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“Stains, Souvenons-nous”.

Marcel, Louis, Andréas naît le 21 août 1922 à Saint-Ouen [1] (Seine-Saint-Denis – 93), fils de Charles Andréas, né en 1890 (Seine), et d’Eugénie André, née en 1894 (Seine). Il a un frère aîné, Henri, né en 1920.

En 1936, la famille habite au 38, rue du Clos-Hanot à Stains [1] (93). Charles Andréas et son fils aîné, Henri, se déclarent comme chiffonniers.

Au moment de son arrestation, Marcel Andréas est domicilié au 113, rue Jean-Durand à Stains (93).

Marié à Rolande, ils ont un enfant : Marcel, né le 28 juin 1939.

Marcel Andréas est plombier-couvreur (mais il se déclare une fois comme terrassier).

C’est un militant communiste.

Le 4 août 1940, il est arrêté pour distribution de tracts. Inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939, il est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e).

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Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er. 
Tribunal correctionnel, un des porches du 1er étage. 
(montage photographique)

Le 8 février 1941, lors d’une audience au cours de laquelle sont jugés 48 militants et militantes communistes (dit « procès des cinquante »), dont dix-sept futurs “45000”, la chambre des mineurs (15e) du tribunal correctionnel de la Seine condamne Marcel Andréas à six mois d’emprisonnement avec sursis. Son père est convoqué au procès comme civilement responsable. Comme les autres condamnés, Marcel Andréas fait appel de la sentence le 28 février.

Malgré le sursis accordé, Marcel Andréas n’est pas libéré : le 11 février, – sur instruction des Renseignements généraux – le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif.

Le 27 février suivant, il fait partie d’un groupe de 48 internés administratifs – dont Guy Môquet, Maurice Ténine et seize futurs “45000” – transférés à la Maison centrale de Clairvaux (Aube – 10) où ils en rejoignent d’autres : 187 détenus politiques s’y trouvent alors rassemblés.

Le 8 avril, avec Marcel Boyer, Louis Guidou, Robert Lambotte, René Perrottet et Jules Vanzuppe, il est un des huit internés de Clairvaux conduits à la Maison d’arrêt de la Santé en préalable à leur passage devant la Cour d’appel de Paris. Le lendemain, celle-ci examine la situation de cinquante condamnés pour activité communiste. Comme Marcel Andréas (défendu par Maître Rolnikas) est marié avec un enfant et possède un domicile distinct de celui de ses parents au moment des faits, la cour considère qu’il a agit avec discernement malgré son jeune âge (à peine 18 ans). Cependant, elle confirme le sursis, « avec avertissement ». Il est prévu que Marcel Andréas soit ramené à Clairvaux, mais le quartier de la centrale utilisé comme centre d’internement étant « complet » il reste interné à la Santé.

En septembre, Marcel Andréas fait partie d’un groupe d’internés de la Santé transférés au “centre d’internement administratif” (CIA) de Gaillon (Eure – 27), un château Renaissance isolé sur un promontoire surplombant la vallée de la Seine et transformé en centre de détention au 19e siècle.

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Le château de Gaillon, au-dessus du village. Les internés sont
assignés au pavillon Colbert, le grand bâtiment isolé à droite
(lequel a perdu sa toiture après la guerre). 
Carte postale des années 1950. Collection Mémoire Vive.

Selon une note de la police (RG ?) datée du 18 février 1942, Marcel Andréas figure sur une liste de 43 « militants particulièrement convaincus, susceptibles de jouer un rôle important dans l’éventualité d’un mouvement insurrectionnel et pour lesquels le Parti semble décidé à tout mettre en œuvre afin de faciliter leur évasion », et qui sont pour la plupart internés au camp de Gaillon.

Le 4 mai 1942, il fait partie d’un groupe de détenus transférés au “centre de séjour surveillé” de Voves (Eure-et-Loir – 28). Inscrit sous le matricule n° 265, il n’y reste que deux semaines.

Le 20 mai, Marcel Andréas est parmi les 28 internés que viennent chercher des gendarmes français. Pensant qu’on les emmène pour être fusillés, les partants chantent La Marseillaise. En fait, remis aux “autorités d’occupation” à la demande de celles-ci, ils sont conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Marcel Andréas est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Marcel Andréas est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45172 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Le négatif a été utilisé deux fois, superposant deux visages 
(tentative de “récupération”). 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

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Portail du sous-camp de Birkenau, secteur B-Ia, semblable 
à celui du secteur B-Ib par lequel sont passés tous les “45000”.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Marcel Andréas se déclare sans religion (Glaubenslos) -, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Marcel Andréas est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier).

Le 1er novembre 1942, au Block n°7 de Birkenau, il reçoit un comprimé d’aspirine.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Il est transféré à l’hôpital d’Auschwitz-I : le 25 novembre, il est inscrit sur un registre du Block 28 (médecine interne). Le lendemain, il passe de la chambre 7 à la chambre 14. Dans cette période probablement, il subit une radiographie.

Marcel Andréas meurt à Auschwitz-I le 30 novembre 1942 [2], d’une « pleuro-pneumonie », selon les registres du camp.

Une sépulture individuelle a été créée dans le cimetière communal de Stains (« corps restitué à la famille »… ?).

Son nom est inscrit parmi les déportés sur une des plaques dédiées aux Morts pour la France 1939-1945 et apposée dans la salle du Souvenir de la mairie de Stains.

À une date restant à préciser, son nom est donné à un jardin d’enfants de l’avenue Aristide-Briand.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 11-03-1988).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 127 et 128, 387 et 393. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” ; BA 2373 et BA 2374 (camps d’internement…) ; BA 2397 (liste des internés communistes, 1939-1941). 
- Archives nationales, correspondance de la Chancellerie sur des procès pour propagande et activité communistes, BB18 7043. 
- Archives départementale de Paris, archives judiciaires, registre du greffe du tribunal correctionnel de la Seine, 14 janvier-12 février 1941 ; jugement du samedi 8 février 1941, cote D1U6 3719. 
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des registres du camp conservés aux Archives départementales d’Eure-et-Loir. 
- Témoignage de Dominique Ghelfi (daté 1946), Contre l’oubli, brochure éditée par la mairie de Villejuif en février 1996, page 61. D. Ghelfi, n’ayant pas été sélectionné pour le convoi du 6 juillet, a assisté au départ de ses camarades. Lui-même a été déporté à Buchenwald en janvier 1944 (rescapé). 
- Louis Bordes, président du Comité local de Libération, Souvenons-nous, Stains a payé un lourd tribu au cours de la seconde guerre mondiale, service communication de la mairie, août 1981, pages 37 et 78. 
- Archives communales de Stains, registre de recensement de 1936, documents de la FNDIRP locale. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 26 (42380/1942). 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Service d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; relevé dans les archives (01-2009). 
- Liste de détenus ayant reçu des médicaments à Birkenau, transmise par André Nouvian. 
- Site Mémorial GenWeb, 93-Stains, relevé de Thierry Davroux (11-2002), informations d’Alain Claudeville.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 11-06-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Saint-Ouen et Stains : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, ces communes font partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil en France : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

Concernant Marcel Andréas, c’est le 15 mars 1943 qui a été retenu pour certifier son décès. Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.