JPEG - 76.6 ko
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Marcel, Marie, Boubou naît le 22 septembre 1892 à Beaugency (Loiret – 45), chez ses parents, Gustave Boubou, 35 ans, maçon, et Marie Maisonneuve, son épouse, 32 ans, habitant le quartier de Vernon.

Marcel Boubou devient instituteur.

Le 8 octobre 1913, il est incorporé au 113e régiment d’infanterie pour y accomplir son service militaire. Le 1er mars, il est nommé caporal. Il part aux armées le 2 août 1914, à la veille de la déclaration de guerre. Le 24 août, il est évacué pour bronchite, rentre au dépôt le 2 novembre et repart aux armées le 11 décembre. Le 3 avril 1915, il est évacué pour typhoïde, rentre au dépôt le 14 août, rejoint les armées le 20 février 1916. Le 20 avril, il est nommé sergent. Le 1er juillet suivant, à Maricourt (Somme), il est blessé par un éclat d’obus qui lui fracture l’annulaire droit. Aussitôt évacué, il est dirigé deux jours plus tard sur l’hôpital auxiliaire n° 13 à Guingamp. Le 25 juillet, il est admis à l’hôpital de Saint-Brieuc. Le 9 août, il bénéficie d’un mois de convalescence avant de retourner au dépôt. Le 30 novembre, il passe au 109e R.I. Il repart aux armées le 17 avril 1917. En décembre, il est nommé à l’ordre du régiment : « Le 23 octobre 1917, à la bataille du Chemin des Dames, a assuré dans des circonstances très difficiles la liaison entre le chef de bataillon et son commandant de compagnie. Très bon sous-officier animé d’un excellent esprit. » Il reçoit la Croix de guerre. Le 2 mars 1918, il est évacué sur l’H.O.E. Bussang pour « confusion mentale ». Il va ensuite d’hôpital en hôpital : Épinal, Lyon, hôpital-asile de Bron, Orléans. Le 9 janvier 1919, la commission de réforme d’Orléans le propose pour la réforme temporaire n° 1. Le 10 février 1921, la même commission le réforme définitivement avec une pension de 10 % pour « psychasténie ».

En 1920, Marcel Boubou dirige la tendance minoritaire révolutionnaire au sein du syndicat des instituteurs du Loiret. En novembre de cette année, une scission divise l’organisation syndicale : cent adhérents partent avec Bouguereau au Syndicat national des instituteurs, dix-sept restent avec Boubou et Langumier à la Fédération de l’enseignement. Le syndicat de l’Enseignement laïc (minoritaire) du Loiret se regroupe avec celui de l’Indre-et-Loire.

En janvier 1921, les majoritaires du Loiret tentent d’éloigner Boubou de la commission exécutive de l’Union départementale CGT en le portant d’office démissionnaire pour absences fréquentes aux réunions.

Le 14 mai 1921, à Orléans (45), Marcel Boubou se marie avec Germaine Heurteaux.

Les 14-15 août 1922, au congrès de Paris de l’Internationale des Travailleurs de l’Enseignement, Marcel Boubou est désigné comme secrétaire adjoint.

En 1925, il rédige La situation matérielle et morale de l’instituteur dans le monde, publication de l’ITE, Paris, 32 pages.

Ardent promoteur de l’espéranto, il l’introduit au sein de la Fédération de l’Enseignement Unitaire (revue “L’École émancipée”).

De 1928 à 1933, Marcel Boubou et Honoré Bourguignon initient l’institutionnalisation de l’espéranto dans les techniques Freinet. En plus des cours oraux qu’il organise, Marcel Boubou dirige un cours gratuit, par correspondance, pour de nombreux instituteurs. Il offre même son temps libre pour la tenue de l’école d’été espérantiste, fondée en 1932 sur l’initiative de H. Bourguignon. Pendant plusieurs années, Marcel Boubou en dirige les cours, en particulier à La Tranche-sur-Mer (Vendée – 85).

En 1932, il adhère au Mouvement des Imprimeurs de Célestin Freinet. Il est alors instituteur à Vaucouleurs (Meuse – 55)…

En 1938, Marcel Boubou est en poste à Orléans (45), à l’école des garçons de la rue Dauphine. Il fait correspondre sa classe avec des écoliers soviétiques.

Adhérent du Parti communiste, il est membre de la Commission de contrôle départementale du mouvement Paix et Liberté.

Le 19 octobre 1940, Marcel Boubou est arrêté (conditions à préciser).

À une date restant à préciser (le 24 octobre probablement, comme Raymond Gaudry), il est remis aux “autorités d’occupation” à leur demande et transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Dans ce camp, en mars 1942, il participe comme enseignant aux cours organisés parmi les détenus à l’initiative du Parti communiste clandestin. Quatre fois par semaine, il assure pendant une heure (13h30-14h30) des cours… d’Espéranto.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne, installés sur une voie de la gare de marchandise d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Les deux wagons à bestiaux
du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Marcel Boubou est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45276 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Il meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942, d’après les registres du camp, alors qu’a lieu une grande sélection des “inaptes au travail” à l’intérieur du camp à la suite de laquelle 146 des “45000” sont inscrits sur le registre des décès en deux jours (probablement gazés [1]).

À une date restant à préciser, le conseil municipal d’Orléans donne le nom de Marcel Boubou à une rue et à une place de la commune, sur la rive gauche de la Loire.

Une plaque à sa mémoire a été apposée dans (ou sur…) l’école Maxime Perrard d’Orléans : « Il est mort pour son idéal de justice et de liberté ».

Son frère, Henri Boubou, né le 11 septembre 1904, cordonnier domicilié à Tours (37), arrêté le 22 février 1942 pour son activité clandestine (impression et distribution de journaux), a été fusillé au Mont-Valérien à Suresnes (Hauts-de-Seine) comme otage communiste le 15 septembre de la même année.

L’épouse de celui-ci, Odette, née Jarassier le 28 août 1909, employée hospitalière, membre du comité régional du PC en 1937, est arrêtée le même jour que son mari. Elle aurait pu être une “31000”, mais elle est hospitalisée au Val-de-Grâce lors de la formation du convoi du 24 janvier. Elle est déportée au KL [2] Ravensbrück dans le convoi de femmes suivant, le 28 avril 1943. Libérée par la Croix Rouge française fin avril 1945, elle est rapatriée par la Suède et arrive à l’hôtel Lutetia le 27 juin. Elle se remarie après la guerre.

Sources :

- Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, Éditions de l’Atelier/Éditions Ouvrières, CD-rom, 1990-1997, citant : L’Avenir syndical du Centre, 1er août 1920 -L’Antifasciste, juin 1938 – Séron, Dampierre, Hauchecorne, Brucy, La CGT dans le Loiret des origines à la Seconde Guerre mondiale, Mémoire de Maîtrise.
- Archives départementales du Loiret (AD 45), site internet du conseil général, archives en ligne ; registres des naissances de Beaugency, 1888-1892 (cote EC 109393), année 1892, acte n° 45 (vue 145/152) ; registres des matricules du recrutement militaire, bureau d’Orléans, classe 1913, 1er volume 1-500 (1R 78201), n° 208 (vues 212-214/497).
- P. Delanoue, notice sur Odette Boubou in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron.
- Bulletin des amis de Freinet, n° 78, janvier 2003, Marcel Boubou, page 69 ???, Renée et Guy Goupil.
- Le Travailleur espérantiste n° 178, cité par Henri Masson, Histoire de l’espéranto en Vendée.
- Isabelle Nicolas, L’esperanto, langue de communication internationale parmi les techniques Freinet.
- François Chevaldonne, message (13-04-2007).
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 150 et 153, 365 et 396.
- Serge Klarsfeld, Le livre des otages, Les éditeurs français réunis, Paris 1979, page 198.
- Thomas Fontaine, historien, recherches (message 3-05-2007).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 123 (31585/1942).
- Site Les plaques commémoratives, sources de mémoire (aujourd’hui désactivé – nov. 2013), photographie de Véronique Bury.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 24-12-2015)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail” (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code 14 f 13). Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.

[2] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”.