuit du 4 au 5 février 1942, un groupe de résistance communiste mène une action de sabotage contre le transformateur électrique de l’usine sidérurgique d’Auboué qui alimente également dix-sept mines de fer du Pays de Briey. Visant une des sources d’acier de l’industrie de guerre allemande (Hitler lui-même s’en préoccupe), l’opération déclenche dans le département plusieurs vagues d’arrestations pour enquête et représailles qui concerneront des dizaines de futurs “45000”.

Le nom de Marcel Hébrant figure – n°29 – sur une « liste communiquée le 19 (février ?) au soir à la KK(Kreiskommandanturde Briey par le sous-préfet » et précisant la nationalité de 53 hommes désignés seulement par leurs noms et prénoms.

Le 21 février, Marcel Hébrant est arrêté comme otage, par des Feldgendarmen assistés de forces de l’ordre françaises.

Deux jours plus tard, le 23 février, il fait partie d’un groupe de vingt-cinq otages transférés par des Feldgendarmen au centre de séjour surveillé français d’Écrouves, près de Toul (54), en attente « d’être dirigés sur un autre camp sous contrôleallemand en France ou en Allemagne » ; ils y rejoignent quatorze autres otages arrivés la veille.

Le 5 mars, il est parmi les 39 détenus transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Marcel Hébrant est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45656 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).
Après les premières procédures (tonte, désinfection, attribution d’un uniforme rayé et photo), les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau ; alors choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » – le génocide des Juifs européens -, ce site en construction présente un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires. À leur arrivée, les “45000” sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp). Puis ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet, après l’appel du soir – l’ensemble des “45000” ayant passé cinq jours à Birkenau – une moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I), auprès duquel fonctionnent des ateliers où sont affectés certains ouvriers qualifiés. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Marcel Hébrant.

Il meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp, alors qu’a lieu une grande sélection des inaptes au travail comme otage à la suite de laquelle 146 des 45000 sont inscrits sur le registre des décès en deux jours (probablement gazés [1]).

Marcel Hébrant est déclaré “Mort pour la France”. Son fils est déclaré Pupille de la Nation (mais il ne sera pas exempté de service militaire).

Le nom de Marcel Hébrant est inscrit sur le monument aux morts de Villerupt, ainsi que sur la plaque dédiée aux « Déportés de Villerupt-Thil décédés ou disparus de 1940 à 1944 dans les bagnes nazis pour la France » apposée dans la crypte de la nécropole nationale de Thil, monument érigé sur le four crématoire de l’ancien Kommando du camp de concentration de Natzwiller-Struthof ouvert en mars 1944 pour y enfermer des déportés employés à l’aménagement et au fonctionnement d’une usine souterraine dans l‘ancienne mine de fer du Syndicat de Tiercelet pour la construction de missiles V1 (camp évacué au début de septembre 1944).

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 21-06-1994).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 74, 150 et 153, 369 et 401.
- Cl. Cardon-Hamet, Mille otages pour Auschwitz, Le convoi du 6 juillet 1942 dit des “45000”, éditions Graphein, Paris nov. 2000, page 117.
- Archives Départementales de Meurthe-et-Moselle, Nancy (W1304/23) ; fiches du centre de séjour surveillé d’Écrouves (ordre 927 W) ; fiches du centre de séjour surveillé d’Écrouves (ordre 927 W) ; recherches de Daniel et Jean-Marie Dusselier.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 431 (32010/1942).
- Pierre Hébrant, petit-fils de Marcel Hébrant (message 10-2017)
- site MémorialGenWeb, Meurthe-et-Moselle, Thil, relevés de Martine Mangeolle mie en ligne en avril 2016.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 5-10-2017)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous dispose (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail” (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code 14 f 13). Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.