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Coll. D. Grandjean-Gauthier. 
Droits réservés.

Marcel Gauthier naît le 4 novembre 1897 au Creusot (Saône-et-Loire – 71), fils de Charles Gauthier, 32 ans, manœuvre, et de Catherine, née Dechaume, 26 ans, son épouse, domiciliés « aux Carrières, maison Grenot ».

Mobilisé au cours de la guerre 1914-1918, Marcel Gauthier est blessé dans les combats et en revient pensionné à 20 % (réformé n° 1 le 12 octobre 1921 à Dijon).

Le 13 décembre 1919 au Creusot, il se marie avec Anna, Léontine, Rougeot, née le 1er août 1898 à Saint-Léger-sur-Dheune (71). Ils ont trois enfants, dont Henri, né le 31 mai 1921, et Roger, né le 10 avril 1925.

Au moment de son arrestation, Marcel Gauthier est domicilié au 22, rue Cognac-Jay à Reims (Marne – 51).

Il est ouvrier d’entretien à la verrerie Charbonneaux de Reims, au lieu-dit Pont-Huon, à proximité du canal de l’Aisne à la Marne (production d’isolateurs électriques en verre pressé-moulé et surtout de bouteilles champenoises, au verre épais capable de résister à une pression importante). Il est embauché du 7 mars au 30 avril 1932, puis du 12 février 1935 au 16 mai 1940, date de l’évacuation de la ville de Reims. En 1936, selon les renseignements généraux, il se met « en évidence […] à la faveur des grèves ». En 1938, il est secrétaire du syndicat des verriers de Reims (875 adhérents) qu’il représente au congrès de la CGT. Selon les R.G., « son appartenance au P.C. n’[est] nullement certaine », plusieurs personnes estimant qu’il se trouve « à la lisière du socialisme et du communisme ».

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Marcel Gauthier est au centre du groupe 
devant la Bourse du Travail de Reims 
dans les année 1930. 
Collection Dominique Grandjean-Gauthier.

Il semble que Marcel Gauthier perçoive une pension d’invalidité de travail de 100 % (à vérifier…). Après son arrestation, il est déclaré comme maçon-fumiste (?). Sous l’occupation, il a un emploi régulier. Selon les R.G., dès le lendemain de l’armistice de 1940, Marcel Gauthier se fait embaucher avec ses deux fils sur les chantiers de l’aérodrome militaire de Juvincourt (Aisne) [1], situé à 25 kilomètres au nord-ouest de Reims, où il ne dissimule pas son opposition aux occupants.

Le 24 avril 1941, sur réquisition du préfet de la Marne, le commissaire de police du 3e arrondissement de Reims, assisté d’une secrétaire et de deux inspecteurs, se transporte à son domicile afin d’y « procéder à une perquisition et de saisir tous objets, matériel ou document intéressant le propagande communiste clandestine ou anti-nationale ». Reçu par son épouse en son absence, les policiers ne font aucune découverte « se rapportant à l’affaire en cours ». Le 22 mai, Marcel Gauthier est convoqué par le service local de police pour identification (il semble qu’il soit photographié…).

Le 26 février 1942, à 8 heures du matin, Marcel Gauthier est arrêté à son domicile par des policiers allemands, comme otage en représailles après des attentats contre des soldats allemands à Chalon-sur-Saône et à Montceau-les-Mines, en même temps que dix-sept autres Marnais (membres de lacommunauté juive, militants syndicaux et politiques). Appréhendé en même temps que Jules Huon, René Manceau, Félix Reillon, Maurice Roussel et Henri Roy – tous suspectés d’activité communiste clandestine et futurs compagnons de déportation -, Marcel Gauthier est interné à la prison Robespierre de Reims.

Le 4 mars, il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Il y est enregistré sous le matricule n° 3673. Pendant un temps, il est assigné au bâtiment A0.

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Le quartier “A” de la caserne de Royallieu à Compiègne, 
futur “camp des communistes” du Frontstalag 122 ; 
à droite, sont visibles les bâtiments A4, A5, A6, A7 et A8. 
Carte postale des années 1930. Collection Mémoire Vive.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Marcel Gauthier est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45582 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – Marcel Gauthier se déclare comme maçon -, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Marcel Gauthier est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Pendant un temps, il est assigné au Block 16a, avec Louis Girard, Louis Goudailler et Louis Guidou.

Le 23 juillet, venant du Block 13, Marcel Gauthier est admis au Block 20 de l’hôpital d’Auschwitz. Il en sort le 1er août. Plus tard, il est admis au Block 21a, “service” de chirurgie.

Marcel Gauthier meurt à Auschwitz le 27 septembre 1942, d’après l’acte de décès du camp [2], qui indique pour cause de sa mort « phlegmon avec faiblesse corporelle » (« Phlegmone bei Körperschwäche »).

Le 6 avril 1951, Anna Gauthier signe un formulaire de demande d’attribution du titre de déporté résistant au nom de son mari. Le 25 septembre 1962, la Commission départementale des déportés et internés politiques émet un avis défavorable, « l’intéressé n’ayant pas été arrêté pour un motif qualifié de résistance, mais à la suite d’une manifestation », suivi par la commission nationale le 17 janvier… 1969. Le 12 avril 1956 suivant, la demande du titre de déporté résistant est rejetée par le ministère des Anciens combattants et Victimes de guerre et, le 25 mai, le chef du bureau des déportés et des statuts divers délivre une carte de déporté politique à Madame Gauthier (n° 1118.20598).

Après la guerre, une plaque rendant hommage à de Marcel Gauthier est apposée sur son ancien domicile.

Son nom est inscrit sur la plaque commémorative apposée « À la mémoire de nos camarades tombés dans la lutte pour la liberté, victimes de la barbarie nazie » (ce dernier adjectif ayant remplacé “barbarie allemande”), dans la salle de réunion de la Bourse du Travail de Reims, devenue Maison régionale des syndicats, 13 boulevard de la Paix, et sur le monument aux martyrs de la résistance et de la déportation, situé sur les Hautes Promenades à Reims. Un nommé Félix Gauthier y apparaît également : s’agit-il d’un parent ? [Gauthier (Félix, Joseph), né le 13 février 1873 à Reims (Marne), décédé en 1945 à Dachau (Allemagne)]

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. 1-12-1992).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 127 et 128, 366 et 405. 
- Dominique Grandjean-Gautier, sa petite-fille, messages avec documents joints (04-2012). 
- Archives départementales de Saône-et-Loire, site internet, registre des naissance du Creusot, 5E153/116, année 1897 n°784 (vue 132). 
- Site Le Maitron en ligneDictionnaire biographique du mouvement ouvrier français
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 336 (33021/1942). 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Service d’information sur les anciens détenus, Biuro Informacji o Byłych Więźniach ; liste de la morgue (« Leichenshalle »). 
- Site internet Mémorial GenWeb, relevés de Claude Richard (2006), Bernard Butet (12-2009). 
- Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen, dossier de Marcel Gauthier (cote 21 p 454 251), recherches de Ginette Petiot (message 05-2013).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 31-05-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] L’aérodrome militaire de Juvincourt (Aisne) semble avoir été construit sous l’occupation. Il est aujourd’hui désaffecté. Le site a été un moment envisagé pour devenir celui du « 3e aéroport ».

[2] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil en France : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

S’agissant de Marcel Gauthier, c’est le 26 février 1943 qui a été retenu pour certifier son décès, par jugement du Tribunal civil de Reims. Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.