Marcel, Joseph, Eugène, Colin naît le 1er mars 1920 à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor [1] – 22). Son père, Arsène Colin, est pendant un temps directeur de l’École primaire supérieure (EPS) Gambetta, 72 rue de Bayeux à Caen.

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Arsène Colin, directeur de l’école primaire supérieure, 
père de Marcel et Lucien. 
Collection Jean-Claude Colin. Droits réservés.

Ayant organisé une manifestation patriotique au Monument aux morts de Caen sous l’occupation (voir ci-dessous), Monsieur Colin est révoqué de l’Éducation nationale et part s’installer à Avranches pour y tenir un commerce avec son épouse, les Nouvelles Galeries, rue de la Constitution.

Au moment de son arrestation définitive, Marcel Colin habite un « domicile provisoire » avec son frère cadet Lucien au 34, rue Barbey-d’Aurevilly à Caen (Calvados – 14).

Étudiant en première année de pharmacie à la faculté de Caen, Marcel Colin est célibataire.

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À droite, Marcel Colin. avec d’autres étudiants en pharmacie. 
Collection Jean-Claude Colin. Droits réservés.

Sous l’occupation, Marcel Colin est arrêté à trois reprises :

- Une première fois, après une manifestation patriotique devant le siège de la Légion française, il est conduit au commissariat de Caen, « sur la plainte de M. Lecomte, chef du bureau de la LVF [2] de Caen ».

- Une deuxième fois avec son frère et Emmanuel Desbiot, professeur d’anglais, pour avoir déposé une gerbe au Monument aux morts de Caen, le 11 novembre 1941 ; monument situé sur la place du Maréchal Foch, devant l’entrée de l’Hôtel Malherbe où s’était installée la Feldkommandantur 723 !

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Frise de la base du monument aux morts de Caen. 
Carte Postale. Collection Mémoire Vive.

Jugés “en flagrant délit” par le Tribunal de simple police de Caen, ils sont aussitôt relâchés.

- Enfin, Marcel Colin est pris lors de la vague d’arrestations qui suit l’attentat de Moult-Argences (Airan) [3]. Ne trouvant pas Arsène Colin à l’adresse indiquée, elle arrête à sa place ses fils, Marcel etLucien. Emmanuel Desbiot est pris dans la même série d’arrestations.

D’abord détenus et interrogés au Petit-Lycée de Caen, ils sont transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60) le 9 mai.

Le frère de Marcel, Lucien, y tient un journal très émouvant du 28 mai au 4 juillet, commençant par les conditions de leur arrestation et de leur arrivée au camp. Les deux jeunes gens s’encouragent l’un l’autre, et ne se quittent pas.

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Les deux frères. Au-dessus, Marcel ; 
en-dessous, Lucien. Photographie prise avant-guerre. 
Collection Jean-Claude Colin. Droits réservés.

Ne partageant pas les convictions politiques de la plupart de leurs autres co-détenus, ils font partie d’un groupe de cinq pensant qu’il y a erreur et qui signent une lettre collective adressée au chef de camp « lui expliquant notre cas et indiquant que nous n’avions rien à voir avec le Parti communiste ».

Entre le début mai et la fin juin 1942, Marcel et Lucien Colin sont sélectionnés avec plus d’un millier d’otages communistes et une cinquantaine d’otages juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (suivant un ordre direct d’Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandise ; le train s’ébranle à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Marcel Colin est enregistré à Auschwitz sous le numéro 45379 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée).

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par tous les “45000” à Birkenau – Marcel Colin est dans la moitié du convoi qui reste dans ce camp en construction, choisi pour mettre en œuvre la “Solution finale” (un contexte plus meurtrier).

Le 1er novembre 1942, dans la chambre (Stube) n°3 du Revier de Birkenau (Block n° 8 – en brique – du secteur BIb) – où se trouvent également Germa, Faugeron, Lenglet, Nonnet, Nouvian, Paupy, Roux, Sansoulet, Vinsous – il reçoit six gouttes d’un bactéricide, l’Anisine. Le 3 novembre, il reçoit encore six gouttes d’Anisine et 15 gr (ou “grains” pharmaceutiques) de Bol blanc (Bolus Alba ; kaolin), remèdes contre la dysenterie. Dans ce dispensaire, le SS-Rottenführer Franz Schulz exécute certains détenus avec une injection mortelle dans le cœur…

Marcel Colin meurt à Birkenau, le 4 novembre 1942, selon les registres du camp ; avant son frère.

Leur père est dans le premier pèlerinage organisé par l’Amicale d’Auschwitz, du 20 au 28 août 1947 (63 personnes). À Birkenau, il visite les Blocks 7 et 12 où sont peut-être morts ses fils. Près de ce dernierBlock, sur un pieu de fer, il fixe une plaque de marbre avec leurs noms : cas exceptionnel d’hommage individuel aux victimes, elle s’y trouvait encore en 2002.

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Le 27 mai 2001 à Birkenau, Jean-Claude Colin se recueille 
devant la plaque que son père à planté en souvenir de ses 
deux fils disparus. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur l’acte de décès de Marcel Colin (J.O. du 24-12-1987).

Son nom est inscrit, avec ceux de son frère et d’Emmanuel Desbiot, sur une plaque apposée sur un mur extérieur de l’ancienne école primaire supérieure en hommage aux professeurs et anciens élèves de celle-ci morts pour la France.

À une date restant à préciser, le Conseil municipal de Caen dénomme du nom des frères Colin une rue de la ville.

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Jean-Claude Colin devant la plaque 
apposée sur l’ancienne école primaire supérieure. 
Les noms de ses frères sont tout près de son bras. 
Photographie de François Le Gros (vers 2000).

Sources :

- De Caen à Auschwitz, par le collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’associationMémoire Vive, éditions Cahiers du Temps, Cabourg (14390), juin 2001, pages 6, 21, 31-32, 39-41, 43-45, 48-50, 55, 62, 65, 90, 70, 94-95, 102. 
- Cl. Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 74 et 75, 361 et 399. 
- Jean Quellien (1992), sur le site non officiel de Beaucoudray, peut-être extrait de son livre Résistance et sabotages en Normandie, publié pour la première fois en 1992 aux éditions Corlet. 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach), archives du camp (APMAB) : registre de délivrance de médicaments de l’infirmerie de Birkenau ; une page transmise par André Nouvian. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 184 (38863/1942). 
- Irena Strzelecka, Les hôpitaux dans le camp de concentration d’Auschwitz, in Auschwitz 1940-1945, tome 2, Les détenus – La vie et le travail, chap. 9, p. 364-365, éditions du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, 2011.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 17-10-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Côtes-d’Armor : département dénommé “Côtes-du-Nord” jusqu’en février 1990.

[2] LVF : la Légion des volontaires français contre le bolchévisme (dite Légion des volontaires français) est créée le 8 juillet 1941, quinze jours après l’invasion de l’URSS par l’Allemagne, par des dirigeants de mouvements “collaborateurs”. Il s’agit d’engager des volontaires français pour combattre sur le front russe aux côtés de l’armée allemande. L’initiative reçoit d’abord un soutien mitigé du régime de Vichy, qui finit pourtant par s’y rallier pour des raisons de propagande. Sur les 100 000 combattants espérés, seuls 12 000 s’enrôlent et la moitié seulement est retenue par l’armée allemande. Le 12 octobre 1941, ceux-ci prêtent serment à Hitler. Engagé dans les combats devant Moscou en décembre 1941, l’unité ainsi constituée subit une grave défaite avec des pertes importantes. Les derniers survivants combattront encore les chars russes lors de la prise de Berlin.

[3] Le double déraillement d’Airan et les otages du Calvados : Dans la nuit du 15 au 16 avril 1942, le train quotidien Maastricht-Cherbourg transportant des permissionnaires de la Wehrmacht déraille à 17 kilomètres de Caen, à l’est de la gare de Moult-Argence, à la hauteur du village d’Airan, suite au déboulonnement d’un rail par un groupe de résistance. On compte 28 morts et 19 blessés allemands.

La locomotive du premier train ayant déraillé le 16 avril 1942. 
Collection R. Commault-Mémorial de Caen. 
In De Caen à Auschwitz, éditions Cahiers du Temps, juin 2001, page 11.

L’armée d’occupation met en œuvre des mesures de représailles importantes, prévoyant des exécutions massives d’otages et des déportations. Le préfet du Calvados obtient un sursis en attendant les conclusions de l’enquête de police. Mais, faute de résultats, 24 otages choisis comme Juifs et/ou communistes sont fusillés le 30 avril, dont deux à Caen.

Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, un deuxième déraillement a lieu, au même endroit et par le même procédé. Un rapport allemand signale 10 morts et 22 blessés parmi les soldats. Ces deux déraillements sont au nombre des actions les plus meurtrières commises en France contre l’armée d’occupation.

Au soir du deuxième attentat – à partir de listes de communistes et de juifs (130 noms sur le département) transmises au préfet par le Feldkommandant – commence une vague d’arrestations, opérées par la police et la gendarmerie françaises avec quelques Feldgendarmes. Dans la nuit du 1er au 2 mai et le jour suivant, 84 hommes au moins sont arrêtés dans le Calvados et conduits en différents lieux de détention. Pour le commandement militaire allemand, ceux qui sont maintenu en détention ont le statut d’otage.

Tous les hommes désignés n’ayant pu être arrêtés, une autre vague d’arrestations, moins importante, a lieu les 7 et 8 mai. Le préfet du Calvados ayant cette fois-ci refusé son concours, ces arrestations d’otages sont essentiellement opérées par la Wehrmacht (Feldgendarmes).

Au total plus de la moitié des détenus de ce début mai sont, ou ont été, adhérents du Parti communiste. Un quart est désigné comme Juif (la qualité de résistant de certains n’est pas connue ou privilégiée par les autorités). Des auteurs d’actes patriotiques, proches du gaullisme, sont également touchés par la deuxième série d’arrestations.

Tous passent par le “petit lycée”, contigu à l’ancien lycée Malherbe (devenu depuis Hôtel de Ville), où ils sont rapidement interrogés.

Le 4 mai, 48 détenus arrêtés dans la première rafle sont transférés en train au camp de police allemande de Compiègne-Royallieu ; puis d’autres, moins nombreux, jusqu’au 9 mai (19 ce jour-là). Les 8 et 9 mai, 28 otages communistes sont fusillés, au Mont-Valérien (Hauts-de-Seine – 93) pour la plupart (trois à Caen). Le 14 mai, onze otages communistes sont encore fusillés à Caen.

La plus grande partie des otages du Calvados transférés à Compiègne sera déportée à Auschwitz le 6 juillet 1942 : 57 politiques et 23 Juifs (près de la moitié des otages juifs du convoi).