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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Marcel, Émile, Louis, Guilbert, dit “Mickey” naît le 5 décembre 1907 à Chartres (Eure-et-Loire), fils de Jules Guilbert et d’Irme Durand.

À partir de 1937 et jusqu’au moment de son arrestation, il est domicilié au 10, chaussée du Pont (future avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny) à Boulogne-Billancourt [1] (Seine / Hauts-de-Seine). À une date restant à préciser, il se marie avec Germaine Deshayes. Ils ont un enfant.

Marcel Guilbert est tapissier (sellier), probablement dans l’usine Matford créée en 1934 à Asnières-sur-Seine (Seine / Hauts-de-Seine) pour l’assemblage d’automobiles du groupe américain Ford.

À partir de 1937 et jusqu’à la dissolution de ces associations, il est membre des Amis de l’URSS et du Parti communiste (cellule Matford).

En décembre 1940, il est sollicité pour reprendre une activité clandestine et distribue des tracts dans sa localité.

Fin avril 1941, « À la suite d’une certaine recrudescence de la propagande communiste clandestine dans la baleine Ouest de Paris et plus particulièrement parmi l’élément féminin de Boulogne-Billancourt, le services de la préfecture de police [repèrent] un “centre clandestin” de confection et de diffusion… ». Le 28 avril, Marcel Guilbert est arrêté à son domicile, parmi dix-neuf personnes inculpées dans la même affaire, dont André Tiercelet, lequel l’aurait dénoncé. Les perquisitions opérées à leurs domiciles respectifs, et plus particulièrement chez Pierre Launay, ont permis aux policiers d’y découvrir une machine à ronéotyper fonctionnant à l’électricité, ainsi qu’un stock de papier vierge et une importante quantité de tracts prêts à être distribués.

Le 1er mai, inculpés d’infraction au décret du 26-09-1939, les dix-neuf sont conduits au Dépôt à disposition du procureur de la République. Marcel Guilbert est rapidement écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e).

Le 25 août, huit hommes et cinq femmes comparaissent devant la 12e chambre du Tribunal correctionnel de la Seine. Marcel Guilbert est condamné à dix mois d’emprisonnement (il ne fait pas appel).

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Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er.
Tribunal correctionnel, un des porches du rez-de-chaussée.
(montage photographique)

Le 8 septembre, il est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes [1] (Seine / Val-de-Marne), mais pour être conduit dès le lendemain à la Maison centrale de Poissy (matr. 2032).

Bénéficiant d’une réduction de peine d’un mois et treize jours, il est libérable le 18 janvier 1942 (à vérifier). Mais, dès le 16 décembre 1941, le préfet de police de Paris signe un arrêté ordonnant son internement administratif.

Pendant un temps, Marcel Guilbert est détenu au dépôt de la préfecture (Conciergerie, sous-sol du Palais de Justice, île de la Cité). Le 16 avril 1942, il fait partie d’un groupe de détenus enregistrés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Voves (Eure-et-Loir – 28), où il reçoit le matricule n° 80.

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Entrée du camp de Voves.
Date inconnue, probablement après mars 1943.

Le 10 mai 1942, Marcel Guilbert fait partie des 81 internés remis aux “autorités d’occupation” à la demande de celles-ci et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Mickey Guilbert est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45640 (ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard). Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied à Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Mickey Guilbert est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ».
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Là, il fait partie du petit groupe qui arrive à se retrouver le soir après le travail et qui développe un embryon d’organisation pour lutter contre l’isolement et développer l’entraide.

Le 16 septembre 1942, son nom est inscrit sur un registre de l’infirmerie (Revier).

Georges Dudal, revenu de Birkenau à Auschwitz-I le 17 ou 18 mars 1943 et qui a été pris comme cuisinier pour les SS responsables du camp des travailleurs civils, obtient que Mickey Guilbert puisse travailler auprès de lui comme tailleur. Allant porter des déchets de la cuisine jusqu’à la porcherie, G. Dudal sort clandestinement de la nourriture que M. Guilbert redistribue à partir de son propre poste de travail. C’est ainsi qu’ils peuvent faire entrer de la nourriture au Revier pour alimenter Fernand Devaux, épuisé. Assignés tous les deux au Block 23, M. Guilbert et G. Dudal ont un lit chacun.

Le 15 juin 1943, ils célèbrent ensemble la Sainte-Germaine, fête de leurs aimées respectives.

Le 4 juillet 1943, comme les autres “politiques” français (essentiellement des “45000” rescapés), Mickey Guilbert reçoit l’autorisation d’écrire (en allemand et sous la censure) à sa famille et d’annoncer qu’il peut recevoir des colis. À la mi-août, il est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) et mis en “quarantaine” au premier étage du Block 11. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11.

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Auschwitz-I. La cour séparant le Block 10 – où se pratiquaient
les expérimentations “médicales” sur les femmes détenues –
et le Block 11, à droite, la prison du camp, avec le 1er étage
de la “quarantaine”. Au fond, le mur des fusillés.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite du nouveau commandant du camp, le SS-Obersturmbannführer Arthur Liebehenschel, et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine.

A la fin de l’été 1944, Mickey Guilbert est parmi les trente-six “45000” qui restent à Auschwitz, alors que les autres sont transférés vers d’autres camps.

En janvier 1945, lors de l’évacuation générale d’Auschwitz et de ses Kommandos, il est parmi les vingt “45000” incorporés dans les colonnes de détenus évacuées vers le KL [2] Mauthausen (matr. 116.787). Le 28 ou 29 janvier, il est parmi les douze qui sont affectés au Kommando de Melk. Le 15 ou 17 avril, ce groupe estévacué à marche forcée vers Ebensee, plus au sud, province de Salzbourg, où des usines souterraines sont en cours d’aménagement. Le 6 mai 1945, ce camp est parmi les derniers libérés, par l’armée américaine.

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L’hôtel Lutetia, à Paris 6e. Siège de l’Abwehr (service de renseignements de l’état-major allemand) sous l’occupation.
Centre d’accueil des déportés au printemps-été 1945.
Carte postale, années 1940-1950. Collection Mémoire Vive.

Après la guerre, Marcel Guilbert, ayant conservé le logement familial, reprend son métier de tapissier-décorateur comme artisan à domicile.

Le 24 novembre 1946, le PCF le présente comme candidat Grand électeur (élu) pour les élection sénatoriales. Le 26 avril 1953, puis le 8 mars 1959, le PCF le présente comme candidat aux élections municipales à Boulogne-Billancourt (non élu à ce dernier scrutin). Il est toujours « suivi » par les Renseignements généraux.

Mickey Guilbert décède le 17 janvier 1978.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 173, 179, 228, 344, 352 et 353, 358, 381 et 407.
- Cl. Cardon-Hamet, Mille otages pour Auschwitz, Le convoi du 6 juillet 1942 dit des “45000”, éditions Graphein, Paris nov. 2000, page 520.
- Archives de Paris, archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du greffe du 5 juin au 22 septembre 1941 (D1u6-5857).
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris), site du Pré-Saint-Gervais ; archives des Renseignements généraux (carton 77w1648), dossier (77366).
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des registres du camp conservés aux Archives départementales d’Eure-et-Loir.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, 2-09-2016)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Boulogne-Billancourt : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”.