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IDENTIFICATION INCERTAINE…
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Marcel, Victorien, Gohé naît le 11 février 1892 à Condé-sur-Noireau (Calvados – 14), chez ses parents, Ferdinand Gohé, 35 ans, teinturier, et Céline Alphonsine Poix, 35 ans, son épouse.

Pendant un temps, Marcel Gohé habite à Saint-Léger-du-Bourg-Denis (Seine-Maritime), travaillant comme imprimeur sur étoffes.

De la classe 1912, Marcel Gohé est exempté de service militaire en 1913 pour « défaut de taille » (il mesure 1 m 49). Il n’est pas non plus mobilisé au cours de la Grande guerre : le 3 avril 1917, la commission de réforme de la Seine-Inférieure le maintien exempté pour « faiblesse générale ».

Le 8 mars 1913, à Saint-Léger-du-Bourg-Denis (Seine-Maritime), Marcel Gohé se marie avec Henriette Plaisant. Ils auront deux fils, dont Rémy, né en 1924.

Marcel Gohé est chauffeur de chaudière (selon sa déclaration à Auschwitz – « Heizer »).

Au moment de son arrestation, Marcel Gohé est domicilié au 16, rue de Préaux à Darnétal (Seine-Maritime [1] – 76), à l’est de l’agglomération de Rouen.

Le 4 août 1941, répondant à une note du préfet de Seine-Inférieure datée du 22 juillet, le commissaire principal de police spéciale de Rouen transmet à celui-ci une liste nominative de 159 militants et militantes communistes de son secteur dont il préconise de prononcer l’internement administratif dans un camp de séjour surveillé, tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et « par tous les moyens ». Parmi eux, Marcel Gohé…

Il est arrêté le 22 octobre 1941, lors de la grande rafle des adhérents communistes et syndicalistes de l’agglomération rouennaise [2].

Selon son fils, « Il n’est pas communiste, mais résistant » (communication téléphonique 12/6/1992).

À une date restant à préciser, Marcel Gohé est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne [3] (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

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La caserne de Royallieu après-guerre. Les huit premiers 
bâtiments alignés à gauche sont ceux du quartier “A”, 
désigné pendant un temps comme le “camp des communistes”. 
À l’arrière plan, sur l’autre rive de l’Oise, 
l’usine qui fut la cible de plusieurs bombardements 
avec “dégâts collatéraux” sur le camp. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Entre fin avril et fin juin 1942, Marcel Gohé est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande, en application d’un ordre de Hitler.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne – sur la commune de Margny – et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Marcel Gohé est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45615 selon la liste reconstituée du convoi (la photo du déporté portant ce matricule a été retrouvée, mais n’a pas été identifiée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

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Portail du sous-camp de Birkenau, secteur B-Ia, semblable 
à celui du secteur B-Ib par lequel sont passés tous les “45000”.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Marcel Gohé est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale”. Le contexte y est plus meurtrier.

Il meurt à Birkenau, le 22 octobre 1942, d’après les registres du camp. L’acte de décès établit par l’administration SS indique pour cause mensongère de sa mort une « insuffisance cardiaque » (Herzmuskelinsuffizienz).

Marcel Gohé est homologué comme “Déporté politique”.

Selon les archives de Darnétal, son nom figure sur la plaque commémorative inaugurée pour le 40e anniversaire de la Libération des Camps.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 8-12-1993).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 375 et 406. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Basse-Normandie (2000), citant : Mairie de Darnétal – Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen – Témoignages de L. Penner, H. Peiffer, E. Garnier. 
- Archives départementales du Calvados, archives en ligne ; état civil de Condé-sur-Noireau N.M.D. 1891-1894 (cote 2 MI-EC 99), registre des naissances de l’année 1892, acte n° 20 (vue 131/545). 
- Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen, site de l’Hôtel du Département, cabinet du préfet 1940-1946 ; individus arrêtés par les autorités de Vichy ou par les autorités d’occupation, dossiers individuels de P à Riv (cote 51 W 420), recherches conduites avec Catherine Voranger, petite-fille de Louis jouvin (“45697”). 
- Archives départementales de Seine-Maritime, site internet du conseil général, archives en ligne ; registre matricule du recrutement militaire, bureau de Rouen, classe 1912 (cote 1 R 3329), n° 2754.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 358 (37267/1942). 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; acte de décès du camp.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 9-05-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[2] Le “brûlot de Rouen” et la rafle d’octobre 1941 : L’arrestation massive de plusieurs dizaines (*) de militants politiques et syndicaux – ou soupçonnés tels – a suivi de peu le déraillement d’un train de matériel militaire allemand sur la ligne Rouen-Le Havre, dans le tunnel de Pavilly, à 1500 m de la gare de Malaunay, le 19 octobre 1941 ; ce sabotage étant l’un des objectifs visés par le “brûlot” de Rouen (groupe mobile de la résistance communiste).

Néanmoins, les fiches d’otages des “45000” appréhendés dans cette période mentionnent que ces arrestations mettaient en application un ordre du Commandant de la région militaire A, daté du 14 octobre 1941. Ainsi, entre le 17 et le 25 octobre, il y eut le même type de rafles de “communistes” dans sept autres départements de la zone occupée. Il est probable que ces arrestations aient été ordonnées pour assurer la saisie de communistes destinés à être placés sur les listes d’otages de cette région militaire. En effet, tous les hommes appréhendés furent remis aux allemands qui les transférèrent à Compiègne entre le 19 et le 30 octobre 1941.

44 des otages arrêtés ces jours-là dans le secteur de Rouen furent déportés dans le convoi du 6 juillet 1942. Beaucoup furent fusillés au titre de représailles dans les semaines qui suivirent.

(*) 150 selon “30 ans de luttes“, brochure éditée en 1964 par la fédération du Parti Communiste de Seine-Maritime.

[3] Sous contrôle militaire allemand, le camp de Royallieu a d’abord été un camp de prisonniers de guerre (Frontstalag 122), puis, après l’invasion de l’URSS, un « camp de concentration permanent pour éléments ennemis actifs ». À partir de septembre 1941, on y prélève – comme dans les autres camps et prisons de zone occupée – des otages à fusiller. À partir du 12 décembre 1941, un secteur du sous-camp “C” est réservé aux Juifs destinés à être déportés à titre de représailles. Le camp des Juifs est supprimé le 6 juillet 1942, après le départ de la plupart de ses internés dans le convoi transportant les otages communistes vers Auschwitz. Les derniers détenus juifs sont transféré au camp de Drancy (Seine-Saint-Denis – 93).