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Marcel Boyer.

Marcel Boyer naît le 18 juin 1904 à Ivry-sur-Seine [1] (Val-de-Marne – 94), au domicile de ses parents, Jean Boyer et Léonie Bourdaria, demeurant au 22 rue Parmentier (aujourd’hui rue Marat). La famille compte de neuf enfants. Son père est marchand de légumes, tenant un commerce avenue de la République.

Marcel Boyer est soldat (service militaire ?) lors de la guerre du Rif au Maroc.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 80, rue de Paris (aujourd’hui rue Maurice-Thorez) ou au 78, rue Parmentier à Ivry-sur-Seine (une liste de la préfecture de police indique le 13, rue Philibert-Pompée).

Journalier (ou manœuvre, selon la FNDIRP), il travaille à la Compagnie des Lampes à Ivry-Port. En 1932, alors qu’il est au chômage, il déclare comme dernier métier chauffeur-livreur. Enfin, une plaque commémorative le signale comme employé de voirie à la ville d’Ivry.

Communiste depuis 1929, Marcel Boyer est d’abord membre des Jeunesses communistes. En décembre 1931, il est signalé par la police comme sympathisant ou militant communiste. Dans les années 1930, il est l’un des organisateurs du Comité de chômeurs créé à l’initiative de Georges Marrane, maire d’Ivry-sur-Seine. Membre du Comité de la région communiste Paris-Sud, il est, un temps, secrétaire du rayon de Vitry.

Le 3 octobre 1936, Marcel Boyer arrive en Espagne afin de s’engager dans les Brigades internationales pour défendre la République espagnole contre la rébellion du général Franco soutenue militairement par Hitler et Mussolini. Le 21 novembre, il est affecté à la 14e brigade. Resté quinze mois sur différents fronts, il est blessé trois fois. Au début 1938, il est en permission chez lui (deux dates : 12 janvier, 5 février). Lors de la bataille de Caspe, sur la rive droite de l’Ebre (16-17 mars 1938), il perd sa brigade : il est momentanément suspecté d’implication dans le groupe d’un nommé Stemart. Promu lieutenant, Marcel Boyer est pendant un temps président de la commission judiciaire d’Albacete. Au côté de “Moreno”, dirigeant du Servicio de investigacion militar (SIM) de l’armée républicaine, il est amené à interroger plusieurs volontaires qui ont été incarcérés pendant sept ou huit mois à la prison provinciale de Chinchilla.

Le 21 septembre 1938, le gouvernement républicain de Juan Negrín se soumet à la décision de la Société des Nations et dissout les Brigades internationales. Deux jours plus tard, les brigadistes livrent leur dernier combat. Ils sont ensuite progressivement regroupés : le 27 octobre 1938, les volontaires des armées du Centre et du Levant sont rassemblés à Valence, tandis que ceux qui sont engagés en Catalogne sont réunis à Barcelone.

Le 25 novembre 1938, Marcel Boyer publie un article dans l’hebdomadaire communiste d’Ivry-sur-Seine, Le Travailleur : « Avec la Brigade “La Marseillaise” », annoncé la semaine précédente sous l’intitulé « “Quinze mois sur le front de la liberté”, par Marcel Boyer, commissaire politique actuellement en permission » [sic].

À son retour, il est actif au sein du Comité régional d’Aide au peuple espagnol.

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Insigne de l’Association 
des volontaires pour 
l’Espagne républicaine, ayant 
appartenu à Christophe Le Meur. 
Produit entre la mi-1938 et la mi-1939. 
Coll. André Le Breton.

En juillet 1940, après la débâcle et l’exode, Marcel Boyer tente de reconstituer le Parti communiste à Ivry avec Marcel Sallenave.

Le 6 août, Marcel Boyer est arrêté après s’être rendu à la Kommandantur à la tête d’une délégation de chômeurs. Filé à la suite de cette action, il est arrêté par la police française avec Albert Magot [2], un ouvrier de l’usine Genève, et deux autres militants dans un pavillon situé Route stratégique (aujourd’hui, 48 rue Jean-Le-Galleu), où est installée une imprimerie clandestine. D’après Gérard Godfryd, il s’occupe du fonctionnement de l’imprimerie installée clandestinement à la régie municipale (actif en deux endroits ou confusion ?). Pour la police, le motif de son arrestation est « distribution de tracts ».

Le 22 octobre, il est placé sous mandat de dépôt ou d’écrou.

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Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er. 
Tribunal correctionnel, un des porches du 1er étage. 
(montage photographique)

Le 8 février 1941, lors d’une audience au cours de laquelle sont jugés 48 militants et militantes communistes (dit « procès des cinquante »), dont dix-sept futurs “45000”, la chambre des mineurs (15e) du tribunal correctionnel de la Seine condamne Marcel Boyer à quatre mois d’emprisonnement pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (« propagande communiste »). Comme les autres condamnés, il fait appel de la sentence le 28 février. Bien que sa peine soit largement couverte par sa détention préventive, il n’est pas libéré : le lendemain, – sur instruction des Renseignements généraux – le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif.

Le 27 février suivant, il fait partie des douze internés administratifs de la Santé, mêlés à d’autres (pris au dépôt de la préfecture ?) pour constituer un groupe de 48 détenus – dont Guy Môquet, Maurice Ténine et seize futurs “45000” – transférés à la Maison centrale de Clairvaux (Aube – 10) où ils en rejoignent d’autres : 187 détenus politiques s’y trouvent alors rassemblés.

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Clairvaux. La Maison centrale. Carte postale. Collection M. Vive.

Marcel Boyer est au nombre des communistes qui déclarent au directeur de la prison leur refus de travailler en détention.

Le 8 avril, avec Marcel Andréas, Louis Guidou, Robert Lambotte, René Perrotet et Jules Vanzuppe, il est parmi les huit internés de Clairvaux conduits à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e), en préalable à leur passage devant la Cour d’Appel. Le lendemain, le tribunal confirme sa peine. Celle-ci ayant déjà été effectuée, il est prévu qu’il soit ramené à Clairvaux. Mais le quartier de la centrale utilisé comme centre d’internement étant « complet » il reste interné à la Santé.

En septembre, Marcel Boyer fait partie d’un groupe d’internés de la prison transférés au “centre d’internement administratif” (CIA) de Gaillon (Eure – 27), un château Renaissance isolé sur un promontoire surplombant la Seine et transformé en centre de détention au 19e siècle.

Selon une note de la police (RG ?) datée du 18 février 1942, il figure sur une liste de 43 « militants particulièrement convaincus, susceptibles de jouer un rôle important dans l’éventualité d’un mouvement insurrectionnel et pour lesquels le Parti semble décidé à tout mettre en œuvre afin de faciliter leur évasion », et qui sont pour la plupart internés au camp de Gaillon.

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Le camp de Gaillon, ancien château de l’évêque de Rouen. 
Carte postale d’après-guerre. Collection Mémoire Vive.

Le 5 mars 1942, Marcel Boyer est parmi les 16 internés administratifs de Gaillon domiciliés dans la Seine (dont 9 futurs “45000”) remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits en autocar au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Dans ce camp, après le 24 mai, Marcel Boyer constitue un “triangle” du Parti communiste clandestin avec Paul Copin, de Vincennes, et Fernand Devaux, de Saint-Denis.

Entre fin avril et fin juin, Marcel Boyer est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée (suivant un ordre de Hitler) en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée d’occupation.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Marcel Boyer est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45295 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée [3]).

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit. Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied à Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Marcel Boyer est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Il est assigné au Block n° 16 avec Paul Copin et Fernand Devaux, et affecté avec eux au très meurtrier Kommando de la Huta (travaux de terrassement, installation de canalisations).

Marcel Boyer meurt au Block 20 de l’ “hôpital” (Revier, HKB) d’Auschwitz le 14 août 1942, selon les registres du camp ; cinq semaines après l’arrivée du convoi.

Le 27 juillet 1945, le conseil municipal d’Ivry dénomme quai Marcel Boyer un tronçon de la voie bordant la Seine (quai d’Ivry).

Son nom est inscrit, parmi les déportés, sur la plaque dédiée « À la mémoire des employés de la ville d’Ivry-sur-Seine morts pour la France, 1939-1945 », apposée sur un pilier du hall de la mairie.

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Dans le hall de la mairie d’Ivry… © Mémoire Vive.

(aucun des quatorze “45000” ivryens n’est revenu)

Sources :

- Son nom et son matricule figurent sur la Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne, éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60. 
- Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron (citant : Arch. Nat. F7/13127, décembre 1931 – Arch. Dép. Seine, listes électorales – VIe conférence de la région Paris-Sud, 4-5 décembre 1937, Issy-Les-Moulineaux, 16 p.). 
- Maurice Binot, in “Ivry, fidèle à la classe ouvrière et à la France”, supplément au Travailleur d’Ivry, édité par la section du PCF, à l’occasion du 25e anniversaire de la capitulation allemande, 1970, page 110 (21 et 92). 
- Michèle Rault, Des noms qui chantent la liberté (noms de rues), édité par Ville d’Ivry-sur-Seine pour le 50e anniversaire de la Libération (1994), page 9, et site de la ville
- Archives municipales d’Ivry-sur-Seine, dossier individuel rassemblé par Michèle Rault, conservatrice, à partir de différentes sources : notamment un article de Philibert Boyer (frère), paru dans Le Travailleur d’Ivry du 31-7-1964. 
- Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), campus de l’Université de Paris X-Nanterre, microfilms du Centre russe pour la conservation des archives en histoire politique et sociale (RGASPI), acquisition BDIC/AVER-ACER, bobines cotes Mfm 880/1 (545.6.1041), 880/7 (545.6.1095), 880/47 (545.2.112), 880/48 (545.2.290). 
- Rémi Skoutelsky, L’espoir guidait leurs pas, Les volontaires français dans les brigades internationales, 1936-1939, éditions Grasset, Paris, mai 1998, page 232. 
- Archives départementale de Paris, archives judiciaires, registre du greffe du tribunal correctionnel de la Seine, 14 janvier-12 février 1941 ; jugement du samedi 8 février 1941, cote D1U6 3719. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” ; BA 2373 et BA 2374 (camps d’internement…) ; BA 2397 (liste des internés communistes, 1939-1941). 
- Archives départementales de l’Eure, Évreux, camp de Gaillon, recherches de Ginette Petiot (message 08-2012). 
- Dominique Ghelfi, Des Tourelles à Buchenwald (daté 1946) in “Contre l’oubli”, brochure éditée par la Ville de Villejuif, service municipal de l’information, à l’occasion d’une exposition en février 1996, page 59 à 62. D. Ghelfi, n’ayant pas été sélectionné pour le convoi du 6 juillet, a assisté au départ de ses camarades. Lui-même a été déporté à Buchenwald en janvier 1944 (rescapé). 
- Gérard Godfryd, Les communistes dans la Résistance à Ivry. Mémoire préparé sous la direction de Jean-Marie Mayeur. Paris XII-Créteil (année ?). 
- Rémy Skoutelsky, L’espoir guidait leur pas. Les volontaires français dans les Brigades internationales. 1936-1939. Grasset, 1998. 
- Fernand Devaux, témoignage dans “Mille otages pour Auschwitz”, page 302. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 388 et 397. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 124 (20669/1942). 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; relevé dans les archives (01-2009).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 22-11-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.


son frère, BOYER Philibert

Né le 17 mai 1913 à Ivry-sur-Seine (Seine) dans une famille de neuf enfants, fils d’un marchand de légumes, Philibert Boyer fréquenta l’école jusqu’à l’âge de 13 ans puis commença à travailler dans une fabrique de caisses de sa commune natale. Son frère, Marcel, qui avait fait la guerre du Maroc influença son parcours politique. En 1929, Philibert Boyer adhéra à la Jeunesse communiste. Il travailla à la voirie municipale puis, chômeur en 1936, fut un des membres actifs du comité local de chômeurs avant de trouver de l’embauche comme ouvrier à l’usine des Lampes. Il devint secrétaire de la section syndicale de cette usine.

Philibert Boyer fut arrêté le 11 juillet 1931 alors qu’il vendait L’Avant-Garde devant le cinéma “Le Casino” d’Ivry avec un autre militant d’Ivry : André Hardouin. Il rappelait dans les années 1970 : « Nous avons été frappés toute une nuit, puis inculpés et condamnés à une peine d’un an de prison que nous avons purgée seuls dans une cellule. »

Après sa démobilisation en septembre 1939, il fut chargé d’organiser des comités populaires de la métallurgie dans la commune d’Ivry. Il fit partie d’une délégation de chômeurs qui s’était rendue à lakommandantur.

En décembre 1940, il fut arrêté sur son lieu de travail, aux Lampes, pour avoir distribué des tracts.

Philibert Boyer fut interné à la prison de la Santé, de Fresnes puis interné au camp de Châteaubriant et enfin à Pithiviers.

Il s’évada de la prison (?) de Pithiviers avec Louis Dolly le 14 mars 1940 (?) et rejoignit Bordeaux. Il devint responsable régional du Parti communiste clandestin.

Il revint à Ivry-sur-Seine en décembre 1944.

Il fut secrétaire de la section du Parti communiste pendant 18 mois à partir d’avril 1945. Membre du comité de section, il fut rédacteur en chef du journal communiste du canton d’Ivry-sur-Seine, Le Travailleur, de 1952 à 1974.

Philibert Boyer est décédé le 7 décembre 1985 à Ivry-sur-Seine.

[1] Ivry-sur-Seine : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Albert Magot : lors du procès de février 1941, la 15e chambre du tribunal correctionnel de la Seine le condamne à dix-huit mois d’emprisonnement et cent francs d’amende.

[3] Sa photographie d’immatriculation à Auschwitz a été identifiée par des rescapés lors de la réunion de travail organisée à l’Amicale d’Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin “Après Auschwitz”, n°21 de mai-juin 1948).